Amérique latine – 2022-2023 en quelques graphiques et quelques mots

Amérique latine – 2022-2023 en quelques graphiques et quelques mots

En résumé

La croissance – estimée à 3,6% en 2022 par la Banque mondiale – de l'Amérique latine et des Caraïbes a mieux résisté qu'anticipé : consommation dynamique, amélioration du marché du travail, « reliquats » de soutiens fiscaux avant que le ralentissement économique mondial et le durcissement des conditions financières locales et internationales ne finissent par peser sur l'activité. La reprise s'est accompagnée d'une accélération précoce et massive de l'inflation (prix de l'énergie, de l'alimentation, diffusion à l'inflation sous-jacente, excès de demande notamment en Colombie et Chili). Excédant de très loin leurs cibles, les banques centrales ont mis en œuvre des politiques monétaires restrictives, devançant le cycle de resserrement américain initié en mars 2022. Soutenues par les prix des matières premières (notamment au premier semestre) et les écarts de rendements, les devises régionales ont, dans l'ensemble bien résisté, à l'exception du Peso colombien.

Amérique latine – 2022-2023 en quelques graphiques et quelques mots

 

Après s'être repliés à la suite du déclenchement de la pandémie de Covid, les flux de portefeuille vers les pays émergents (2) se sont très nettement repris pour s'effondrer avant même que ne débute la guerre en Ukraine. Ils se situent désormais à un niveau extrêmement faible. Promue notamment par le resserrement monétaire américain, cette forte contraction fait apparaître en décembre 2022 des sorties pour l'ensemble des régions à l'exception de la région latino-américaine, partiellement protégée par des taux de rendement locaux très élevés.

Pour 2023, une forte décélération est anticipée (croissance prévue à 1,3%) : ralentissement mondial marqué, épuisement du rebond de la consommation post-Covid, baisse des revenus réels, recul de l'investissement, ajustement budgétaire, assouplissements monétaires rapides exclus, taux d'intérêt réels positifs. Le principal risque tient à un recul plus puissant qu'anticipé de la croissance mondiale, s'accompagnant d'un affaiblissement des prix des matières premières exportées (énergie, produits agricoles, métaux), couplé à une détérioration des termes de l'échange. Ces derniers sont étroitement corrélés à la croissance de l'investissement et la baisse des recettes d'exportation contribue à freiner la demande intérieure en général. Selon la Banque mondiale, comme au milieu des années 2010, il pourrait en résulter une période prolongée de faible croissance, potentiellement renforcée par une tendance à la pro-cyclicité budgétaire dans les pays exportateurs de matières premières.

Outre le risque entourant la croissance, à brève échéance (mais aussi au-delà), il faudra compter avec un paysage politique complexe et une situation sociale irruptive. L'année 2022 s'est achevée sur l'éviction du président Pedro Castillo, suivie de l'annonce d'élections anticipées (au plus tôt en décembre 2023) qui ne signale pas la fin de l'instabilité sociale et politique. L'année 2023 a débuté par l'entrée en fonction du président Lula « perturbée » par les partisans violents de Bolsonaro. La demande sociale est forte et va au-delà des seuls sujets économiques (pauvreté, inégalité). Mais les présidents de gauche se heurtent à la réalité (contraintes budgétaires que seul un élargissement de la base fiscale peut desserrer, mode de développement largement fondé sur l'exploitation des matières premières) et à des parlements qui ne leur sont généralement pas acquis. Des relations conflictuelles entre les pouvoirs exécutif et législatif vont émailler l'année 2023.

Article publié le 13 janvier 2023 dans notre hebdomadaire Monde – L'actualité de la semaine

(1) Source : Global Economic Prospects, janvier 2023.
(2) Source : IIF Capital Flows Tracker, janvier 2023.

Amérique latine – 2022-2023 en quelques graphiques et quelques mots

Pour 2023, une forte décélération est anticipée (croissance prévue à 1,3%) : ralentissement mondial marqué, épuisement du rebond de la consommation post-Covid, baisse des revenus réels, recul de l'investissement, ajustement budgétaire, assouplissements monétaires rapides exclus, taux d'intérêt réels positifs. Le principal risque tient à un recul plus puissant qu'anticipé de la croissance mondiale, s'accompagnant d'un affaiblissement des prix des matières premières exportées (énergie, produits agricoles, métaux), couplé à une détérioration des termes de l'échange. Selon la Banque mondiale, ces derniers sont étroitement corrélés à la croissance de l'investissement et la baisse des recettes d'exportation contribue à freiner la demande intérieure en général. Comme au milieu des années 2010, il pourrait en résulter une période prolongée de faible croissance, potentiellement renforcée par une tendance à la pro-cyclicité budgétaire dans les pays exportateurs de matières premières.

Catherine LEBOUGRE, Economiste