Parole de banques centrales – La Fed augmente ses taux de 75 points de base et entend passer en territoire « légèrement » restrictif d'ici fin 2022

Parole de banques centrales – La Fed augmente ses taux de 75 points de base et entend passer en territoire « légèrement » restrictif d'ici fin 2022

En résumé

La Réserve fédérale a augmenté ses taux de 75 points de base à l'issue du FOMC du 15 juin, une première depuis 1994, ce qui ramène la fourchette-cible des taux des Fed funds à 1,50-1,75%, soit son niveau d'avant la pandémie. La décision a été prise quasiment à l'unanimité, seule la présidente de la Fed de Kansas City a voté contre la décision, préférant un relèvement plus modéré de 50 points de base.

Le consensus tablait sur une hausse de 50 points de base, conformément à la forward guidance de la Fed du mois de mai et aux commentaires récents de membres de la Fed, mais cette décision n'a pas été véritablement une surprise pour les marchés qui s'étaient ajustés après les dernières surprises « hawkish » sur l'inflation. Celle-ci a atteint 6,3% en avril selon le déflateur PCE (4,9% pour le core PCE) et 8,6% en mai selon le CPI (6% pour le core), des niveaux records depuis 40 ans.

Lors de sa conférence de presse, J. Powell a prêté une attention particulière aux anticipations d'inflation et s‘est déclaré « absolument déterminé » à les maintenir ancrées à 2%. Le gouverneur a mis l'accent sur le rebond des anticipations d'inflation, tel que révélé notamment par l'enquête préliminaire de confiance du consommateur de l'université de Michigan au mois de juin (qui table sur 3,3% à long terme contre 3% précédemment). La surprise à la hausse sur l'inflation et le rebond des anticipations d'inflation semblent avoir joué un rôle décisif dans la décision d'un resserrement par la Fed plus agressif que signalé précédemment.
Néanmoins, J. Powell a tenu à préciser qu'une hausse de 75 pdb était inhabituellement élevée et que des relèvements de 50 pdb ou de 75 pdb étaient tous deux probables pour juillet.
 
La Fed a procédé à une révision significative de son « dot plot », signalant des perspectives de resserrement encore plus agressif que celui prévu en mars dernier. La médiane des prévisions des membres du FOMC pour fin 2022 est relevée de 1,50 point par rapport aux prévisions de mars et atteint 3,375% (valeur centrale de la fourchette cible du taux des Fed funds). Pour 2023, la valeur correspondante est révisée de 1 point à 3,75% et pour 2024 de 0,625 point à 3,375%, tandis que pour le long terme elle est passée de 2,375% à 2,5%.

En ligne avec ces prévisions de taux plus agressives, la Fed a révisé à la hausse ses prévisions d'inflation : à 5,2% en 2022 pour le déflateur PCE et à 4,3% pour le déflateur PCE sous-jacent, contre 4,3% et 4,1% respectivement prévu en mars. À moyen terme, les prévisions continuent de faire état d'une modération : à 2,6% pour le déflateur PCE contre 2,7% en mars pour 2023, et à 2,2% pour 2024 contre 2,3% prévu en mars. Les risques autour des prévisions d'inflation restent orientés à la hausse.  

La Fed a fortement réduit ses prévisions de croissance, ce qui est conforme aux propos récents de membres de la Fed selon lesquels un atterrissage en douceur de l'économie sera difficile à obtenir. La Fed prévoit désormais une croissance plongeant à 1,7% en 2022, soit un taux inférieur au potentiel en 2022, contre 2,8% prévu en mars. La croissance en 2023 serait stable à 1,7% contre 2,2% prévu en mars. Pour 2024, la Fed prévoit une croissance toujours faible, à 1,9%.

Les prévisions de taux de chômage ont été révisées à la hausse. Un taux de chômage plus élevé n'est pas une finalité en soi, selon la Fed, mais constitue néanmoins un mal nécessaire pour assagir le rythme d'inflation. Les nouvelles prévisions montrent un taux de chômage augmentant à 3,7% cette année, à 3,9% en 2023 et à 4,1% en 2024 (contre 3,5%, 3,5% et 3,6% respectivement précédemment). La prévision du taux de chômage à 4,1% pour 2024 est très légèrement supérieure au taux de chômage d'équilibre de long terme estimé à 4% selon la Fed, mais représente toujours un niveau très bas du taux de chômage.

Malgré cette détérioration des perspectives, l'appréciation du contexte économique actuel par le gouverneur J. Powell lors de sa conférence de presse reste très positive. Les dépenses de consommation sont jugées « très fortes », le marché du travail est « extrêmement serré » et la demande est « trop élevée par rapport à l'offre ». Si la confiance du consommateur a baissé, J. Powell pense que c'est dû à la hausse des prix de l'essence. L'investissement productif s'est modéré. Le marché immobilier a ralenti, reflétant la hausse des taux d'intérêt. Mais, globalement, l'économie est en « position forte pour pouvoir supporter des taux plus élevés », dont les niveaux sont encore trop bas pour provoquer une quelconque récession.  

Concernant le « quantitative tightening », la Fed va continuer de réduire son programme d'achats d'actifs comme annoncé en mai dernier. Ce processus a débuté le 1er juin au rythme de 30 milliards de dollars de Treasuries et 17,5 milliards de titres adossés à des créances hypothécaires MBS par mois. À partir du 1er septembre, le rythme de « quantitative tightening » doublera à 60 et 35 milliards respectivement, atteignant donc un total de 95 milliards de dollars par mois.
 
Notre opinion – Quel profil de resserrement pour les mois à venir ? Atteindre 3,375% fin 2022 nécessiterait un resserrement de 175 points de base au total d'ici la fin de l'année. Cela laisse la porte ouverte à plusieurs combinaisons pour le rythme de resserrement au cours des quatre prochaines réunions du FOMC, y compris une autre hausse de 75 points de base en juillet. Lors de sa conférence de presse, le gouverneur de la Fed, J. Powell, a dit que pour juillet des relèvements de 50 points de base ou de 75 points de base étaient tous deux probables bien qu'il ait également précisé qu'il ne fallait pas s'attendre à ce que des relèvements de 75 points de base soient habituels. Les données de l'inflation et des anticipations d'inflation qui seront publiées d'ici là, notamment le rapport sur l'inflation CPI du 13 juillet prochain, seront déterminantes pour l'ampleur de la prochaine hausse de taux à l'issue du FOMC du 27 juillet. Les marchés tablent d'ores et déjà sur une hausse de 75 points de base avec une probabilité d'environ 90%.

   

Article publié le 17 juin 2022 dans notre hebdomadaire Monde – L’actualité de la semaine 

Parole de banques centrales – La Fed augmente ses taux de 75 points de base et entend passer en territoire « légèrement » restrictif d'ici fin 2022

La Fed a procédé à une révision significative de son « dot plot », signalant des perspectives de resserrement encore plus agressif que celui prévu en mars dernier. La médiane des prévisions des membres du FOMC pour fin 2022 est relevée de 1,50 point par rapport aux prévisions de mars et atteint 3,375% (valeur centrale de la fourchette cible du taux des Fed funds). Pour 2023, la valeur correspondante est révisée de 1 point à 3,75% et pour 2024 de 0,625 point à 3,375%, tandis que pour le long terme elle est passée de 2,375% à 2,5%.

Slavena NAZAROVA, Economiste - Royaume-Uni, Pays scandinaves et Irlande