1. Légère baisse de l’inflation en mai, une évolution de nouveau expliquée par celle des prix de l’énergie
2. Des effets en partie liés aux mesures mises en place par le gouvernement face à la hausse des prix de l’énergie
3. Une inflation parmi les plus faibles de la zone euro en mai
Les prix à la consommation ont ralenti en mai à 2,6% en glissement annuel, principalement sous l’effet de la décélération des prix de l’énergie, après un pic à 2,9% en avril. La légère baisse de l’inflation est portée par la baisse des prix des carburants (-7,1% sur le mois), sous l’effet des mesures fiscales temporaires. L’inflation allemande s’est ainsi établie parmi les plus faibles de la zone euro en mai (2,7%), inférieure à celle des autres grandes économies.
CitationSi une normalisation des relations entre les États-Unis et l’Iran devrait favoriser une détente des flux énergétiques mondiaux, les tensions inflationnistes sont déjà tangibles, l'ajustement des chaînes d'approvisionnement reste incertain, et la transmission des hausses de prix au reste du panier de consommation pourrait exercer une pression supplémentaire dans les prochains mois. En Allemagne, la fin prévue en juillet de la réduction temporaire des taxes sur les carburants risque d'accentuer cette pression.
Légère baisse de l’inflation en mai, une évolution de nouveau expliquée par celle des prix de l’énergie
D’après les dernières données de l’Office de la statistique allemand (Destatis), l’inflation s’est légèrement modérée en mai, pour s’établir à 2,6% en glissement annuel au sens de l’indice des prix à la consommation (IPC). Les prix ont ainsi reculé de 0,2% sur le mois, soit la première diminution depuis décembre 2025.
Alors que l’inflation allemande se maintenait autour de 2% en début d’année 2026, le conflit au Moyen-Orient a ravivé les pressions sur les prix de l’énergie, en particulier à cause des répercussions sur les marchés pétroliers. L’IPC avait ainsi progressé de 2,7% sur un an en mars, puis de 2,9% en avril, après 1,9% en février.
Le ralentissement des prix observé en mai s’explique principalement par la composante énergétique. Après un bond en mars (+7,2%) et en avril (+10,2%), les prix de l’énergie ont ralenti en mai, à 6,6% sur un an, soit une diminution mensuelle de 3,6%. Les prix des carburants ont en effet nettement diminué au cours du mois (-7,1%), en lien avec la réduction temporaire des taxes sur l’essence et le diesel mise en place par le gouvernement fédéral.
Les prix alimentaires ont enregistré une baisse mensuelle particulièrement forte en mai (-1,0%), dans le sillage notamment des prix du beurre et des légumes frais. Sur un an, l’inflation alimentaire a ainsi diminué à 0,4%, après 1,2% en avril.
Dans le même temps, l’inflation sous-jacente (hors énergie et alimentation), persistante depuis la sortie du choc énergétique de 2022, a légèrement progressé en mai, pour s’établir à 2,5% sur un an (après 2,3% en avril). Cette accélération de la composante sous-jacente des prix reste modérée et s’explique essentiellement par l’accélération des prix des services. Ces derniers ont en effet augmenté de 3,1% sur un an (après +2,8% en avril), soit davantage que l’IPC total, ce qui est le cas de manière quasi continue depuis janvier 2024. Plus particulièrement, les prix des forfaits touristiques ont augmenté de 6,3% sur le mois. À noter toutefois que la réduction de la TVA sur les services de restauration (de 19% à 7%) a contribué à limiter la hausse des prix des services depuis le début de l’année.
Des effets en partie liés aux mesures mises en place par le gouvernement face à la hausse des prix de l’énergie
Depuis le début de la guerre en Iran, les prix à la pompe se sont envolés. Le gouvernement allemand a ainsi mis en place un certain nombre de mesures de soutien aux ménages et aux entreprises.
La principale est entrée en vigueur le 1er mai : une réduction (de l’ordre de 14 à 17 centimes d’euro par litre) de la fiscalité sur les carburants, pour une durée de deux mois. Selon la Bundesbank, cette mesure aurait réduit l’inflation totale de 0,25 point en mai, ce qui serait de nouveau le cas en juin.
En complément, depuis avril, les stations-service ne peuvent ajuster les prix à la hausse qu’une seule fois par jour à midi (les baisses restent possibles à tout moment), afin de limiter l’effet de flambées immédiates des prix sur les marchés, suivies de baisses beaucoup plus graduelles. Parallèlement, les pouvoirs de l’autorité de la concurrence allemande ont été renforcés afin de permettre une réaction plus rapide en cas de hausses jugées excessives.
Par ailleurs, le gouvernement a agi sur l’offre pétrolière, en s’associant aux autres pays membres de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) pour libérer une partie de ses réserves stratégiques de pétrole.
Ces mesures d’urgence s’ajoutent à une série de dispositifs ciblant les coûts de l’énergie pour les ménages et les entreprises, mis en place plus tôt dans l’année. Le 1er janvier 2026, l’Allemagne a supprimé la taxe sur le stockage du gaz, instaurée pendant la crise énergétique de 2022 afin de financer le remplissage des installations de stockage et de prévenir tout risque de pénurie. Cette taxe, qui devait initialement s’appliquer jusqu’au 31 mars 2027, était répercutée sur les factures de tous les consommateurs d’électricité allemands, ménages comme entreprises. À titre d’exemple, le gouvernement avait estimé qu’un ménage avec une consommation annuelle de 20 000 kWh économiserait environ 58 euros par an grâce à la suppression de cette taxe.
Par ailleurs, une subvention a été accordée aux gestionnaires de réseaux de transport afin de diminuer leurs tarifs d’utilisation des réseaux électriques.
Plus récemment, en avril, l’Allemagne a obtenu l’aval de l’Union européenne pour subventionner l’électricité destinée au secteur industriel, via un plafonnement des prix pour ses industries les plus énergivores. Cette mesure s’ajoute à la réduction permanente de la taxe sur l’électricité pour l’industrie, entrée en vigueur au début de l’année.
Une inflation parmi les plus faibles de la zone euro en mai
En moyenne en zone euro, l’inflation au sens de l’indice des prix à la consommation harmonisé (IPCH) – qui permet une comparaison des taux d’inflation entre les pays européens grâce à une méthodologie harmonisée – a continué à augmenter, pour s’établir à 3,2% en glissement annuel en mai, après 3,1% en avril, d’après les dernières données publiées par Eurostat.
L’inflation en Allemagne a affiché une tendance inverse en mai, alors qu’elle avait déjà augmenté moins vite qu’en zone euro en avril. L’Allemagne se distingue ainsi par une inflation parmi les plus faibles de la zone euro, à 2,7% en glissement annuel en mai (IPCH). Seule Malte affiche un rythme de hausse des prix inférieur sur un an (2,1%). L’inflation allemande est la plus faible parmi les grandes économies européennes : la France (2,8%), l’Italie (3,2%), et surtout l’Espagne (3,6%) affichent une progression des prix plus élevée en mai.
Notre opinion
En Allemagne comme dans le reste de la zone euro, le choc énergétique engendré par le conflit au Moyen-Orient continue de tirer l’inflation sur un an, qui demeure en zone euro bien au-dessus de l’objectif de 2% de la Banque centrale européenne. La BCE a d’ailleurs déjà procédé à une première hausse de ses taux d’intérêt directeurs en juin. Si une normalisation des relations entre les États-Unis et l’Iran devrait favoriser une détente des flux énergétiques mondiaux, les tensions inflationnistes sont déjà tangibles, l'ajustement des chaînes d'approvisionnement reste incertain, et la transmission des hausses de prix au reste du panier de consommation pourrait exercer une pression supplémentaire dans les prochains mois. En Allemagne, la fin prévue en juillet de la réduction temporaire des taxes sur les carburants risque d'accentuer cette pression.