Mexique – Le risque de résistance de l’inflation

Mexique – Le risque de résistance de l’inflation

En résumé

Les derniers chiffres (première quinzaine de janvier) signalent une progression sur douze mois des inflations totale et sous-jacente de, respectivement, de 7,1% (contre 7,4% fin décembre) et 6,1% (contre 5,9% fin décembre) : des chiffres évidemment toujours très élevés et l’occasion de survoler le comportement récent des prix, notamment, des rythmes moyens de progression de chacun des grands postes, mais aussi de leurs contributions respectives à l’inflation totale selon leur poids dans l’indice des prix[1].

Comme partout ailleurs, en 2021, l’inflation s’est raffermie dès le mois de janvier et tout au long de l’année sous l’influence du redressement violent des prix de l’énergie puis, dans une moindre mesure, des prix alimentaires. Cela explique qu’en moyenne, mais tout particulièrement en fin d’année, l’inflation totale a largement excédé l’inflation sous-jacente. Si les goulets d’étranglement et autres pressions subies en amont sur les prix industriels peuvent être tenus pour responsables de l’accélération de l’inflation sous-jacente via les prix des biens, le rythme soutenu de ceux-ci signale une résistance surprenante à un choc particulièrement violent sur la demande. En 2021, en moyenne, les prix des biens ont augmenté de 6,1% soit une contribution à l’inflation de 2,4 points de pourcentage (p.p.) ; ils expliquent ainsi plus de 50% de l’inflation core et 42% de l’inflation totale. Mais, en 2020, alors que le PIB se contractait de 8,2%, les biens s’étaient en moyenne renchéris de 4,1% apportant une contribution déjà élevée (1,8 p.p.) et expliquant près de 50% de l’inflation totale.

Beaucoup de chiffres (un peu rébarbatifs) pour simplement signaler in fine que, si le niveau de l’inflation est inquiétant, c’est bien plus la résistance des prix des biens qui doit émouvoir. Capables de témoigner de leur résistance à un choc dépressif massif, ils pourraient témoigner d’une certaine "inertie" au sortir de la crise même à supposer que se soient dissipées les pressions en amont (énergie, goulets d’étranglement). La dernière hausse de taux (50 points de base à 5,50%) se fonde sur l’évaluation par la Banque centrale[2] "de l'ampleur et la diversité des chocs qui ont affecté l'inflation et les facteurs qui la déterminent, ainsi que le risque de contamination à la formation des prix et les défis posés par le durcissement continu des conditions monétaires et financières mondiales". Le durcissement monétaire nécessaire à la convergence de l’inflation vers la cible de (3%, +/- 1 p.p.) a de beaux jours devant lui. Il ne risque pas d’être perturbé par la décélération attendue de la croissance. À cet égard, le FMI estime la croissance à 5,3% en 2021 et revoit sa prévision 2022 à la baisse à 2,8% (soit 1,2 p.p. de moins que le rythme prévu en octobre, en sympathie avec la révision de même ampleur aux États-Unis à 4%)

Article publié le 28 janvier 2021 dans notre hebdomadaire Monde – L’actualité de la semaine

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[1] Les prix "core" et "non core" entrent à hauteur de, respectivement, 75,6% et 24,4% dans l’indice des prix. Les prix "core" sont composés de biens (39,2%) et de services (36,4%). Les prix "non core" intègrent l’alimentation (produits frais, 10,2%) et le binôme énergie/tarifs réglementés (14,2% dont près de 10% pour le poste énergie seul). Les différences essentielles par rapport à l’indice d’un pays avancé (on retient la zone euro et la nomenclature OCDE) tiennent essentielle­ment à la surpondération de la composante "Alimentation" (28,5% au Mexique contre 21,8% en zone euro) aux dépens des postes "Loisirs et culture" (4,9% contre 8%) et "Biens et services divers" (4,7% contre 10%).

[2] Compte rendu du Conseil d'administration de Banco de México (décision de politique monétaire annoncée le 16/12/2021, compte-rendu publié le 06/01/2022).

Mexique – Le risque de résistance de l’inflation

Comme partout ailleurs, en 2021, l'inflation s'est raffermie dès le mois de janvier et tout au long de l'année sous l'influence du redressement violent des prix de l'énergie puis, dans une moindre mesure, des prix alimentaires. Cela explique qu'en moyenne, mais tout particulièrement en fin d'année, l'inflation totale a largement excédé l'inflation sous-jacente. Si les goulets d'étranglement et autres pressions subies en amont sur les prix industriels peuvent être tenus pour responsables de l'accélération de l'inflation sous-jacente via les prix des biens, le rythme soutenu de ceux-ci signale une résistance surprenante à un choc particulièrement violent sur la demande.

Catherine LEBOUGRE, Economiste