Colombie – Combiner priorités sociales fortes et souci de préservation d'une réputation de sérieux…

Colombie – Combiner priorités sociales fortes et souci de préservation d'une réputation de sérieux…

En résumé

Le gouvernement a présenté au Congrès un budget « record » avec des dépenses totales prévues à 27,7% du PIB. Alors que le service de la dette « capte » 5,3% du PIB (ratio quasi stable par rapport à 2022), les dépenses courantes et d’investissement représentent, respectivement, 17,4% (en hausse de 2,3 points de pourcentage) et 5% du PIB (ratio constant). Les dépenses totales, en hausse de 15,1% par rapport au budget 2022 et de 3,6% par rapport au budget initialement prévu pour 2023 (par l’administration Duque), doivent permettre de financer les ambitions sociales du nouveau gouvernement. Agriculture, éducation, santé et mise en place du programme de paix bénéficieront ainsi en priorité de la hausse des dépenses. Dans un contexte d’inflation soutenue (la hausse des prix sur un an atteint 10,8% en août), l'État devra également allouer une partie du budget à la revalorisation des salaires publics, indexés sur l'inflation. Le ministre des Finances, José Antonio Ocampo, a déclaré que l'augmentation des dépenses de fonctionnement et d'investissement serait financée par l'augmentation des recettes fiscales générées par les bonnes performances économiques récentes et les crédits des banques multilatérales. Le Congrès a jusqu'au 20 octobre pour approuver le budget final.

Le budget, dont ne sont connues que les grandes lignes, se veut encore responsable. Et les grandes ambitions sociales portées par le président Petro viennent buter sur des contraintes bien réelles : déficit de l’ordre de 6% du PIB, faiblesse des revenus fiscaux mais dépenses de fonctionnement rigides, charge de la dette assez stable mais lourde, besoin d’investissement important, dette évidemment croissante. Dans le sillage de la crise de 2008, de la fin du boom des prix des matières premières, le ratio dette/PIB de l'administration centrale avait en effet déjà significativement dérivé, augmentant d'environ 2 points de pourcentage par an pour atteindre 50% en 2019. La crise sanitaire a provoqué une détérioration supplémentaire, portant le ratio dette/PIB à près de 60% tout en s’accompagnant d’un recours substantiel aux financements externes.

Les marges de manœuvre existent et elles sont encore confortables (économiquement tout au moins ; politiquement, c’est plus délicat). Car, comme le rappelle l’OCDE, les revenus fiscaux atteignent 18,7% du PIB en Colombie (2020) contre 33,5% en moyenne dans l’OCDE ou même près de 22% dans la zone. Une hausse des recettes fiscales pourrait apporter de l’oxygène tout en remettant la Colombie sur la voie de l'assainissement budgétaire (ou, plus modestement, de la « sécurité budgétaire »). Tous les regards sont donc désormais tournés vers la proposition de réforme fiscale qui doit être approuvée par le Congrès à la fin de l'année. La réforme (comprenant notamment un élargissement de l'impôt sur le revenu, un impôt sur la fortune et la mise en place d'une taxe sur l'exportation des matières premières) ambitionne de générer des recettes fiscales supplémentaires de 1,7% du PIB en 2023. C’est louable ; c’est encore modeste.

Article publié le 23 septembre 2022 dans notre hebdomadaire Monde – L’actualité de la semaine

Colombie – Combiner priorités sociales fortes et souci de préservation d'une réputation de sérieux…

Une hausse des recettes fiscales pourrait apporter de l'oxygène tout en remettant la Colombie sur la voie de l'assainissement budgétaire (ou, plus modestement, de la " sécurité budgétaire "). Tous les regards sont donc désormais tournés vers la proposition de réforme fiscale qui doit être approuvée par le Congrès à la fin de l'année.

Catherine LEBOUGRE, Economiste