Italie – Baisse de la production industrielle en janvier

Italie – Baisse de la production industrielle en janvier

En résumé

Avant même le déclenchement du conflit en Ukraine, les données conjoncturelles de janvier indiquaient déjà une inflexion de l’activité. Après un premier repli en décembre, la production industrielle a de nouveau baissé de 3,4% en janvier et de 2,2% en glissement annuel. L’indice passe, après plus d’un an de récupération ininterrompue, en-dessous de son niveau de février 2020, soit à son niveau d’avant le déclenchement de la pandémie. L’acquis laissé au premier trimestre est également fortement négatif à -3,6%.

L’ensemble des catégories de biens sont concernés. Les biens énergétiques ont ainsi reculé de -5,2%, les biens de consommation de -3,6% et les biens intermédiaires de -3,4% par rapport à décembre. La baisse de la production dans les biens d’équipement a été plus contenue, avec un repli de -1,6%.

Les secteurs d’activité économique qui ont enregistré les plus fortes baisses en glissement annuel sont les industries extractives (-12,7%), la fabrication de matériel électrique (-12,0%) et les autres industries manufacturières (-7,1%). À l’inverse, les hausses les plus marquées ont été observées dans la production de produits pharmaceutiques (+10,7%), dans la fabrication de coke et de produits pétroliers raffinés (+8,2%) et dans la fourniture d’électricité et de gaz, (+1,6%).

Outre les problématiques liées aux goulets d’étranglement dans les chaînes de production, le recul de janvier témoigne du fort impact négatif exercé par la pression à la hausse sur les prix à la production constatée depuis plusieurs mois par les enquêtes. Alors que l’indice des prix à la production industrielle enregistre une croissance constante depuis la fin de l’été 2021, ce dernier semble avoir franchi un nouveau cap en début d’année. En janvier 2022, les prix à la production de l’industrie ont ainsi bondi de 9,7% par rapport à décembre et de 32,9% sur une base annuelle. La hausse est d’autant plus perceptible sur le marché domestique qui enregistre un accroissement des prix à la production de 12,4% par rapport à décembre 2021 et de 41,8% en glissement annuel. Sans surprise, cette hausse est tirée par la forte croissance des prix de l’énergie qui enregistre une augmentation de +28% par rapport à décembre et +118% en glissement annuel.

Déduction faite du secteur de l’énergie, la croissance des prix reste contenue bien qu’en accélération avec +1,8% en variation mensuelle et +11,0% en glissement annuel. Par rapport au mois précédent, il semble que la hausse des coûts de l’énergie ait par effet de contagion touché davantage de produits. Ainsi, en janvier 2022, les prix dans la métallurgie et la fabrication de produits métalliques ont augmenté sur une base mensuelle de 1,6% mais la mesure de la flambée des prix est plus marquée sur une base annuelle avec +23,3% sur le marché intérieur, de +33,8% sur le marché de la zone euro et de +25,4% hors zone euro. Les produits chimiques suivent une courbe comparable avec +19,7% sur le marché intérieur, +20,5% en zone euro et +18,3% hors zone euro. La seule baisse concerne les produits informatiques, électroniques et optiques (-0,8% en zone euro).

Notre opinion – Il semble que l’on ne soit qu’au tout début d’un engrenage. En effet, il est difficile d’envisager au regard du contexte actuel une amélioration de la situation à court terme des prix de l’énergie et des matières premières. Les enquêtes dans l’industrie sont pour l’heure encore relativement optimistes et témoignent jusqu’en février (PMI) d’une amélioration des pressions liées aux prix et de carnets de commandes encore fournis. À juste titre, ces dernières n’intégraient pas encore le facteur conflit. Il va sans dire que la photographie que devraient nous donner les indices de confiance de mars et d’avril sera tout autre. Le soutien public pourrait s’avérer déterminant. Face au signal d’alarme lancé il y a plusieurs mois par les industriels, la réponse de l’État italien avait été immédiate en débloquant deux enveloppes successives (15 Mds d’euros) pour atténuer les effets de la hausse du coût de l’énergie, notamment sur les plus petites structures. Mais ce qui semblait être un mauvais cap à passer, qui aurait persisté tout au plus un ou deux trimestres, pourrait durer plus longtemps. Après la pandémie, le conflit Russie/Ukraine va tester de nouveau la résilience de l’industrie italienne mais également celle des finances publiques du pays.

Article publié le 11 mars 2022 dans notre hebdomadaire Monde – L’actualité de la semaine

Italie – Baisse de la production industrielle en janvier

Il semble que l'on ne soit qu'au tout début d'un engrenage. En effet, il est difficile d'envisager au regard du contexte actuel une amélioration de la situation à court terme des prix de l'énergie et des matières premières. Les enquêtes dans l'industrie sont pour l'heure encore relativement optimistes et témoignent, jusqu'en février (PMI), d'une amélioration des pressions liées aux prix et de carnets de commandes encore fournis.

Sofia TOZY, Economiste