1. Nouvelles escalades
2. Consultez nos articles sur l’actualité économique et géopolitique publiés cette semaine
3. Évolution des marchés
4. Tendances à suivre
La guerre dans le golfe persique et les dégâts économiques anticipés ont pris une dimension supplémentaire cette semaine avec, en particulier, l’attaque des champs gaziers de Ras Laffan (Qatar).
Nouvelles escalades
Couplés au blocage des flux par le détroit d’Ormuz, les dommages causés sur les terminaux de liquéfaction (affectant 17% de la capacité d’exportation de GNL du Qatar) et les réparations, qui nécessiteraient entre 3 et 5 ans, ont alimenté la crainte d’un choc énergétique majeur, alors que rien ne signalait la fin de l’escalade menée par des belligérants toujours aussi, voire plus, déterminés. Dans un contexte très incertain mais porteur d’un risque d’inflation forte et de croissance moindre, les réunions des banques centrales ont donc revêtu une importance particulière.
Conformément aux anticipations, la Federal Reserve a maintenu ses taux d’intérêt inchangés (fourchette cible à 3,50-3,75%) : une décision largement partagée puisqu’un seul membre, le gouverneur Stephen Miran, s’est distingué en votant en faveur d’une baisse de 25 points de base (pb). Les nouvelles projections économiques, peu différentes des précédentes, et les déclarations telles que « les implications des développements au Moyen-Orient pour l'économie américaine sont incertaines » n’apportent finalement rien de nouveau ni de décisif : aidé d’une communication rassurante, cela permet opportunément de ne pas accroître la volatilité dans un climat déjà marqué par une vive inquiétude.
La guerre, dont les prix de l’essence portent pourtant déjà la trace, ne semble pas encore préoccuper sensiblement la Fed. Les nouvelles prévisions prolongent, en effet, les risques et tendances qui se dessinaient déjà : une inflation (Personal Consumption Expenditures, PCE) un peu plus soutenue (2,7% en 2026 puis 2,2% en 2027) accompagnée d’une croissance plus robuste (2,4% en 2026 puis 2,3% en 2027) et d’un taux de chômage quasiment stable (4,4%). Par rapport aux prévisions de décembre 2025, le niveau médian prévu du taux des fed funds ne change pas : il s’établit en 2026 à 3,375% et, à partir de 2027, à 3,125%. Ce dernier est désormais le taux de référence à long terme, en légère hausse par rapport aux 3% qui prévalaient auparavant. Les prévisions d’inflation PCE excèdent donc la cible de 2% en 2026-2027, avant de la rejoindre en 2028 ; les projections de croissance surpassent, sur la toute période 2026-2028, la croissance à moyen terme désormais estimée à 2%. Ces nouvelles prévisions économiques et monétaires signalent qu’il n’y a pas d’urgence à reprendre les baisses de taux et que l’assouplissement ne sera ni immédiat ni massif.
Le changement de perception des risques est patent dès lors que l’on se tourne vers la BCE qui évoque un choc majeur. Si la BCE n’a pas modifié ses taux directeurs (taux de dépôt à 2%), elle constate que la guerre au Moyen-Orient rend « les perspectives nettement plus incertaines, créant des risques à la hausse pour l'inflation et des risques à la baisse pour la croissance économique », que « cela aura un impact matériel sur l'inflation à court terme » et qu’elle surveillera « la durée, l'intensité et la propagation » du choc sur les prix afin d'apprécier l'inflation à moyen terme. La BCE a donc substantiellement révisé ses prévisions et s’est lancée dans un exercice de scénarios selon les cours du pétrole et du gaz, scénarios qui supposent une absence de réponse monétaire ou budgétaire. Dans le scénario central, les prix du pétrole se situent en moyenne à 80 USD/b. en 2026 et 72 USD/b. en 2027. L’inflation passe par un pic (3,1% au deuxième trimestre) pour se situer en moyenne à 2,6% en 2026 puis se tasser à 2% en 2027 et 2,1% en 2028. La croissance est revue à la baisse en 2026 (à 0,9% contre 1,2% précédemment) mais devrait reprendre dès 2027 (1,3% et 1,4% en 2028). Le scénario sévère suppose que le prix du baril culmine à 145 USD au deuxième trimestre 2026 et reste très élevé. L’inflation moyenne atteint 4,4% en 2026 et 4,8% en 2027, alors que la croissance se replie de 0,4% à 0,9% dans le même temps. De tels scénarios ont nourri les anticipations de resserrements monétaires : le marché attend trois hausses de 25 pb chacune avant la fin de l’année.
Mais, que l’on se rassure, la Banque Nationale Suisse (BNS) paraît sereine, confrontée à un souci que bien des institutions monétaires aimeraient avoir à gérer en période d’incertitude et d’aversion intense au risque : il va certainement lui falloir intervenir sur le marché des changes pour freiner la vigueur du CHF. Ne redoutant qu’un rebond transitoire dû aux prix de l'énergie, la BNS ne semble pas s’inquiéter de l'inflation, qui resterait inférieure à 1% sur la période (2026-2028) et conforme à son objectif (2% à moyen terme). La BNS a donc maintenu son taux directeur inchangé (il est déjà nul).
Au cours de la semaine, le cours du pétrole (Brent) a encore progressé de 7% : il est encore un peu éloigné du dernier pic auquel il avait culminé dans le sillage de la guerre en Ukraine (128 USD/b en mars 2022). Les craintes légitimes de resserrement monétaire dans la zone euro ou les espoirs déçus d’assouplissement aux États-Unis se sont traduits par une remontée des taux d’intérêt : concentrée sur les maturités courtes, elle entraîne un aplatissement sensible de la courbe des taux d’intérêt, particulièrement marqué en Europe. Dans le cas du souverain allemand, au cours de cette seule semaine, la stabilité du taux à 10 ans (à 3%) combinée à un redressement du taux à 2 ans de quelque 20 pb (vers 2,65%) porte l’aplatissement à plus de 30 pb sur un mois. Toujours dans la zone euro, la remontée du Bund s’est accompagnée d’un écartement des spreads souverains qui atteint, sur un mois, 11, 13 et 25 pb pour, respectivement, l’Espagne, la France et l’Italie. Sans surprise, les marchés actions ont poursuivi leur baisse. Enfin, après s’être légèrement effrité, le cours de l’euro s’est repris contre dollar. Malgré la hausse de l’aversion au risque et un choc négatif sur les termes de l’échange qui menace d’être plus pénalisant pour la zone euro que pour les États-Unis, la dépréciation totale de l’euro contre dollar est encore contenue (moins de 2% sur un mois).
Consultez nos articles sur l’actualité économique et géopolitique publiés cette semaine
Royaume-Uni – Bank of England : "prête à agir" | Etudes économiques - Crédit Agricole
La Banque centrale d’Angleterre (BoE) a laissé son taux directeur inchangé à 3,75% à l’issue de sa réunion du 18 mars, en ligne avec les anticipations. Avant l’éclatement de la guerre au Moyen-Orient, une nouvelle baisse de taux en mars était considérée comme le plus probable par les marchés (en ligne avec notre scénario). La BoE a surpris par la tonalité hawkish de sa décision, d’abord en raison du caractère unanime du vote pour le statu quo (9-0) et, ensuite, par l’accent mis sur les risques haussiers sur l’inflation à moyen terme. Le consensus anticipait deux votes en faveur d’une baisse de taux.
Asie – Dans le piège d’Ormuz | Etudes économiques - Crédit Agricole
Ouverts et très intégrés dans le commerce international, les pays d’Asie sont exposés aux disruptions provoquées par le conflit en cours dans le Golfe. La plupart d’entre eux ont rapidement réagi en s’inquiétant des conséquences de la guerre sur leurs approvisionnements énergétiques et sur la fluidité des échanges commerciaux.
Espagne – Face à une vulnérabilité reconfigurée | Etudes économiques - Crédit Agricole
Le conflit en Iran réactive un choc énergétique de grande ampleur, mais dont la nature diffère sensiblement des épisodes précédents, notamment en raison des transformations intervenues dans la structure d’approvisionnement européenne depuis 2022. Dans le cas espagnol, l’exposition directe aux flux énergétiques transitant par le détroit d’Ormuz reste limitée, représentant environ 5% des importations de pétrole et moins de 2% de celles de gaz. Cela réduit significativement le risque de rupture physique d’approvisionnement. Cette faible dépendance directe contraste avec la sensibilité indirecte aux prix du pétrole et du gaz sur les marchés internationaux, qui ont rapidement réagi aux tensions géopolitiques. Le choc actuel se caractérise ainsi moins par une contrainte de volumes que par une revalorisation généralisée du coût marginal de l’énergie, affectant l’ensemble des économies importatrices.
Le marché résidentiel italien poursuit son redressement en 2025 avec une hausse des volumes de +6,4 %, portée par les zones périphériques. Les transactions ralentissent cependant en fin d’année par rapport au trimestre précédent. Le neuf quant à lui décroche (-18,8%), sur fond d'effet de base défavorable.