Afrique subsaharienne – De fortes disparités régionales en termes d'épargne domestique

Afrique subsaharienne – De fortes disparités régionales en termes d'épargne domestique

En résumé

Dans la théorie économique, l'épargne est un agrégat macroéconomique important pour la croissance. L'égalité entre l'épargne et l'investissement suppose ainsi que l'épargne serait un moteur de l'investissement. Ainsi, plus elle est importante plus les investissements sont possibles, ce qui aura pour effet de stimuler la croissance, diminuer la pauvreté et créer de l'emploi. A contrario, son insuffisance peut être un frein pour l'investissement et le développement. Néanmoins, un excès d'épargne pourrait déboucher sur une insuffisance de consommation et donc limiter la croissance économique (surtout pour les économies dépendantes de la consommation).

En Afrique subsaharienne, le taux d'épargne s'élève en moyenne à 22% du PIB sur les dix-huit dernières années. On observe une nette amélioration entre 2015 et 2021 où celui-ci a augmenté de 5,5 points, à 23,8% du PIB. Malgré cela, l'épargne domestique demeure insuffisante pour répondre aux importants besoins de financement de la région, qui d'après le FMI s'élèveraient à 290 milliards USD en moyenne d'ici 2023. Par ailleurs, le taux d'épargne régional moyen est déterminé à partir des 41 pays sur les 48 recensés par la Banque mondiale en Afrique subsaharienne (l'absence de données sur les sept pays manquants résultant d'un appareil statistique défaillant) ; ce taux manque sans doute un peu de précision.

Ce taux moyen assez convenable en soi cache en fait de profondes disparités au sein même de la région. Ainsi, on distingue quatre sous-groupes de pays selon la part de leur épargne dans le PIB. Le premier groupe est composé de neuf pays dont les taux sont supérieurs à 20% du PIB (41,8% du PIB pour l'Angola, 51,7% du PIB pour le Congo). Ces pays affichant des taux très élevés d'épargne sont des pays rentiers qui bénéficient fortement de leurs exportations de matières premières, en particulier du pétrole. Ainsi, leur épargne domestique est majoritairement composée d'épargne publique et leurs taux dépassent même celui de certains pays européens comme la France (23,3% du PIB), l'Italie (22,4% du PIB) ou encore l'Espagne (23% du PIB). Dans le second groupe, les taux sont compris entre 10% et 20% du PIB (le Cameroun avec 16,5% du PIB, l'Afrique du Sud avec 18,7% du PIB) ; le troisième groupe est constitué de pays dont le taux d'épargne domestique est inférieur à 10% du PIB (4% du PIB pour la Gambie, 7% du PIB pour la Guinée) ; et le quatrième groupe avec des taux d'épargne négatifs à l'image du Burundi avec un taux de -6% du PIB et des Comores avec un taux de -3% du PIB. La plupart des États d'Afrique subsaharienne sont confrontés à des revenus insuffisants, une population très pauvre, des taux de chômage élevés et à d'importantes fuites de capitaux des plus riches vers les paradis fiscaux ; ce qui tire à la baisse l'épargne domestique, majoritairement constituée de l'épargne des ménages.

Pour de nombreux pays à l'épargne très faible, les obstacles à une épargne plus développée sont aussi à chercher dans la structure des systèmes financiers. Ces derniers sont souvent peu développés et difficiles d'accès pour beaucoup d'agents, ce qui n'encourage pas les dépôts sur des comptes bancaires. L'épargne en nature est ainsi parfois préférée. Par ailleurs, l'économie informelle, assez développée en Afrique subsaharienne, contribue à perturber l'analyse statistique en raison d'importantes liquidités non recyclées dans les circuits financiers traditionnels.

Article publié le 14 octobre 2022 dans notre hebdomadaire Monde – L’actualité de la semaine 

Afrique subsaharienne – De fortes disparités régionales en termes d'épargne domestique

Malgré la libéralisation des économies, le recours aux financements internationaux et les aides publiques au développement, l'Afrique subsaharienne peine à se positionner sur une trajectoire soutenable de développement économique. Les économies régionales pourraient envisager de s'appuyer sur d'autres moyens pour stimuler la croissance. Ainsi, l'épargne domestique est un levier important qui peut être mobilisé pour lutter contre la pauvreté et soutenir le développement. Pourtant, l'importance qui lui est accordée par les dirigeants ne semble que minime du fait principalement de sa faiblesse structurelle.

Ayathassen BENSAID, Economiste (alternante)