1. Deuxième mois de hausse consécutive pour la production industrielle et rebond des nouvelles commandes
2. Des perspectives de court terme plus optimistes
En mai, l’industrie allemande a poursuivi son redressement, avec une production en hausse de 0,8% sur le mois et des nouvelles commandes en progression de 1,9%. Les enquêtes d’opinion affichent des signaux plus optimistes, suggérant une reprise fragile, mais progressive.
CitationMalgré des pressions continues sur les prix de l’énergie et les chaînes d’approvisionnement liées à l’instabilité géopolitique au Moyen-Orient, l’industrie allemande s’est montrée résiliente, laissant ainsi entrevoir une croissance positive de sa production au deuxième trimestre.
Deuxième mois de hausse consécutive pour la production industrielle et rebond des nouvelles commandes
Après un premier trimestre en contraction (-1,2%), la production industrielle (hors énergie et construction) allemande a rebondi pour le deuxième mois consécutif en mai, avec une hausse de 0,8% par rapport au mois précédent (après +0,2% en avril), d’après les dernières données publiées par l’Office fédéral des statistiques allemand (Destatis). Cette progression laisse ainsi entrevoir un possible redressement de l’industrie allemande au deuxième trimestre. La production reste toutefois inférieure de 1% à son niveau de mai 2025.
Cette hausse concerne les biens d’équipement (+1,3%) et les biens de consommation (+1,2%), tandis que la production de biens intermédiaires a légèrement diminué (-0,4%). Les biens d’équipement voient ainsi leur première hausse de production de l’année, même si celle-ci reste 2,8% inférieure à l’année précédente.
La dynamique observée en mai recouvre des évolutions contrastées selon les secteurs. Le rebond a été principalement porté par la production automobile et de pièces détachées (+3,6% sur un mois), ainsi que par les produits informatiques et électroniques (+2,3%), les produits métalliques (+1,7%) et les produits chimiques (+1,0%). À l’inverse, la production a reculé dans plusieurs branches, notamment la fabrication d’autres matériels de transport (-4%), les équipements électriques (-1,4%), les produits pharmaceutiques (-0,5%) et la construction mécanique (-0,5%). Dans les industries énergivores, la tendance à la hausse observée depuis le début de l'année s'est poursuivie avec une dynamique affaiblie (+0,2%) et a ainsi dépassé de 2,9% le niveau de l'année précédente.
Le nombre de nouvelles commandes a rebondi en mai, enregistrant une hausse de 1,9% sur un mois. Dans un contexte de tensions géopolitiques, des effets de constitution des stocks avaient poussé le nombre de nouvelles commandes à la hausse en mars (+4,5%), avant un rebond attendu en avril
(-3,2%). Cette progression s’explique principalement par la forte hausse des commandes dans le secteur des autres matériels de transport (aéronautique, naval, ferroviaire et véhicules militaires), qui ont bondi de 85% sur un mois en raison de plusieurs commandes de grande ampleur. Hors commandes larges et exceptionnelles, le volume des nouvelles commandes a progressé de 1%.
Les secteurs de la fabrication de machines et d’équipements (+3,7%) et d’équipements électriques (+5,7%) ont également contribué positivement à la dynamique, tandis que les commandes dans l’automobile (-3,8%) et les produits informatiques et électroniques (-7,8%) ont reculé.
Les commandes domestiques n’ont progressé que modérément (+1,3%), tandis que la demande extérieure a progressé de 2,2%, portée par une hausse marquée des commandes en provenance de la zone euro (+11,2%).
Du côté des prix, l’inflation industrielle se poursuit, mais la situation s’améliore sensiblement : les prix n’ont progressé que de 0,3% sur le mois en mai, contre +1,2% en avril. En rythme annuel, les prix à la production ont toutefois progressé de 2,2% en mai, soit une accélération par rapport au mois précédent (+1,7%). Hors énergie, les prix ont progressé de 2,3% sur un an, et de 0,7% par rapport à avril. Ainsi, les tensions géopolitiques au Moyen-Orient continuent de peser sur les prix des produits énergétiques, renforçant les pressions sur les coûts de production et les marges des entreprises industrielles, en particulier dans les branches les plus consommatrices d'énergie et de métaux.
Des perspectives de court terme plus optimistes
Les indicateurs avancés d’enquêtes laissent envisager une poursuite de cette reprise à court terme, bien que celle-ci demeure fragile. En juin, l’indice PMI manufacturier1 s’est établi à 50,3 points, en légère amélioration par rapport à mai (50,1) demeurant ainsi au-dessus du seuil d’expansion de l’activité (50 points) pour le cinquième mois consécutif. Cette amélioration s'appuie sur plusieurs éléments : un rebond marginal des nouvelles commandes après leur première baisse en cinq mois, une accélération modeste de la production soutenue par la liquidation continue des carnets de commandes, et un léger renforcement de l'optimisme des entreprises concernant leurs perspectives de production à douze mois. Toutefois, cette amélioration demeure modérée et les perspectives restent en deçà de la moyenne historique. L'inflation des coûts a décéléré par rapport au pic du mois de mai, mais demeure élevée, tandis que l'emploi et les achats des entreprises ont poursuivi leur contraction, bien qu'à un rythme moins soutenu.
D’après l’indice IFO du climat des affaires2, la confiance de l’industrie manufacturière s’est améliorée en juin (le solde d’opinion est passé à -12,8, contre -14,7 le mois précédent). Si les industriels n’évaluent pas leur situation actuelle plus favorable, leurs anticipations se sont nettement améliorées (amélioration du solde de 3,9 points). Plus spécifiquement, l’indice relatif à l’industrie automobile s’est détérioré en juin, pour s’établir à -21,4, après -20,7 en mai. Si les entreprises portent un jugement nettement plus défavorable sur leur situation actuelle, elles se montrent paradoxalement moins pessimistes sur les perspectives à venir, signe de la volatilité qui continue de marquer le secteur.
- Le PMI (Purchasing Manager’s Index) est un indice composite mesurant l'activité économique, ici du secteur manufacturier, basé sur un sondage mensuel auprès de directeurs d'achat allemands. L'indice agrège cinq composantes : les nouvelles commandes, la production, l'emploi, les délais de livraison des fournisseurs et les stocks de produits semi-finis. Un indice supérieur à 50 indique une expansion conjoncturelle, un indice inférieur à 50 une contraction.
- L'indice IFO du climat des affaires mesure la confiance des chefs d'entreprise allemands en deux dimensions : leur évaluation de la situation actuelle et leurs anticipations à 12 mois. Un score au-dessus de 100 indique un optimisme dominant, tandis qu'un score inférieur à 100 reflète du pessimisme.
Notre opinion
Malgré des pressions continues sur les prix de l’énergie et les chaînes d’approvisionnement liées à l’instabilité géopolitique au Moyen-Orient, l’industrie allemande s’est montrée résiliente, laissant ainsi entrevoir une croissance positive de sa production au deuxième trimestre. Les carnets de commande se remplissent progressivement, et les anticipations des industriels s’améliorent légèrement, même si l’incertitude persiste. Les investissements publics en infrastructure et défense devraient par ailleurs continuer de soutenir l’industrie.