Zone euro – Regard sur la conjoncture de la semaine écoulée

Zone euro – Regard sur la conjoncture de la semaine écoulée
  • L'inflation atteint 10% en septembre
  • Le sentiment économique se dégrade davantage en septembre

En résumé

L’inflation atteint 10% en septembre

Le taux annuel d’inflation a atteint 10% dans la zone euro en septembre selon la première estimation. La hausse du taux de croissance des prix a été particulièrement marquée en Allemagne (10,9% après 8,8% en août, du fait aussi de l’expiration de la baisse temporaire des prix des transports), mais aussi aux Pays-Bas (17,1% après 13,7%), en Belgique (12% après 10,5%) et dans une moindre mesure en Italie (9,5% après 9,1%) et au Portugal (9,8% après 9,3%). En revanche, en France l’inflation a été plus modérée (6,2% après 6,6%) tout comme en Espagne (9,3% après 10,5%).

La hausse des prix de l’énergie a encore fortement contribué à la remontée de l’inflation avec un taux de 40,8% sur un an, en accélération sur le mois d’août (38,6%). Les biens alimentaires ont aussi connu une forte hausse de leurs prix au rythme de 11,8% (après 10,6% en août) contribuant ainsi à l’accélération de l’indice général des prix. La propagation aux prix des biens industriels non énergétiques (5,6%) continue à un rythme plus soutenu depuis août. La diffusion au prix des services dont l’inflation a atteint 4,3% (via l’impact de l’inflation de l’alimentaire sur les prix de la restauration et de l’inflation énergétique sur les prix des transports, mais aussi par l’effet des réouvertures estivales post-Omicron) s’est fortement renforcée en septembre. Le taux d’inflation sous-jacente a donc atteint un nouveau point haut à 4,8%.

Cette nouvelle remontée de l’inflation, et surtout de ses composantes moins volatiles, augmente la pression sur la BCE. Il est certain que la Banque centrale guettera l’évolution des anticipations d’inflation. Ces dernières, notamment celles de marché (swap à 5 ans dans 5 ans) après avoir atteint un pic à 2,5% début mai, se sont plus récemment établies à 2,1%, convaincues par l’action plus résolue de la BCE et par les signes de ralentissement de l’activité. Si cette nouvelle hausse de l’inflation ne remet pas en cause cette révision à la baisse des anticipations et si elle ne rallume pas les doutes sur la crédibilité de la banque centrale, il n’y a pas de raison d’anticiper une restriction monétaire immédiate plus agressive que celle pré-annoncée et déjà anticipée par les marchés.

Le sentiment économique se dégrade davantage en septembre

L’indice du sentiment économique en zone euro s’est dégradé pour le sixième mois consécutif en septembre, s’établissant à 93,7 points après 97,3 pts en août. C’est la composante confiance des consommateurs (-28,8 pts) qui reste la plus affectée par le contexte inflationniste et ses risques sur la croissance et l’emploi. La confiance dans les ventes au détail se retrouve également particulièrement touchée et accuse un nouveau recul (-8,4 pts). La confiance dans l’industrie bascule en territoire négatif (-0,4 pt), une première depuis 18 mois, plombée par une baisse des commandes et des perspectives sans cesse révisées à la baisse. Les activités de services et la construction enregistrent également une détérioration de leur situation mais demeurent encore relativement épargnées par le pessimisme ambiant. Toutefois, l’indicateur d’emploi ne recule que faiblement (-0,8pt) principalement guidé par la détérioration des anticipations d’emploi dans l’industrie et la construction tandis que celles dans les services restent globalement inchangées et celles dans les ventes au détail s’améliorent à court terme. Parmi les grands pays de la zone, l’indice de confiance a particulièrement chuté en Allemagne (-4,8 pts), en Italie (-3,7 pts) et en France (-3,2 pts) et dans une moindre mesure en Espagne (-1 pt). Une inflation élevée, des taux d’intérêt en hausse et une demande mondiale qui s’annonce plus timide qu’anticipée, pénalisent la croissance de la zone au troisième trimestre.

L’incertitude est montée d’un cran cet été avec la hausse des prix de l’énergie. Ce contexte d’inflation élevée et durable pèse nettement sur la demande et le moral des consommateurs. L’industrie se retrouve de surcroît fortement impactée par cette flambée des coûts de production et certaines entreprises préfèrent réduire leur production, pénalisant la croissance. L’Allemagne, l’Italie et la France sont davantage en difficulté que leurs partenaires en raison de leur plus grande dépendance énergétique à l’importation et des déboires du nucléaire français.

Article publié le 30 septembre 2022 dans notre hebdomadaire Monde – L’actualité de la semaine

Zone euro – Regard sur la conjoncture de la semaine écoulée

Cette nouvelle remontée de l'inflation, et surtout de ses composantes moins volatiles, augmente la pression sur la BCE. Il est certain que la Banque centrale guettera l'évolution des anticipations d'inflation. Ces dernières, notamment celles de marché (swap à 5 ans dans 5 ans) après avoir atteint un pic à 2,5% début mai, se sont plus récemment établies à 2,1%, convaincues par l'action plus résolue de la BCE et par les signes de ralentissement de l'activité. Si cette nouvelle hausse de l'inflation ne remet pas en cause cette révision à la baisse des anticipations et si elle ne rallume pas les doutes sur la crédibilité de la banque centrale, il n'y a pas de raison d'anticiper une restriction monétaire immédiate plus agressive que celle pré-annoncée et déjà anticipée par les marchés.

Paola MONPERRUS-VERONI, Economiste