Hong Kong – Sous les yeux de Xi Jinping

Hong Kong – Sous les yeux de Xi Jinping

En résumé

Jusqu’au bout, le doute a plané. Mais c’est bien en présence de Xi Jinping que le nouveau chef de l’exécutif hongkongais, John Lee, a été intronisé ce vendredi 1er juillet. Une date toute symbolique puisqu’elle marque aussi le vingt-cinquième anniversaire de la rétrocession de Hong Kong. Autrefois jour de manifestation, tout rassemblement est interdit depuis 2021.

Symbolique, la visite de Xi Jinping l’était tout autant, et à plus d’un titre. Déjà, parce qu’il s’agissait de son premier déplacement hors de Chine continentale depuis janvier 2020. Ensuite, parce que la dernière datait de 2017, à l’occasion de l’entrée en fonction de Carrie Lam, le prédécesseur de John Lee. Depuis, il y a eu les manifestations de 2019, suivies par la promulgation de la loi sur la sécurité nationale, et surtout le Covid-19, et une stratégie sanitaire calquée sur celle de Pékin.

Et si les rencontres organisées autour de Xi Jinping (les heureux élus ont été confinés pendant plus de dix jours, afin de ne prendre aucun risque de contamination) n’en ont rien laissé paraître, le dirigeant chinois rappelant que « tant que nous adhérons à la politique "Un pays, deux systèmes", Hong Kong pourra jouir d'un avenir meilleur et la ville pourra contribuer davantage au grand renouveau de la nation chinoise » ; chacun sait que la promesse faite par Deng Xiaoping que « rien ne changerait » n’a pas été tenue.

En réalité, c’est peut-être surtout sur le plan économique que l’influence chinoise se fait le plus ressentir, notamment en raison du Covid. Si les autorités hongkongaises ont tenté un assouplissement relatif des mesures et acceptent de vivre avec un nombre de cas supérieur à celui de la Chine continentale (en absolu et rapporté au nombre d’habitants), elles n’ont pas cédé aux demandes pressantes de la pourtant puissante communauté d’affaires qui les presse de rouvrir les frontières aux non-résidents.

Une décision qui ne s’explique que par l’attitude de Pékin, qui avait fait miroiter à Hong Kong une réouverture prioritaire de sa frontière terrestre au début de la pandémie, frontière par laquelle transitaient jusqu’en 2020 une bonne partie des près de 45 millions de touristes chinois, qui se pressaient ensuite dans les centres commerciaux de la ville. Une réouverture au reste du monde, hors Chine continentale, paraît aujourd’hui encore bien compliquée. Alors que Pékin avait accusé Hong Kong d’être responsable de la vague de contaminations observée à Shenzhen en début d’année, les autorités hongkongaises devraient accepter de prendre le risque de voir l’histoire se répéter, une hausse du trafic international drainant nécessairement de nouveaux cas, et de subir les foudres de son voisin.

Mais alors que faire pour compenser les pertes de revenus liées au tourisme international ? À plusieurs reprises, l’exécutif a mis la main à la poche et distribué des bons d’achat à tous les résidents. Les ventes au détail avaient ainsi largement rebondi en avril (+11,7% en glissement annuel), après la dernière campagne de distribution. Un effet qui s’est estompé dès le mois suivant (-1,7% en g.a.), ce qui montre les limites du système, dont l’effet multiplicateur, même en économie fermée (les bons ne sont utilisables que pour acheter des biens et services locaux) ne compense pas le manque à gagner touristique. De nouvelles distributions sont néanmoins prévues en août.

Le marché du travail, qui bénéficiait d’une situation de quasi plein-emploi avant le Covid, avec un chômage en-dessous des 3%, porte encore les stigmates de la crise, avec un niveau de chômage autour de 5% depuis début 2022 – et ce malgré tous les départs, notamment parmi les expatriés.

Au-delà de la sphère réelle, le secteur financier pâtit aussi du ralentissement de l’économie, et des incertitudes liées à la stratégie zéro Covid héritée de la Chine. Le rythme des introductions en bourse, dont Hong Kong était jusqu’ici leader mondial, s’est littéralement effondré : 1,4 milliard de dollars levés sur le premier semestre 2022, contre 18,6 milliards sur la même période en 2021. Hong Kong a jusqu’ici réussi à conserver son rôle de plateforme pour les banques internationales désireuses de travailler avec la Chine, mais sa capacité à garder ce rôle pour l’ensemble de l’Asie pose question, surtout tant que les flux humains seront si contraints.

Notre opinion – Xi Jinping devrait rester encore plusieurs mois le seul passager de la gare de Kowloon West, rouverte pour la première fois depuis 2020 à l’occasion de sa visite officielle. Loin de la promesse initiale de la connecter au réseau ferroviaire chinois, Hong Kong apparaît plus isolée que jamais, perdue entre son passé de ville-monde et son futur annoncé de province chinoise. Toute la question est de savoir si ces deux statuts sont compatibles, et jusqu’où Pékin souhaitera que les deux systèmes se rapprochent.

Après le mandat de Carrie Lam, jugé désastreux de part et d’autre (par Pékin pour avoir laissé les manifestations dégénérer, par le reste du monde pour avoir abandonné les ambitions démocratiques de Hong Kong), John Lee hérite également d’une situation économique aussi compliquée qu’inédite. Hong Kong dispose encore de larges réserves pour se défendre sur le plan budgétaire et monétaire, mais son affaiblissement la rend toujours plus dépendante d’une Chine de moins en moins patiente sur la question de la souveraineté.

Article publié le 1er juillet 2022 dans notre hebdomadaire Monde – L’actualité de la semaine

Hong Kong – Sous les yeux de Xi Jinping

Au-delà de la sphère réelle, le secteur financier pâtit aussi du ralentissement de l'économie, et des incertitudes liées à la stratégie zéro Covid héritée de la Chine. Le rythme des introductions en bourse, dont Hong Kong était jusqu'ici leader mondial, s'est littéralement effondré : 1,4 milliard de dollars levés sur le premier semestre 2022, contre 18,6 milliards sur la même période en 2021. Hong Kong a jusqu'ici réussi à conserver son rôle de plateforme pour les banques internationales désireuses de travailler avec la Chine, mais sa capacité à garder ce rôle pour l'ensemble de l'Asie pose question, surtout tant que les flux humains seront si contraints.

Sophie WIEVIORKA, Economiste - Asie (hors Japon)