Allemagne – Une dépendance énergétique bien trop élevée !

Allemagne – Une dépendance énergétique bien trop élevée !

En résumé

La Russie ne représente que 2% des importations totales allemandes mais la ventilation par produits fait néanmoins ressortir une forte dépendance allemande à certains produits, notamment énergétiques. L’énergie brute disponible, représentant la quantité d'énergie nécessaire pour satisfaire l'ensemble de la demande énergétique, révèle majoritairement une utilisation intense en pétrole à hauteur de 35%, le gaz naturel arrivant en deuxième position avec 26% des besoins énergétiques du pays. Le charbon ne représente que 15%, légèrement moins que les énergies renouvelables représentant 16%. La part du nucléaire atteint à peine 6%.

Ces besoins énergétiques sont essentiellement comblés par des importations croissantes en pétrole et gaz naturel ces dernières années. La Russie représente à elle seule 38% des importations de pétrole en 2020, en première position, loin devant les États-Unis à 11%, à part égale avec le Royaume-Uni. La Norvège et le Kazakhstan arrivent juste derrière avec respectivement 9% et 8% des importations d’hydrocarbures. Néanmoins, la vulnérabilité énergétique allemande se situe surtout au niveau de sa dépendance gazière car on estime qu’une bonne partie du pétrole russe pourrait être substituée par une augmentation substantielle de l’approvisionnement en provenance de l’ensemble des autres fournisseurs d’hydrocarbures.

La dépendance gazière allemande est en revanche davantage problématique dans la mesure où celle-ci provient à 65% de la Russie en 2020 (contre 49% en 2019). La Norvège, deuxième contributeur gazier, participe à hauteur de 20% des importations totales de gaz du pays. Les Pays-Bas, troisième contributeur, approvisionnent le pays à hauteur de 13% des importations de gaz. Cette dépendance allemande peut difficilement être contournée car le pays ne dispose pas de terminal méthanier permettant l’accueil du gaz acheminé par voie maritime et les délais de construction de telles infrastructures sont particulièrement élevés. Une éventuelle interruption dans l’approvisionnement en gaz russe aurait ainsi d’importants effets négatifs sur la croissance allemande.

Notre opinion – Dans le contexte actuel, la dépendance énergétique allemande vis-à-vis de la Russie constitue un véritable talon d’Achille pour l’Union européenne, et pas seulement pour l’activité économique du pays qui serait bien évidemment fortement impactée par une réduction des importations. Cette guerre a précipité la réflexion stratégique sur l’approvisionnement énergétique de l’Union. Sur le plan national, elle met en péril non seulement la croissance du pays à court et moyen terme mais menace également de prolonger la transformation énergétique du pays, qui vise jusqu’ici la sortie du charbon d’ici à 2030 et la neutralité carbone d’ici 2045 ; des enjeux déjà extrêmement ambitieux avant le début du conflit et devenus aujourd’hui difficilement tenables. 

Article publié le 11 mars 2022 dans notre hebdomadaire Monde – L’actualité de la semaine

Allemagne – Une dépendance énergétique bien trop élevée !

Dans le contexte actuel, la dépendance énergétique allemande vis-à-vis de la Russie constitue un véritable talon d'Achille pour l'Union européenne, et pas seulement pour l'activité économique du pays qui serait bien évidemment fortement impactée par une réduction des importations. Cette guerre a précipité la réflexion stratégique sur l'approvisionnement énergétique de l'Union. Sur le plan national, elle met en péril non seulement la croissance du pays à court et moyen terme mais menace également de prolonger la transformation énergétique du pays, qui vise jusqu'ici la sortie du charbon d'ici à 2030 et la neutralité carbone d'ici 2045 ; des enjeux déjà extrêmement ambitieux avant le début du conflit et devenus aujourd'hui difficilement tenables.

Philippe VILAS-BOAS, Economiste