L'indispensable recyclage des métaux

L'indispensable recyclage des métaux

En résumé

Un cercle vertueux

En préservant les ressources naturelles, le recyclage des métaux permet une consommation énergétique et d’eau moindre que l’extraction minière avec des risques de pollution et de contamination plus limités. Il permet aussi d’endiguer le réchauffement climatique causé par les émissions de gaz à effet de serre (GES). L’industrie des mines et métaux compte pour 35% des émissions de CO2 mondiales ; la production d’acier en représente 25% et celle d’aluminium 3%. L’analyse du cycle de vie des métaux recyclés montre, qu’à quantité égale, la production d’acier secondaire, issu du recyclage, consomme 40% d’énergie en moins et émet 58% en moins de GES. Encore plus spectaculaire, la production d’aluminium secondaire permet d’économiser 94% d’énergie et de réduire les émissions de GES de 93% !

Le recyclage permet de réduire la dépendance vis-à-vis des pays producteurs de métaux, notamment la Chine, en particulier pour les métaux critiques qui sont des métaux qui combinent de forts risques de déficit d’approvisionnement et de forts impacts en cas de non-disponibilité. Il permet aussi de pallier la difficulté croissante d’extraction des minerais, en raison de la diminution des concentrations des gisements exploités et des longs délais de création de mines.

Un marché stimulé par l’économie circulaire et la transition énergétique

Le marché français, avec 14 millions de tonnes de métaux récupérés en 2019, contre 200 millions de tonnes en Europe et 1 milliard dans le monde, a progressé de 1,7% par an en moyenne en tonnage sur la période 2015-2019. Ceci, malgré une contraction en 2018-2019 liée à la baisse de la demande, aux tensions commerciales et aux restrictions chinoises à l’importation. Après le recul de 2020 (-10%) dû à la pandémie de Covid-19, il devrait progresser à nouveau : entre 2 et 3% par an sur les cinq prochaines années en Europe. Le marché français est stimulé par les objectifs ambitieux du Green Deal en matière d’économie circulaire, de transition énergétique et de décarbonation et par les plans nationaux de relance (France 2030 notamment). À horizon 2050, l’acier recyclé pourrait couvrir 65% de la demande mondiale. Un prix des matières premières secondaires inférieur à celui des matières primaires, actuellement très élevé, encouragera son développement.

Les limites intrinsèques du recyclage

Tant que la demande en métaux augmentera, ce qui est le cas aujourd’hui pour à-peu-près tous les métaux, le recyclage de ces derniers ne sera pas suffisant pour y répondre, même dans l’hypothèse d’un recyclage à 100%. L’extraction minière apparaît donc comme toujours nécessaire.

En outre, certains produits ne sont pas récupérés, ils ne sont donc pas recyclés (comme par exemple les tubes de forage de plateformes pétrolières) ; d’autres, comme les alliages (aux compositions complexes et variées), ne le sont qu’au prix d’une perte de propriété.

À cela s’ajoutent des freins au recyclage des métaux, comme le manque de sélectivité de la collecte, la complexité croissante des produits ou la présence en faible quantité des métaux et terres rares[1], le risque de rupture technologique qui pourrait rapidement rendre obsolètes certains procédés de recyclage.

Le tri, une étape clé du procédé du recyclage pour accroître son efficacité

Les recycleurs récupèrent auprès d’une multitude de fournisseurs une grande variété de déchets métalliques provenant de gisements disséminés sur le territoire : de la ferraille, des câbles de cuivre ou d’aluminium, des véhicules hors d’usage (VHU), mais aussi des chutes neuves de l’industrie, des déchets d’équipements électriques et électroniques (DEEE).

Ces déchets sont ensuite introduits dans des chaînes de recyclage intégrant de nombreuses étapes de traitement. En fonction du type d’entrant traité et du produit souhaité, les processus employés varient. L’étape du tri, qui intervient généralement après le démontage et le broyage, est clé. Par exemple, le tri magnétique permet de séparer les métaux des plastiques et les métaux ferreux comme l’acier, des métaux non-ferreux comme le cuivre ou l’aluminium. Si plusieurs procédés de tri peuvent être combinés pour obtenir une meilleure qualité de métal[2], des recherches sont continuellement menées pour trier au plus fin des flux de plus en plus complexes.

À ce jour, la matière première recyclée obtenue se caractérise par des teneurs en métal supérieures à 90%. Elle est destinée à une majorité de clients métallurgistes européens[3] et à hauteur de 35% à l’exportation hors Union européenne.

Une industrie très fragmentée dont la consolidation s’accélère

La diversité des produits à recycler, et les nombreux moyens à mettre en œuvre pour les traiter, qui nécessitent la mise au point de technologies innovantes, rendent l’activité très capitalistique. Or, l’industrie du recyclage est très fragmentée, composée en majorité de très petites entreprises (TPE) implantées à proximité des gisements, spécialisées sur des niches de marché, et d’entreprises plus importantes intégrées.

Pour atteindre la taille critique avec la massification des volumes traités et mutualiser les moyens, la consolidation du marché s’accélère. À l’instar du groupe Derichebourg qui s’apprête à intégrer le recycleur néerlandais Ecore et sa filiale GDE (numéro 2 en France), ou encore du rapprochement des deux leaders mondiaux de la gestion des déchets Veolia et Suez.

Des partenariats se créent au niveau industriel pour combiner les savoir-faire spécifiques, comme celui regroupant le constructeur automobile, Renault, le chimiste Solvay et le groupe Veolia pour recycler, via le procédé d’hydrométallurgie, les batteries lithium-ion des véhicules électriques dont la demande, stimulée par la transition énergétique, est en forte croissance.

Au-delà des efforts facilitant le recyclage, des pistes pour consommer plus durablement

En parallèle, des filières à Responsabilité Élargie du Producteur (REP), qui visent la prévention et la gestion des déchets en agissant sur l’ensemble du cycle de vie des produits, se créent (BTP, VHU) ou se renforcent. La filière des DEEE ambitionne par exemple d’exploiter au plus fin les « mines urbaines », un gisement post-consommation très important, mais plus complexe et diffus dont les teneurs sont supérieures à celle d’une mine naturelle.

Alors que l’éco-conception, qui vise à optimiser la conception d’un produit pour réduire son impact environnemental et faciliter son recyclage en fin de vie, se développe, des pistes émergent en parallèle pour consommer plus durablement : comme l’allongement de l’usage des produits ou encore les low-tech qui revoient à la baisse nos besoins et identifient des objets plus simples, plus réparables dans une optique d’innovation frugale.

Pour en savoir plus, écoutez le podcast Le recyclage des métaux indispensable à la transformation de l'économie

[1] Dont le taux de recyclage est inférieur à 1%

[2] Tri par analyse de signal à l’aide de rayons X après tri magnétique par exemple

[3] Aciéries électriques et leurs fours électriques pour la ferraille, affineurs pour les non-ferreux

L'indispensable recyclage des métaux

Le marché français est stimulé par les objectifs ambitieux du Green Deal en matière d'économie circulaire, de transition énergétique et de décarbonation et par les plans nationaux de relance (France 2030 notamment). À horizon 2050, l'acier recyclé pourrait couvrir 65% de la demande mondiale. Un prix des matières premières secondaires inférieur à celui des matières primaires, actuellement très élevé, encouragera son développement.

Pascale MEGARDON AUZEPY, Ingénieur-Conseil