Moyen-Orient et Afrique du Nord – Premiers impacts économiques de la guerre en Ukraine

Moyen-Orient et Afrique du Nord – Premiers impacts économiques de la guerre en Ukraine

En résumé

Les échanges commerciaux de biens entre le Moyen-Orient et l’Ukraine et la Russie sont globalement relativement modestes et ne s’effectuent pratiquement que dans le sens des importations. La région exporte très peu vers ces deux pays, mais est cependant un gros importateur de céréales (blé) et de métaux (acier). En revanche, les flux de touristes en provenance de ces deux pays sont importants en volume. Ils soutiennent les exportations de services et participent aux entrées de devises dans certains pays touristiques. 

Les pays du Moyen-Orient connaissent une très forte dépendance alimentaire et importent parfois la majorité des céréales consommées localement. L’Ukraine et la Russie sont parmi les fournisseurs majeurs de céréales du Moyen-Orient et la part de marché a plutôt progressé ces dernières années, notamment en Égypte et en Algérie, pays les plus gros importateurs de la région.

L’impact le plus direct pour les pays importateurs de céréales est la hausse immédiate des prix sur les marchés mondiaux. On assiste actuellement à une flambée historique des cours à 400 euros la tonne de blé, en hausse de 30 à 40 euros la tonne depuis le début de la guerre en Ukraine. L’autre impact est la disponibilité de la matière première. La Russie et l’Ukraine assurant 30% des exportations mondiales de blé, la substitution par d’autres pays n’est pas immédiatement possible en cas de rupture des approvisionnements. Les ports exportateurs d’Ukraine, Marioupol et Odessa, sont fermés et ont été affectés par les bombardements. La situation actuelle pourrait donc rendre l’accès plus difficile.

Les importations de métaux sont beaucoup plus faibles. L’Égypte importe 16% de ses besoins en provenance des deux pays et 50% de son cuivre provient de Russie. Mais la région va aussi être affectée par la hausse des prix des matières premières.

Dans le secteur du tourisme, c’est surtout l’Égypte qui va être pénalisée par la chute du nombre de touristes en provenance d’Ukraine et de Russie.

Du côté des prix énergétiques, la flambée des cours pétroliers va d’autant plus profiter aux pays producteurs du Golfe que ces derniers, regroupés dans l’alliance OPEP+ qui comprend la Russie, ont décidé de ne pas augmenter les volumes de production pour compenser les tensions sur le marché. Par conséquent, le cours du baril a dépassé le niveau très élevé de 110 dollars. Cette forte hausse, si elle est durable, va pénaliser les pays importateurs de la région et peser sur les termes de l’échange de nombreux pays. Pour éviter les tensions sociales issues d’une hausse des prix à la pompe, certains gouvernements pourraient être tentés de rehausser les subventions. Pour les pays producteurs du Golfe, les balances commerciale et budgétaire devraient s’améliorer plus qu’anticipé, si le prix du pétrole se maintient plusieurs mois à un niveau aussi élevé.

Deux autres impacts macro-économiques vont avoir lieu au cours des prochains trimestres : une décélération de la croissance du PIB dans les pays non pétroliers et une hausse de l’inflation. Il est encore trop tôt pour connaître l’impact sur la croissance. En revanche, l’inflation devrait progresser dans les pays où la part des produits alimentaires est forte dans l’indice (Égypte 44%, Maroc 33%). 

En termes de relations militaires avec les pays du Moyen-Orient, la Russie est le principal soutien militaire et politique du régime de Bachar el-Assad en Syrie, pays qui a voté à l’ONU en faveur de l’intervention russe en Ukraine avec seulement quatre autres pays dans le monde. L’armée russe a investi le port de Tartous et installé une base militaire aérienne près de Lattaquié, sur les bords de la Méditerranée. Depuis quelques années, la Russie a renforcé sa présence militaire et noué des relations plus étroites au Moyen-Orient, profitant du vide provoqué par le retrait progressif et partiel des États-Unis. Elle a ainsi établi une présence militaire permanente en Cyrénaïque en soutien au général Haftar en Libye. Par ailleurs, la Russie est aussi un important exportateur d’armes dans la région.

 

Article publié le 4 mars 2022 dans notre hebdomadaire Monde – L’actualité de la semaine

Moyen-Orient et Afrique du Nord – Premiers impacts économiques de la guerre en Ukraine

L'impact le plus direct pour les pays importateurs de céréales est la hausse immédiate des prix sur les marchés mondiaux. On assiste actuellement à une flambée historique des cours à 400 euros la tonne de blé, en hausse de 30 à 40 euros la tonne depuis le début de la guerre en Ukraine. L'autre impact est la disponibilité de la matière première. La Russie et l'Ukraine assurant 30% des exportations mondiales de blé, la substitution par d'autres pays n'est pas immédiatement possible en cas de rupture des approvisionnements.

Olivier LE CABELLEC, Economiste