Mexique – "Que personne n'oublie que c'est le peuple qui commande"...

Mexique – "Que personne n'oublie que c'est le peuple qui commande"...

En résumé

"Que personne n'oublie que c'est le peuple qui commande"... est une déclaration du président AMLO lors du référendum invitant les Mexicains à se prononcer, le 10 avril, sur sa révocation ou son maintien jusqu’au terme de son mandat unique de six ans s’achevant en 2024. La notion de "mandat révocatoire" a été inscrite dans la Constitution en 2019 à l’initiative d’AMLO. Dénonçant notamment une forme de plaisanterie narcissique, les partis d’opposition (PAN, PRD, PRI) avaient appelé à l’abstention. La consultation s’est soldée, sans surprise, par des taux de participation faible (18%, très inférieur au seuil de 40% rendant le résultat juridiquement contraignant), mais d’approbation élevé (92%).

Un plébiscite en trompe-l’œil qui flatte le président et une petite diversion qui éloigne (très temporairement) les regards d’une croissance qui patine et d’une inflation qui s’envole. S’étant refusé à opter pour une stratégie de "quoi qu’il en coûte", le Mexique ne s’est que modérément redressé après le plongeon de 2020.

Il est ainsi le seul des grands pays de la zone à n’avoir pas récupéré le niveau de PIB pré-crise, alors que l’inflation y a vivement accéléré, n’étant surpassée que par le Brésil.

Et l’inflation de continuer en mars sur sa pente ascendante au rythme de près de 1% sur un mois, soit 7,45% sur un an pour l’inflation globale (la plus élevée depuis 2001), excédant encore l’inflation sous-jacente (6,8% sur un an). Le procès-verbal de la réunion de la Banque centrale de fin mars (portant le taux directeur à 6,50%) a d’ailleurs confirmé l’orientation résolument restrictive de sa politique monétaire alimentée, notamment, par de sérieuses inquiétudes quant aux anticipations d’inflation. Par ailleurs, les prévisions économiques et le budget 2022-2023 ont été mis à jour par le ministère des Finances. Les nouvelles prévisions n’introduisent que de petits changements par rapport au budget approuvé par le Congrès : c’est précisément la raison pour laquelle elles font preuve d’optimisme.

L’inflation et le taux directeur ont certes été revus à la hausse (à, respectivement, 5,5% et 7,75% fin décembre 2022) ; mais l’optimisme entoure encore les projections de production de pétrole (1,82 million de barils/jour) et de croissance. Celle-ci a été révisée à la baisse de 4,1% à 3,4 % ; compte tenu d’un acquis très légèrement négatif fin 2021, cela suppose que l’activité se reprenne vigoureusement tout au long de l’année. Le ratio recettes budgétaires/PIB atteindrait 22,5%, en hausse de 0,6 point de pourcentage (p.p.) : une hausse paradoxale mais qu’expliqueraient des revenus pétroliers plus élevés et la bonne tenue de la croissance. Quant au ratio des dépenses totales/PIB, il se situerait à 25,5%, soit 0,4 p.p. de hausse qu’expliquent notamment les intérêts. Les objectifs en termes de solde primaire (équilibré), de déficit total (3% du PIB) et de dette nette (49,6% du PIB) restent ambitieux. Ils pourraient être dépassés (seulement marginalement tant prévaut une approche orthodoxe) sans introduire de risque. Sauf celui d’avoir été ratés faute de réalisme.

Article publié le 15 avril 2021 dans notre hebdomadaire Monde – L’actualité de la semaine

Mexique – "Que personne n'oublie que c'est le peuple qui commande"...

L'inflation continue en mars sur sa pente ascendante au rythme de près de 1% sur un mois, soit 7,45% sur un an pour l'inflation globale (la plus élevée depuis 2001), excédant encore l'inflation sous-jacente (6,8% sur un an). Le procès-verbal de la réunion de la Banque centrale de fin mars (portant le taux directeur à 6,50%) a d'ailleurs confirmé l'orientation résolument restrictive de sa politique monétaire alimentée, notamment, par de sérieuses inquiétudes quant aux anticipations d'inflation.

Catherine LEBOUGRE, Economiste