Hausse des tensions entre l'Espagne et l'Algérie

Hausse des tensions entre l'Espagne et l'Algérie

En résumé

L'Algérie a annoncé le 8 juin qu'elle suspendait immédiatement le traité d'amitié, de bon voisinage et de coopération avec l'Espagne, en raison de la position de celle-ci sur le dossier du Sahara occidental et sur le plan d'autonomie marocain. Dans la même journée, l’Association des banques et établissements financiers (ABEF) a annoncé le gel des domiciliations bancaires des opérations de commerce extérieur avec l’Espagne à partir du 9 juin.

La question du Sahara occidental, ancienne colonie espagnole considérée comme un « territoire non autonome » par l'ONU, oppose depuis des décennies le Maroc – qui en contrôle 80% – aux indépendantistes du Front Polisario (FP). Le 18 mars, Madrid a opéré un changement de position radical sur le dossier en apportant son soutien au projet d'autonomie marocain, suscitant la colère d'Alger, principal soutien du mouvement indépendantiste sahraoui. Ce revirement, selon les experts, a mis fin à la neutralité de l’Espagne. Le Front Polisario a accusé Madrid d'avoir succombé au « chantage » de Rabat et a exigé la convocation d’un référendum qui envisage l'autodétermination.

La circulaire transmise par l’ABEF concerne toutes les transactions commerciales avec l'Espagne. Tout produit fini destiné à la revente et les matières premières destinées à la production seront concernés par cette décision. L'Algérie est le deuxième partenaire commercial de l'Espagne en Afrique, après le Maroc. L’Espagne était la destination de 9,8% des exportations algériennes en 2021, tandis que les importations de produits espagnols représentaient 6,2% du total des importations algériennes. L'Algérie exporte davantage vers l'Italie et la France, et importe principalement de la Chine, suivie de la France, de l'Italie et de l'Allemagne, avec l'Espagne à la cinquième place. Les entreprises espagnoles achètent des engrais, des produits chimiques ou du poisson et vendent des machines et des matériaux de construction. Les exportations espagnoles vers l’Algérie ont totalisé 2,9 Mds€ en 2019, 1,9 Mds€ en 2020 et 1,1 Mds€ en 2021.

Toutefois, dans le contexte actuel, le produit sensible est le gaz. Selon l'agence espagnole de stockage pétrolier (CORES), 30% du gaz importé par l'Espagne en mars dernier provenait d'Algérie, alors qu'au cours des douze derniers mois, il en représentait en moyenne 37,5%. Les achats aux États-Unis, en revanche, ont augmenté ces derniers mois et, en mars, ils ont dépassé les achats en provenance d'Algérie, atteignant 43% du gaz importé. Mais il s'agit de gaz naturel liquéfié (GNL), gaz sous forme liquide qui est transporté par bateau et qui doit être regazéifié à l'arrivée. Le GNL est généralement plus cher, en raison du coût du transport et de la transformation. Les raisons de ce changement de fournisseur sont diverses. Premièrement, la guerre en Ukraine a conduit à une augmentation des exportations des États-Unis et d'autres pays vers l'Union européenne pour aider les États membres dépendant du gaz russe. Une partie de ce gaz passe par l'Espagne. Par ailleurs, le gouvernement espagnol a cherché à diversifier ses sources d'énergie. Mais la raison principale est que l'Algérie a fermé le gazoduc Maghreb-Europe en novembre dernier en raison de ses différends avec le Maroc et fournit actuellement du gaz via un seul gazoduc, le Medgaz, de sorte que sa capacité d'exportation a été réduite et que l'Espagne a dû chercher d'autres sources d’approvisionnement. Le Medgaz, qui relie Beni Saf à Almería, appartient à une entreprise espagnole (49% des parts) et à une entreprise publique algérienne (51%). Le contrat est scellé pour dix ans, mais le tarif est en cours de renégociation.

Les risques sont importants : la menace de couper l'approvisionnement en gaz pourrait être la dernière étape pour l'Algérie pour mettre l'Espagne sous pression. À l'heure actuelle, l'Algérie pourrait se passer de son client espagnol car la demande est extrêmement forte (il lui suffit de s’orienter vers l’Italie, qui cherche une solution à sa forte exposition au gaz russe). Pourtant, il existe un contrat signé, qui doit être respecté, et l’Algérie s’expose à d’éventuelles sanctions. Il n’en reste pas moins que la stratégie du gouvernement espagnol et son changement de position dans ce contexte de forte incertitude interrogent.

Hausse des tensions entre l'Espagne et l'Algérie

Dans le contexte actuel, le produit sensible est le gaz. Selon l'agence espagnole de stockage pétrolier (CORES), 30% du gaz importé par l'Espagne en mars dernier provenait d'Algérie, alors qu'au cours des douze derniers mois, il en représentait en moyenne 37,5%. Les achats aux États-Unis, en revanche, ont augmenté ces derniers mois et, en mars, ils ont dépassé les achats en provenance d'Algérie, atteignant 43% du gaz importé.

Ticiano BRUNELLO, Economiste