Thaïlande – Un peu d'espoir

Thaïlande – Un peu d'espoir

En résumé

Enfin, enfin, la Thaïlande a positivement surpris le consensus. Grâce à un quatrième trimestre un peu plus dynamique, qui a permis de ramener la croissance annuelle à 1,6%, quand les prévisions la voyaient plutôt autour de 1,3%.

Pas de quoi affirmer que la crise est derrière, loin de là (en 2020, le pays avait connu une forte récession de 6,2%), mais juste donner un peu plus d’espoir, sous forme d’un acquis plus élevé, pour l’année 2022, durant laquelle la croissance devrait dépasser les 4%.

Une reprise différée, l’inconnue du tourisme

C’est peu de dire que 2021 aura été difficile pour la Thaïlande, qui a encore passé la moitié de l’année en récession et est – de loin – le pays de l’ASEAN ayant connu la croissance la plus faible cette année.

La faute à une économie extrêmement dépendante du tourisme, qui a dû faire face à des contraintes sanitaires extrêmement fortes. En interne d’abord, avec une campagne de vaccination qui a mis du temps à démarrer (75% de la population l’est maintenant) et des vagues épidémiques qui avaient dû conduire au durcissement des mesures de restriction. En externe ensuite, la Thaïlande étant tributaire des décisions prises par les autres pays, à commencer par la Chine, principal pourvoyeur de touristes avant la pandémie.

Après des débuts timides en novembre et décembre (300 000 visiteurs en deux mois, contre plus de trois millions par mois avant le Covid-19), initiés avec la fin de la quarantaine pour les voyageurs vaccinés, la Thaïlande espère en accueillir entre cinq et six millions en 2022.

De quoi peut-être redonner un peu de couleurs à la consommation privée (plus de 50% du PIB thaïlandais, en hausse de 0,3% au quatrième trimestre en glissement annuel), extrêmement impactée par la situation sanitaire. À court terme, elle pourrait aussi continuer d’être légèrement soutenue par des aides publiques (+8,1% au T4 en glissement annuel).

Du côté du commerce extérieur, le panorama se dégage aussi. Les exportations nettes de marchandises ont bondi de 17,7% au dernier trimestre, portées par les produits manufacturés. Le solde commercial demeure positif, même si la rapide augmentation du coût des produits énergétiques (environ 15% des importations totales) pèse sur la balance. Attention donc à surveiller le baht, devise historiquement plutôt volatile, qui s’est déjà déprécié d’environ 10% sur un an, signant là aussi une contre-performance parmi les autres devises de la zone, plutôt stables.

La déception vient en revanche de l’investissement privé, qui s’est contracté de 1,7%, reflétant le climat de doute encore ressenti par les investisseurs.

Et l’inflation ?

Pays traditionnellement peu inflationniste, la Thaïlande avait même connu pendant toute l’année 2020 une période de déflation, en raison de la faiblesse persistante de la demande. La banque centrale thaïlandaise, qui ne disposait que de peu de marges de manœuvre début 2020, avait procédé à trois baisses de taux de 25 points de base chacune, ce qui avait ramené le taux directeur à 0,5%.

Si l’inflation des composantes volatiles (produits alimentaires et énergétiques) a accéléré, comme partout dans le monde, depuis le deuxième semestre 2021, l’inflation sous-jacente, reflet de l’atonie de l’économie, reste très faible (0,5% en janvier en glissement annuel). La communication de la banque centrale ne laisse ainsi pressentir aucune hausse de taux

Notre opinion – La Thaïlande est encore loin de s’être remise de la crise Covid. Le PIB demeure encore 5% inférieur à son niveau de 2019, ce qui place le pays parmi les moins bons performeurs des économies émergentes. La croissance de 2022 reste de surcroît largement conditionnée à la reprise du tourisme. Or, une chose est déjà sûre, les touristes chinois ne reviendront pas cette année. Reste à convaincre les autres, d’Asie ou d’Europe, dont les critères ont peut-être changé avec la pandémie (préoccupations environnementales pour les Européens, choix de destinations sanitairement plus sûres…). L’objectif de 5 à 6 millions de touristes en 2022 est atteignable, mais représenterait à peine 20% des flux pré-crise. Comment compenser le reste, dans un environnement commercial de surcroit de plus en plus concurrentiel ?

La Thaïlande devrait certes profiter, comme les autres pays de l’ASEAN, du renforcement toujours plus poussé de l’intégration régionale, et de sa place comme fournisseur de biens intermédiaires (caoutchouc, produits électroniques, pièces détachées automobiles). Mais son commerce extérieur a aussi souffert pendant la crise, tandis que d’autres pays voisins et concurrents surperformaient (Vietnam, Indonésie, Malaisie…). Un défi de plus à relever.

Article publié le 25 février 2022 dans notre hebdomadaire Monde – L’actualité de la semaine

Thaïlande – Un peu d'espoir

La croissance de 2022 reste largement conditionnée à la reprise du tourisme. Or, une chose est déjà sûre, les touristes chinois ne reviendront pas cette année. Reste à convaincre les autres, d'Asie ou d'Europe, dont les critères ont peut-être changé avec la pandémie (préoccupations environnementales pour les Européens, choix de destinations sanitairement plus sûres…). L'objectif de 5 à 6 millions de touristes en 2022 est atteignable, mais représenterait à peine 20% des flux pré-crise.

Sophie WIEVIORKA, Economiste - Asie (hors Japon)