MENA – PIB par habitant et richesse, une tentative de classement

MENA – PIB par habitant et richesse, une tentative de classement

En résumé

En termes de développement économique et de classement de la "richesse des nations", pour reprendre le terme d'Adam Smith, le Produit intérieur brut (PIB) par habitant reste encore, même s'il est parfois contesté, le meilleur indicateur du niveau de développement d'un pays et de bien-être des populations. 

De façon plus précise, la richesse produite en une année d'activité (PIB) en parité de pouvoir d'achat (ppa), c'est-à-dire ajustée par la valeur des biens et des services offerts dans un pays déterminé est sans doute le meilleur indice de classement.

Il existe trois types de classement pour les pays du Moyen-Orient et d'Afrique du Nord : le PIB par habitant en nominal, ce même ratio en ppa, trié par ordre décroissant et l'évolution de la richesse par habitant depuis 2011.

De ces trois classements mis en parallèle, il ressort quelques grandes lignes de force. 

En termes de PIB par habitant en nominal, le fossé est gigantesque entre les pays qui excèdent le seuil de 12 500 USD au-dessus duquel le pays émergent est considéré comme assez développé (8 pays à plus de 19 000 USD) et ceux qui n'atteignent pas la moitié de ce seuil (8 pays aussi). À l'exception d'Israël, tous les pays "riches" sont de grands producteurs d'hydrocarbures. A contrario, l'Afrique du Nord et quelques pays du Levant sont presque tous compris dans une fourchette allant de 3 000 à 5 000 USD par habitant, un niveau assez modeste qui illustre une économie émergente encore en devenir ou, dans les cas de l'Irak et du Liban, une chute issue des conflits passés ou d'une mauvaise politique économique. 

Le classement sans doute le plus pertinent - le PIB par habitant (en ppa) - tient compte du niveau de vie local. Compte tenu de la taille des populations et de l'importance de la rente pétrolière, ce classement identifie trois pays pétroliers qui ont un PIB/ha supérieur à celui de la France (58 300 USD) tandis que l'Arabie saoudite arrive au même niveau en 2022. Les pays dont la population est en forte croissance (2% par an) ont parfois des difficultés à faire progresser le niveau de richesse par habitant. Les pays qui ont connu de très fortes dépréciations de leur monnaie ont généralement vu leur niveau de richesse se détériorer.

Enfin, le dernier classement identifie l'évolution de la richesse par habitant au cours des douze dernières années de vie économique, c'est-à-dire la comparaison du PIB avant les Printemps arabes (2011) à celui post-pandémie et guerre en Ukraine (année 2022 estimée). 

Ce classement donne une bonne vision des pays qui ont bénéficié d'une décennie étonnamment assez prospère (au prix parfois d'un surendettement menaçant) : Égypte, Maroc et Tunisie, et/ou des pays dont le développement intrinsèque a fait la différence (Israël et Émirats). Les pays pétroliers, de leur côté, peuvent connaître de fortes variations de cet indicateur lié à la volatilité des prix du pétrole.   

En revanche, les pays en guerre (Irak, Syrie, Yémen) ont tous vu, logiquement, leur bien-être s'effondrer. Et ceux en proie à une crise plus ou moins majeure (Liban, Iran, Oman, Algérie) n'ont pas vu se matérialiser les retombées d'un développement favorable, en raison, dans la plupart des cas, d'une gestion macro-économique en partie défaillante.

Notre opinion – En conclusion, les pays qui ont plus ou moins réussi à diversifier leur économie et ont réussi à maintenir une politique monétaire qui les a protégés de fortes dépréciations de change sont ceux qui ont le plus bénéficié de la dernière décennie de développement. On pourrait penser que ce sont aussi les pays qui ont bénéficié de la meilleure stabilité politique depuis les Printemps arabes. Ce n'est pas tout à fait le cas mais un bon environnement en termes de gouvernance y participe très fortement. 

Article publié le 20 janvier 2023 dans notre hebdomadaire Monde – L'actualité de la semaine

MENA – PIB par habitant et richesse, une tentative de classement

Il existe trois types de classement pour les pays du Moyen-Orient et d'Afrique du Nord : le PIB par habitant en nominal, ce même ratio en ppa, trié par ordre décroissant et l'évolution de la richesse par habitant depuis 2011. De ces trois classements mis en parallèle, il ressort quelques grandes lignes de force.

Olivier LE CABELLEC, Economiste