Royaume-Uni – Un plan colossal de soutien à la demande face à la crise énergétique

Royaume-Uni – Un plan colossal de soutien à la demande face à la crise énergétique

En résumé

La nouvelle Première ministre britannique Elizabeth Truss, tout juste élue à la tête du Parti conservateur, a annoncé le jeudi 8 septembre un plan massif de soutien aux ménages et aux entreprises pour faire face à la crise énergétique.

La mesure phare consiste en un plafonnement des tarifs de l'énergie pour les ménages à partir d'octobre. Ils seront fixés à 2 500 livres sterling par an pour une durée de deux ans (contre 1 971 livres aujourd'hui, soit une hausse de 27%). Sans ce plafonnement, il était prévu que les tarifs augmentent de 80% en octobre à 3 549 livres et à 5 387 livres jusqu'en avril 2023. En outre, Liz Truss maintient l'aide de 400 livres pour le consommateur, annoncée par Rishi Sunak en mai dernier. La taxation « verte » de 150 livres sera en outre temporairement levée. Toutes ces mesures permettront à pratiquement stabiliser le coût de l'énergie pour les consommateurs aux niveaux actuels pour les deux années à venir.

Pour les entreprises du secteur privé et public, un « soutien équivalent » sera mis en place mais pendant six mois seulement, après quoi le gouvernement envisage la mise en place d'aides ciblées pour les secteurs vulnérables, tels que la restauration, dont les contours devraient être annoncés dans les trois prochains mois. Par ailleurs, un dispositif de liquidité, mis en place conjointement avec la BoE et estimé à 40 milliards de livres, permettra d'alléger les problèmes de liquidité des entreprises dans le secteur de l'énergie.

Aux plans de soutien à la demande et à la liquidité s'ajoutent des mesures visant à augmenter l'offre d'énergie dans le cadre d'une stratégie de long terme pour le pays. Ces mesures incluent non seulement la recherche de nouveaux contrats avec des fournisseurs internationaux et domestiques d'énergie, mais également une accélération de la production de pétrole et de gaz en mer du Nord, le développement des énergies renouvelables (avec l'objectif « net zero » d'ici 2050) ainsi que l'annonce d'une relance de l'extraction de gaz de schiste et du nucléaire (avec pour objectif qu'un quart de l'électricité provienne du nucléaire d'ici 2050). Il n'est pas prévu de rationnement de la consommation d'énergie mais le gouvernement encouragera à sa baisse au moyen de campagnes publicitaires.

Notre opinion – La nouvelle Première ministre britannique envisage un stimulus budgétaire colossal. Les estimations officielles de son coût ne sont pas encore connues et devraient être publiées d'ici la fin du mois, mais le coût du seul programme d'aides aux dépenses liées à l'énergie devrait dépasser 150 milliards de livres sterling (6% du PIB), ce qui est nettement supérieur aux annonces faites lors de la campagne de Liz Truss. Le plan d'aide de Liz Truss s'ajoute à celui précédemment annoncé de Rishi Sunak (37 milliards de livres). De plus, Liz Truss a promis des baisses d'impôts et de taxes lors de sa campagne pour un montant estimé à environ 30 milliards de livres (comprenant l'annulation de la hausse des contributions sociales et l'abandon du relèvement de l'impôt sur les sociétés, annoncés par Rishi Sunak pour avril 2023). Au total, le plan de soutien à l'économie pour les deux prochaines années est donc susceptible d'atteindre 220 Mds de livres (soit près de 10% du PIB).

Ce stimulus budgétaire significatif est de nature à impacter sensiblement les prévisions économiques, à commencer par le taux d'inflation. L'introduction d'un plafond sur les prix de l'énergie en octobre a pour conséquence une baisse mécanique des prévisions d'inflation à court terme avec un pic plus précoce et à un niveau plus bas que prévu précédemment (à 10,4% en octobre 2022 au lieu d'un pic à 13,7% en janvier 2023). Cela permettra de baisser le coût du service de la dette (en forte hausse depuis fin 2021), un quart de la dette publique étant sous forme d'obligations indexées sur l'inflation. Le stimulus devrait également soutenir les recettes fiscales via une demande plus forte. En effet, une inflation moins élevée et des baisses d'impôts devraient à leur tour conduire à une moindre baisse du pouvoir d'achat des ménages cette année. Une bouffée d'air pour la consommation privée qui devrait soutenir la demande et la croissance de l'activité. Les prévisions de croissance étaient devenues très pessimistes après la révision par Ofgem de ses tarifs énergétiques le 16 août dernier avec un consensus et une Banque d'Angleterre tablant sur une récession à partir du quatrième trimestre, prévisions qui devraient être revues à la hausse suite au stimulus budgétaire. Notre scenario publié en juillet tablait quant à lui sur une croissance atone mais légèrement positive en moyenne sur les prochains trimestres.

Le plan de Liz Truss n'est en revanche pas sans risques. Le soutien à la demande implique des risques haussiers sur l'inflation sous-jacente et donc sur les prévisions d'inflation à moyen terme. Pour compenser ces effets, Liz Truss compte sans doute sur la BoE qui n'a pas d‘autre choix que de resserrer plus agressivement sa politique monétaire. Après avoir doublé la cadence du resserrement des taux en août avec une hausse de 50 points de base du taux directeur à 1,75%, une autre hausse de 50 points de base le 15 septembre prochain (à 2,25%) est très probable. Le comité de politique monétaire devrait par ailleurs rester divisé. Catherine Mann qui a fait un discours très hawkish récemment va sans doute voter pour une hausse de 75 points de base. Enfin, ce plan d'envergure devra être financé par une offre significative de titres souverains sur les marchés ce qui devrait provoquer des tensions supplémentaires sur les taux souverains. À la différence de la crise de 2008 et celle du Covid, la BoE ne pourra plus financer cette dette, en ayant elle-même déjà annoncé un plan de ventes de titres dans le cadre de son quantitative tightening. L'État britannique devra compter sur d'autres investisseurs (fonds de pension et investisseurs étrangers) et ce sera sans doute nettement plus coûteux.

Article publié le 9 septembre 2022 dans notre hebdomadaire Monde – L’actualité de la semaine

Royaume-Uni – Un plan colossal de soutien à la demande face à la crise énergétique

Liz Truss envisage un stimulus budgétaire colossal. Les estimations officielles de son coût ne sont pas encore connues et devraient être publiées d'ici la fin du mois, mais le coût du seul programme d'aides aux dépenses liées à l'énergie devrait dépasser 150 milliards de livres sterling (6% du PIB), ce qui est nettement supérieur aux annonces faites lors de la campagne de la Première ministre.

Slavena NAZAROVA, Economiste - Royaume-Uni, Pays scandinaves et Irlande