Égypte – La baisse des réserves en devises se poursuit, le change reste donc fragile

Égypte – La baisse des réserves en devises se poursuit, le change reste donc fragile

En résumé

Les réserves en devises de l’Égypte ont baissé de 37,1 à 35,5 Mds USD entre avril et mai 2022, en raison du remboursement d’une échéance au FMI et du paiement d’un coupon d’une obligation souveraine. La baisse atteint donc 4,4%. Le montant des réserves représente désormais l’équivalent de six mois d’impor­tations de biens et de services, un niveau considéré comme optimal mais toutefois comme la limite basse pour un pays émergent. Le niveau de trois mois d’importations est le seuil d’alerte en dessous duquel les risques monétaires sont élevés. Compte tenu du renchérissement des importations, les réserves en devises pourraient se contracter à cinq mois d’impor­tations d’ici à la fin de l’année.

Le pays a perdu 10 Mds USD de réserves en devises (soit 22% du total) depuis le déclenchement de la crise sanitaire et ce malgré le soutien du FMI (8 Mds USD) en 2020, et celui récent de l’Arabie saoudite (5 Mds USD). La cause principale en est, bien sûr, l’effondrement des recettes touristiques lors de la fermeture des frontières mais aussi la fuite, début 2022, des capitaux spéculatifs qui avaient afflué sous les recommandations favorables des marchés financiers.

Le régime de change est celui d’une parité quasi fixe au dollar avec des décrochages brutaux. Mi-juin 2022, la livre s’établit à 18,8 pour un dollar. Depuis mars 2022, la dépréciation de la devise a donc atteint 20%.

Outre la baisse des réserves en devises, plusieurs phénomènes vont accentuer la fragilité de la livre égyptienne cette année. Tout d’abord, le déficit du compte courant devrait rester assez élevé à 4,5% du PIB en 2022 et ceci pèsera sur le stock de réserves. La chute de l’épargne issue des pertes de pouvoir d’achat des ménages va maintenir la pression sur le déficit courant. Le soutien des pays du Golfe et les revenus du canal de Suez en hausse pourraient en compenser un peu les effets. De son côté, l’inflation devrait dépasser les 13% en 2022 en Égypte (année calendaire) alors que la prévision d’inflation aux États-Unis s’établit à 8,3% ; le différentiel d’inflation entre les deux pays, qui était très faible depuis début 2020, devrait se creuser et atteindre environ 5% cette année.

Enfin, la probabilité d’un nouveau soutien financier du FMI semble assez forte mais un nouvel accord pourrait mettre plusieurs mois à se négocier et le Fonds pourrait, en contrepartie de son soutien, exiger plus de souplesse du change pour atténuer les impacts sur la balance des paiements et les réserves en devises.

Notre opinion – Illustrant les inquiétudes des marchés financiers à l’égard du risque Égypte, la prime de risque souverain à 5 ans atteint plus de 900 points de base à mi-juin (9%). C’est le niveau le plus élevé depuis mi-2013. Le risque de pénurie alimentaire en raison de la guerre en Ukraine et de la rupture des chaînes d’approvisionnement des céréales ne doit pas être sous-estimé. Les risques de tensions sociales pourraient s’intensifier au cours des prochains mois. Cela fait partie des risques à surveiller dans les prochains trimestres.

Article publié le 17 juin 2022 dans notre hebdomadaire Monde – L’actualité de la semaine

Égypte – La baisse des réserves en devises se poursuit, le change reste donc fragile

Illustrant les inquiétudes des marchés financiers à l'égard du risque Égypte, la prime de risque souverain à 5 ans atteint plus de 900 points de base à mi-juin (9%). C'est le niveau le plus élevé depuis mi-2013. Le risque de pénurie alimentaire en raison de la guerre en Ukraine et de la rupture des chaînes d'approvisionnement des céréales ne doit pas être sous-estimé. Les risques de tensions sociales pourraient s'intensifier au cours des prochains mois. Cela fait partie des risques à surveiller dans les prochains trimestres.

Olivier LE CABELLEC, Economiste