Algérie – Des améliorations économiques certaines, mais plus d'inflation

Algérie – Des améliorations économiques certaines, mais plus d'inflation

En résumé

L’année 2021 a été celle du redressement de la croissance pour l’Algérie après la récession de 5,1% en 2020 en raison de la crise sanitaire.

La croissance bien orientée. Le PIB devrait croître de 3,6% au cours de l’année passée grâce au redressement du prix des hydrocarbures et à l’effet de base de la crise sanitaire passée. Si le pays n’a pas encore retrouvé son niveau de PIB d’avant-crise à fin 2021, l’amélioration du marché pétrolier va lui permettre de le réaliser en 2022.

L’année 2022 débute effectivement sous de bons auspices grâce à un prix moyen du pétrole au-dessus de 100 USD le baril, une hausse de 60% a/a par rapport au prix de début 2021. La production d’hydrocarbures progresse de 12,6% au premier trimestre en raison de l’élargissement des quotas dans le cadre de l’accord OPEP+. Les exportations vers l’Europe ont progressé de 9% au premier trimestre en raison du regain d’achats de l’Italie qui compense la baisse de ses importations en provenance de Russie. 

En 2022, bénéficiant du double effet prix et volumes, le pays devrait donc poursuivre son redressement et la croissance du PIB pourrait rester stable à 3,6%. 

Le PIB non pétrolier devrait connaître une évolution moins favorable en raison de la sècheresse qui affecte le secteur agricole et des perturbations du commerce mondial pour les autres secteurs. Au total, la croissance du PIB va néanmoins rester la plus modérée des pays pétroliers du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord.

Des excédents courants en 2022 ?

Les améliorations économiques globales devraient permettre au pays de produire en 2022, de forts excédents commerciaux (biens) après cinq années de déficits (2015 à 2020). Et la meilleure nouvelle macro-économique pour l’Algérie est sans aucun doute le redressement du solde courant qui devrait être légèrement excédentaire en 2022 si les prix du pétrole se maintiennent à un niveau élevé sur l’ensemble de l’année. Ces améliorations ont d’ores et déjà permis de stabiliser les réserves en devises. Elles ont même légèrement progressé, fin mars dernier, à 46,3 milliards de dollars, soit 29% du PIB.

L’inflation de plus en plus menaçante. Plusieurs phénomènes sont à l’œuvre pour la poursuite d’une hausse assez significative de l’inflation au cours des prochains trimestres : la hausse de l’inflation mondiale en raison de la conjoncture post-Covid, les conséquences de la guerre en Ukraine sur le prix des matières premières et notamment des céréales (liés à la perturbation des chaînes d’approvisionnement), la baisse des subventions étatiques sur certains biens, et enfin la hausse de l’inflation importée provoquée par la détérioration de la parité du dinar. Au total, l’inflation s’est établie à 8,1% et 8,9% au cours des deux derniers trimestres de 2021. Au premier trimestre 2022, elle atteint 9,3%, surtout en raison de la hausse des produits alimentaires (14% depuis six mois), mais aussi des services et des produits manufacturés. Au total, l’inflation, de 6,6% en moyenne en 2021, devrait dépasser les 10% en 2022 compte tenu de la combinaison des phénomènes observés. Une baisse à 7% en 2023 est possible si les tensions économiques mondiales s’apaisent et si le dinar ne se détériore pas trop. La baisse du pouvoir d’achat des ménages pourrait nourrir de plus fortes tensions sociales dans les trimestres à venir et c’est un risque à ne pas négliger. 

Une politique monétaire sans doute plus réaliste. Par ailleurs, la politique monétaire semble actuellement en évolution avec visiblement une volonté de mieux protéger les réserves en devises après l’effondrement spectaculaire des années 2010. Le cours du dinar poursuit sa dépréciation par rapport à la monnaie de référence dollar en 2021 mais aussi début 2022 et ce malgré le fort redressement des prix du pétrole. Le dinar a ainsi perdu 16,1% par rapport au dollar américain au cours de l’année 2021 et 4,7% depuis le début de l’année 2022. Cette forme de décorrélation illustre sans doute une réorientation de la politique monétaire. Celle-ci devrait avoir des effets positifs sur la balance commerciale en renchérissant les importations et en favorisant les exportations. Cette politique monétaire plus réaliste devrait également permettre de réduire le marché parallèle de la devise.

Notre opinion – La croissance du PIB, quoique bien orientée, reste modeste pour un pays dont la population croît d’environ 2% par an depuis une quarantaine d’années, de surcroît pour un pays pétrolier. Cette croissance structurellement faible est en grande partie issue de « la maladie de la rente » qui n’a pas permis au secteur non pétrolier de se développer et au secteur privé de prendre le relai de la croissance lors des années de pétrole bon marché. Les décisions de politique économique se heurtent toujours à l’absence de consensus de la classe dirigeante sur l’équilibre entre le poids de l’État et celui du secteur privé dans l’économie, et sans doute aussi à un environnement des affaires plutôt difficile. Les réformes en cours depuis la chute de Bouteflika n’ont pas rendu plus claires les orientations de politique économique, notamment la sortie de son modèle rentier et la diversification de l’économie.

 

Article publié le 13 mai 2022 dans notre hebdomadaire Monde – L’actualité de la semaine