Royaume-Uni – L'inflation, toujours plus étendue, toujours plus forte

Royaume-Uni – L'inflation, toujours plus étendue, toujours plus forte

En résumé

L’inflation CPI a atteint 7% sur un an en mars, après 6,2% en février. Une nouvelle surprise significative à la hausse puisque le consensus tablait sur 6,7% (Crédit Agricole : 6,5%). L’inflation sous-jacente (CPI hors énergie, produits alimentaires, alcool et tabac) a grimpé à 5,7%, après 5,2% en février (consensus : 5,3%). Les deux indices enregistrent de fortes hausses mensuelles, de 1,1% et 0,9% respectivement, et très supérieures aux moyennes historiques, de plus de 0,5 point de pourcentage (pp).

Pratiquement toutes les composantes contribuent positivement à l’accélération des prix en mars, en premier lieu l’énergie. L’inflation des prix de l’énergie est passée de 22,7% à 27,6% sur un an. L’inflation des biens industriels hors énergie atteint 7,9% sur un an, après 7,4% en février. Les prix dans les services augmentent aussi nettement, 4% sur un an après 3,6% en février.

La plus forte contribution (0,26 pp sur une variation du taux d’inflation annuelle totale sur le mois de 0,8 pp) vient toujours de la composante transport. L’indice correspondant augmente de 13,4% sur un an, après 11,5% en février, en raison de la hausse des prix des carburants. En effet, le prix de l’essence a augmenté de 12,6 pence le litre entre février et mars (contre 3,5 pence sur la même période de l’année dernière), ce qui constitue la plus forte hausse mensuelle depuis 1990 (selon l’ONS). La hausse des prix de l’énergie n’est pas restée sans impact sur les services aux ménages (en hausse de 7,7%, après 7,2% en février) où le prix du fioul utilisé pour le chauffage enregistre un bond de 44% sur le mois. La composante restaurants et hôtels a aussi contribué fortement à la hausse de l’inflation en mars (pour 0,22 pp). Les prix y ont augmenté de 2% sur le mois, soit leur plus forte hausse pour un mois de mars depuis le début de la série en 1988. Leur taux d’inflation est passé de 11,5% à 13,4% sur un an. Cela est dû principalement à la hausse des prix des boissons alcoolisées et à celle des prix dans l’hôtellerie.

Enfin, les biens d’équipements mobiliers (en hausse de 10,3% sur un an après 9,1% en février) et les produits alimentaires (5,9% après 5,1% sur un an en février) ont également soutenu l’inflation CPI.

Notre opinion – La hausse de l’inflation intensifie la baisse du pouvoir d’achat des ménages, ce qui est en train d’affecter sévèrement la confiance du consommateur. Celle-ci est tombée, au mois de mars, au plus bas depuis le début de la pandémie en 2020. La croissance des salaires réels, corrigée de l’inflation CPI, a baissé à -1,7% en février, selon les dernières données disponibles. Mais, corrigés de l’inflation RPI (indice des prix intégrant le service de la dette hypothécaire), les salaires réels se contractent encore plus fortement (-4% sur un an en février). Dans les prochains mois, la baisse des revenus réels devrait s’intensifier. En avril, avec la hausse annoncée des plafonds tarifaires du gaz et de l’électricité par le régulateur Ofgem (+54%), l’inflation CPI devrait dépasser 8%. Ensuite, nous anticipons une inflation se maintenant à des rythmes proches de 8,5% jusqu’à la fin de cette année. Cela finira par impacter la consommation des ménages, qui avait déjà fortement ralenti au quatrième trimestre 2021. L’économie britannique perdrait ainsi son principal moteur dans un contexte de forte incertitude et de ralentissement mondial lié à la guerre en Ukraine. Par conséquent, l’activité devrait connaître un coup d’arrêt dans les prochains mois.

La Bank of England devrait néanmoins continuer de resserrer sa politique monétaire à court terme, afin d’ancrer les anticipations d’inflation dans un contexte de marché du travail extrêmement tendu et propice à des hausses des salaires. D’après le rapport sur l’emploi du mois de février, le taux de chômage est revenu à 3,8%, son niveau d’avant-crise, et le nombre de postes vacants a atteint un nouveau record de 1,29 million. Mais, depuis l’invasion russe en Ukraine, la tonalité de la BoE est devenue moins agressive, plus prudente. Nous pensons par conséquent que le resserrement monétaire devrait devenir plus graduel. Nous n’anticipons plus que deux hausses de taux cette année, en mai et en août, ramenant le taux directeur à 1,25%, qui devrait être son maximum. 

Article publié le 15 avril 2022 dans notre hebdomadaire Monde – L’actualité de la semaine

Royaume-Uni – L'inflation, toujours plus étendue, toujours plus forte

La hausse de l'inflation intensifie la baisse du pouvoir d'achat des ménages, ce qui est en train d'affecter sévèrement la confiance du consommateur. Celle-ci est tombée, au mois de mars, au plus bas depuis le début de la pandémie en 2020. La croissance des salaires réels, corrigée de l'inflation CPI, a baissé à -1,7% en février, selon les dernières données disponibles. Mais, corrigés de l'inflation RPI (indice des prix intégrant le service de la dette hypothécaire), les salaires réels se contractent encore plus fortement (-4% sur un an en février). Dans les prochains mois, la baisse des revenus réels devrait s'intensifier.

Slavena NAZAROVA, Economiste - Royaume-Uni, Pays scandinaves et Irlande