Italie – Tremblement de terre au sein des Cinq étoiles, une réplique des élections municipales

Italie – Tremblement de terre au sein des Cinq étoiles, une réplique des élections municipales

En résumé

Alors que la campagne politique bat son plein depuis plusieurs mois sur fond de guerre en Ukraine et de hausse des prix, la recomposition du champ politique italien a pris un nouveau coup d’accélérateur après les élections municipales du 12 juin.

Faisant écho à la petite musique des sondages qui annonce sa lente déliquescence auprès de l’opinion publique italienne, le départ du ministre des Affaires étrangères, Luigi Di Maio, a fini par sonner le glas du Mouvement cinq étoiles (M5S). Le grand gagnant des élections de 2018, tiraillé depuis longtemps par de fortes dissensions internes, n’a pas résisté aux résultats plus que décevants des élections municipales qui confirment ses 12% dans les sondages. L. Di Maio quitte donc le parti emmenant avec lui 62 députés pour fonder son propre mouvement et faisant perdre par le même biais au M5S sa place de premier groupe parlementaire de l’hémicycle. Cette scission était attendue au regard des divergences de points de vue entre les deux têtes, Giuseppe Conte et Luigi Di Maio, notamment sur l’épineux sujet du soutien à l’Ukraine, mais également sur l’attitude à avoir vis-à-vis du gouvernement Draghi. Pour le moment, ce dernier ne semble pas en danger puisque les deux blocs continuent de soutenir la majorité d’union nationale, un équilibre précaire dont le salut tient au seul risque de débâcle en cas d’élections anticipées.

Cette scission marque le coup d’envoi de la recomposition au centre de l’hémicycle, qui œuvre à se rassembler autour de la bannière de Mario Draghi. Ce regroupement de modérés pourrait inclure différentes couleurs politiques allant de Matteo Renzi et Carlo Calenda au centre gauche à L. Di Maio ou encore Mara Carfagna et Giovanni Toti, qui représentent tous deux une aile plus modérée de Forza Italia. La route est néanmoins encore longue et l’affaire ne sera pas aisée au regard des profondes divergences politiques mais surtout des incompatibilités de caractère entre les différentes têtes à la manœuvre. Il en va aussi de la survie de certains petits partis, tels Italia Viva ou Azione, lesquels, dans un prochain hémicycle amputé d’une partie de ses députés (suite à la réforme institutionnelle qui réduit radicalement le nombre de députés) et avec une loi électorale qui leur est défavorable, ne pourraient subsister qu’à la faveur d’une union.

À droite, les élections municipales confirment le nouvel équilibre du centre droit prédit par les sondages qui place Fratelli d’Italia comme première force politique de la coalition du centre droit, une réalité que n’a pas manqué de rappeler Giorgia Méloni au lendemain des élections municipales. Elles actent également l’échec de la stratégie du « un pied dedans, un pied dehors » de la Ligue portée par Matteo Salvini qui, bien que soutenant le gouvernement, ne lui fait pas de cadeau pour autant.

Notre opinion – La tectonique des plaques s’est mise en mouvement à l’approche des élections législatives qui se tiendront au printemps 2023. Fratelli d’Italia, seul grand parti en dehors du gouvernement Draghi, capitalise largement sur sa place de premier parti d’opposition en menant les sondages d’opinion avec 22% d’intentions de vote. Cette avancée s’est faite au détriment de la Ligue qui, en perdant sa place de leader, amoindrit les chances de M. Salvini de devenir le nouveau Premier ministre. L’ambition personnelle du chef de la Ligue pourrait mettre fin au mariage malheureux de celle-ci avec les Fratelli d’Italia d’ici peu et forcerait ainsi le parti à choisir son camp entre une approche « gouverniste » et la personne de Matteo Salvini lui-même. Dans un cas comme dans l’autre, ce sera une bonne nouvelle pour la continuité du gouvernement Draghi et même après Draghi. Ce dernier pourra également compter sur le centre qui émerge à marche forcée et entend rassembler les forces modérées. Dans cette recomposition, seul le Parti démocrate, dont la ligne politique depuis l’avènement du gouvernement d’unité nationale reste claire, tire son épingle du jeu. Son alliance de circonstance avec le M5S semble lui avoir été bénéfique confirmant son statut de deuxième force politique de la place. Si les élections devaient se dérouler demain, il est fort probable que l’exécutif actuel en sortirait renforcé grâce à la mise au ban de ces éléments perturbateurs.

Article publié le 24 juin 2022 dans notre hebdomadaire Monde – L’actualité de la semaine

Italie – Tremblement de terre au sein des Cinq étoiles, une réplique des élections municipales

Cette scission marque le coup d'envoi de la recomposition au centre de l'hémicycle, qui œuvre à se rassembler autour de la bannière de Mario Draghi. Ce regroupement de modérés pourrait inclure différentes couleurs politiques allant de Matteo Renzi et Carlo Calenda au centre gauche à L. Di Maio ou encore Mara Carfagna et Giovanni Toti, qui représentent tous deux une aile plus modérée de Forza Italia. La route est néanmoins encore longue et l'affaire ne sera pas aisée au regard des profondes divergences politiques mais surtout des incompatibilités de caractère entre les différentes têtes à la manœuvre.

Sofia TOZY, Economiste