Europe centrale et orientale, Turquie : une très forte dépendance aux hydrocarbures de Russie

Europe centrale et orientale, Turquie : une très forte dépendance aux hydrocarbures de Russie

En résumé

L’invasion de l’Ukraine par l’armée russe amène à établir l’état des lieux des relations commerciales entre l’Europe centrale et l’Ukraine, d’une part, et la Russie, par ailleurs. Les relations commerciales globales sont assez peu développées entre l’Europe centrale et ces deux pays car, trente-trois ans après la chute du mur de Berlin, l’Europe centrale a développé des liens particulièrement étroits avec l’Europe de l’Ouest et ses partenaires de l’Union européenne. Néanmoins, l’Ukraine est un partenaire commercial pour la Pologne qui y exporte un milliard de dollars de biens chaque année.

En revanche, comme certains grands pays d’Europe occidentale, l’Europe centrale reste toujours très dépendante des flux d’hydrocarbures en provenance de Russie, tant concernant le gaz que le pétrole. Ces flux arrivent par des oléoducs et gazoducs qui traversent le territoire ukrainien. Le tableau ci-dessous donne le pourcentage d’importations en provenance de Russie, l’Ukraine n’étant qu’un pays de transit.

Alors que deux pays baltes ont progressivement réduit leur dépendance au pétrole et au gaz en provenance de la Russie, un grand nombre de pays de la région en sont encore fortement tributaires : Pologne, Lituanie, Bulgarie et Slovaquie. Le risque de rupture des approvisionnements n’est pas avéré à ce stade et dépendra de l’évolution du conflit sur le territoire ukrainien et des positions géopolitiques de Moscou.

Comme l’ensemble du continent européen, la région est affectée par une hausse de l’inflation, tant sur les produits alimentaires qu’énergétiques. En termes de croissance du PIB, les effets de décélération de la croissance vont affecter particulièrement la région qui est au cœur des tensions avec la Russie et proche de la zone de conflit.

Certains pays pourraient être particulièrement menacés comme la Moldavie, compte tenu de la présence militaire russe en Transnistrie.

De son côté, la Turquie est fortement dépendante de ces deux pays pour ses importations de céréales. 62% de ses importations proviennent de Russie et 12% d’Ukraine. Son taux de dépendance sur l’acier est moins fort (23% en provenance des deux pays), mais il est d’un tiers pour l’aluminium en provenance de Russie. Concernant les hydrocarbures, il s’établit à 29% vis-à-vis de la Russie.

Mais la Turquie a par ailleurs trois autres spécificités qui la rendent particulièrement sensible au choc :

  • Un secteur du tourisme très dépendant des visiteurs ukrainiens et russes. Avant la pandémie, 7 millions de Russes et 1,5 million d’Ukrainiens visitaient le pays. Lors de la reprise de 2021, les visites sont remontées à 4,7 millions de Russes et 2,1 millions d’Ukrainiens.
  • Deuxième vulnérabilité, le risque de baisse des exportations vers l’Europe en cas de chute de la croissance.
  • Et enfin, la situation de l’économie turque elle-même, déjà très fragilisée avant cette crise par la politique monétaire atypique du gouvernement turc, et les niveaux particulièrement élevés d’inflation.

En conclusion, l’économie turque risque d’être l’une des plus affectées de la région par tous les effets directs et indirects de la guerre, de prix et de volume. Le déficit courant va s’accroître sous l’effet conjugué des importations énergétiques et du manque à gagner touristique. La croissance devrait être légèrement tirée à la baisse et l’inflation à la hausse, poussée notamment par l’inflation alimentaire.

 

Article publié le 4 mars 2022 dans notre hebdomadaire Monde – L’actualité de la semaine

Europe centrale et orientale, Turquie : une très forte dépendance aux hydrocarbures de Russie

Comme certains grands pays d'Europe occidentale, l'Europe centrale reste toujours très dépendante des flux d'hydrocarbures en provenance de Russie, tant concernant le gaz que le pétrole. Ces flux arrivent par des oléoducs et gazoducs qui traversent le territoire ukrainien. De son côté, la Turquie est fortement dépendante de ces deux pays pour ses importations de céréales.

Olivier LE CABELLEC, Economiste