Brésil – Première épreuve : un nouveau budget pour 2023

Brésil – Première épreuve : un nouveau budget pour 2023

En résumé

Alors que le président "Lula" ne prendra ses fonctions qu'en janvier, l'équipe de transition (dirigée par le vice-président Geraldo Alckmin) travaille sur une version révisée du budget 2023 : une tâche ardue puisqu'il s'agit d'y inclure des charges supplémentaires ce qui requiert une dérogation à la règle du plafond sur les dépenses et ce dans un cadre budgétaire déjà singulièrement contraint. Un cadre que caractérisent, en substance, une structure fiscale complexe, une rigidité budgétaire élevée avec des dépenses fortement concentrées (trois postes suffisent à expliquer près de 80% des dépenses : prestations sociales 35%, salaires 16%, intérêts de la dette 20%) et une dette publique lourde mais facilement couverte par le marché domestique.

Les principales dépenses non incluses dans le projet de budget comportent une revalorisation de l'Auxilio Brasil (de 400 reais à 600 reais par ménage ; coût estimé 0,5% du PIB), une aide supplémentaire pour les enfants (150 reais par enfant ; 0,2% du PIB), une augmentation des salaires des fonctionnaires (0,1% du PIB), des dépenses d'investissement (0,4% du PIB), soit un total de dépenses potentielles de 1,2% du PIB. Parmi les engagements de campagne figurent également la réactivation d'autres programmes sociaux et l'exonération d'impôts sur les revenus inférieurs à 5 000 reais (coût estimé de chaque proposition : 1,2% du PIB). Le futur gouvernement cherche à obtenir une "dérogation" à la règle du plafond de dépenses via le projet de loi dit "PEC de transition". Le Congrès a jusqu'à mi-décembre pour se prononcer afin que les dépenses excédant le plafond débutent dès janvier. Compte tenu des arbitrages inévitables, le déficit primaire pourrait s'établir à 1,5% du PIB, soit un dérapage finalement assez limité (1% du PIB). 

Une fois le nouveau budget 2023 adopté, il faudra entreprendre la révision de la règle du plafond de dépenses largement transgressée depuis la contre-offensive budgétaire mise en œuvre (légitimement) face à la crise du Covid. Les discussions sur un nouveau cadre budgétaire pourraient commencer en mars lors de la reprise de l'activité parlementaire pour une mise en œuvre à partir du budget 2024. Le nouveau gouvernement devra "gérer" avec un Congrès bicaméral dominé par la droite et le centre-droit et s'employer à courtiser le centre de façon à parvenir ne serait-ce qu'à la majorité simple ; un Parlement certes peu enclin à engager des dépenses non financées mais aussi, et surtout, peu susceptible d'engager rapidement de grandes réformes. Et certainement pas disposé à exclure des dépenses contraintes par la règle du plafond les charges que représente l'Auxílio Brasil (environ 1,7% du PIB dans sa nouvelle version) : une proposition d'amendement par laquelle la nouvelle équipe serait visiblement tentée.

Plusieurs pistes pourraient être explorées mais il faut que soit dessiné un cadre budgétaire transparent composé d'objectifs clairs, de mesures spécifiques pour les atteindre, d'éventuelles règles budgétaires mais assorties de clauses dérogatoires formelles. Le FMI (art. IV, septembre 2021) envisageait que la règle de plafonnement des dépenses soit complétée par un ancrage explicite de la dette. Bref, il faut espérer que soit fixé un nouveau cap, un cap crédible plutôt qu'exagérément ambitieux.

Les avancées sur le plan budgétaire sont triplement importantes : elles sous-tendent la crédibilité de la signature du Brésil, donc son image auprès des marchés, et constituent la condition sine qua non (ou presque) d'un assouplissement monétaire. 

Article publié le 18 novembre 2022 dans notre hebdomadaire Monde – L'actualité de la semaine

Brésil – Première épreuve : un nouveau budget pour 2023

Le nouveau gouvernement devra "gérer" avec un Congrès bicaméral dominé par la droite et le centre-droit et s'employer à courtiser le centre de façon à parvenir ne serait-ce qu'à la majorité simple ; un Parlement certes peu enclin à engager des dépenses non financées mais aussi, et surtout, peu susceptible d'engager rapidement de grandes réformes. Et certainement pas disposé à exclure des dépenses contraintes par la règle du plafond les charges que représente l'Auxílio Brasil (environ 1,7% du PIB dans sa nouvelle version) : une proposition d'amendement par laquelle la nouvelle équipe serait visiblement tentée.

Catherine LEBOUGRE, Economiste