1. Le taux de chômage se stabilise à un niveau élevé
2. L’emploi continue de faiblir
Le taux de chômage allemand s’est stabilisé en juin, à 6,3%, un nouveau pic depuis celui enregistré lors de la pandémie. Néanmoins, l’Allemagne continue d’afficher une performance relativement solide dans la zone euro, avec un taux de chômage inférieur à celui de la France, de l’Italie et de l’Espagne. La baisse du taux de chômage allemand contribue au déclin du taux de chômage de la zone euro, contrairement à la dynamique haussière à l’œuvre en France. L’emploi recule légèrement sur un an (-0,4 % en mai), reflétant un affaiblissement graduel du marché du travail. Le secteur manufacturier, dont le nombre d’emplois continue de diminuer, reste le principal facteur de faiblesse.
CitationLe marché du travail allemand reste marqué par la faiblesse conjoncturelle actuelle, après plusieurs années de stagnation économique et de difficultés du secteur industriel. Si, pour l’heure, la situation semble relativement stable, à court terme, les données suggèrent une poursuite de l'ajustement à la baisse de l'emploi.
Le taux de chômage se stabilise à un niveau élevé
Le mois de juin confirme la stabilisation du marché du travail allemand en cours depuis an, après deux ans de dégradation ininterrompue à la suite de l’invasion de l’Ukraine. Le taux de chômage, corrigé des variations saisonnières, s’est maintenu à 6,3%, selon les dernières données publiées par l’Agence fédérale pour l’emploi (Bundesagentur für Arbeit, BA). Le nombre de demandeurs d’emploi s’élevait ainsi à 2,98 millions de personnes, soit 1 000 de moins par rapport au mois de mai. Depuis mars 2025, le taux de chômage demeure relativement stable, à 6,3%, malgré une légère augmentation à 6,4% en avril, avant de diminuer de 0,1 point de pourcentage en mai. Ce niveau élevé et persistant rappelle celui observé lors de la pandémie du Covid-19, où le taux avait atteint 6,4% en juin et juillet 2020.
Le taux de chômage mesuré selon le BIT1, qui ne prend pas en compte le temps partiel, est resté stable au mois de mai (dernières données disponibles), à 3,8%. Il s’établit à 4,1% chez les hommes et à 3,4% chez les femmes, sans variation notable par rapport au mois précédent. Le chômage des jeunes de moins de 25 ans a légèrement diminué, de 0,1 point de pourcentage, pour s’établir à 7%.
Malgré un marché du travail sous pression du fait du repli de la population en âge de travailler, l’Allemagne demeure parmi les économies les plus performantes de la zone euro en matière d’emploi, avec un taux de chômage nettement inférieur à celui observé en Italie (5,0%), en France (8,2%) et en Espagne (10,3%). Le taux de chômage de la zone euro s'est stabilisé à 6,2%, un niveau historiquement faible, après un pic à 6,4% en février. Cette moyenne masque cependant des trajectoires nationales divergentes : la situation de la France s'est dégradée, passant de 8% en décembre à 8,2% en début d’année, tandis que l'Italie poursuit son amélioration depuis son pic de 6,0% en septembre.
L’emploi continue de faiblir
Dans le même temps, l’évolution de l’emploi confirme un affaiblissement du marché du travail. En mai, l’Allemagne comptait 45,68 millions de personnes en emploi, selon l’Office fédéral des statistiques allemand (Destatis). Stable par rapport à avril, ce chiffre recule de 0,4% (-171 000) en glissement annuel. Cette baisse s’inscrit dans une tendance de ralentissement observée depuis l’été 2025.
Les données de la BA confirment cette dynamique : l’emploi salarié2 a diminué de 5 000 personnes entre mars et avril 2026, après un recul trimestriel de 35 000 au T1. Ce repli s'explique principalement par la faiblesse persistante du secteur manufacturier, qui continue d’enregistrer des pertes d’emploi importantes (environ 350 000 depuis 2023). Les créations d’emplois dans les services continuent de limiter la baisse de l’emploi total, sans toutefois suffire à compenser entièrement les pertes dans l’industrie.
1 L’écart entre le taux de chômage publié par la Bundesagentur für Arbeit (BA) et celui mesuré au sens du Bureau international du travail (BIT), particulièrement marqué en Allemagne, s’explique par des différences de définition et de méthode de mesure. Le taux de la BA repose sur une mesure fondée sur l’enregistrement auprès des services de l’emploi. Est considérée comme chômeuse une personne sans emploi ou travaillant moins de 15 heures par semaine, inscrite auprès de l’agence pour l’emploi, disponible pour travailler et en recherche d’emploi. Le taux mesuré au sens du BIT repose sur une enquête auprès des ménages et sur une définition harmonisée au niveau international. Est considérée comme chômeuse toute personne sans emploi, disponible pour travailler et ayant effectué des démarches actives de recherche d’emploi au cours des quatre dernières semaines, indépendamment de toute inscription administrative.
2 Catégorie statistique allemande désignant l'emploi salarié régulier soumis à cotisations obligatoires d'assurance sociale (maladie, retraite, dépendance, chômage). C’est l’un des principaux indicateurs d’emploi suivis par la BA.
Notre opinion
Le marché du travail allemand reste marqué par la faiblesse conjoncturelle actuelle, après plusieurs années de stagnation économique et de difficultés du secteur industriel. Si, pour l’heure, la situation semble relativement stable, à court terme, les données suggèrent une poursuite de l'ajustement à la baisse de l'emploi. L'indicateur de l'emploi de l’enquête de l'institut Ifo a chuté de 1,6 point en juin, à 92,3, les perspectives d'embauche se dégradant à la fois dans l'industrie, toujours fragile, et dans le commerce. Le baromètre de l'IAB (Institut für Arbeitsmarkt und Berufsforschung), le centre de recherche de l'Agence fédérale pour l'emploi, va dans le même sens et pointe une légère détérioration du marché du travail à court terme (indice à 99,6 en juin), portée notamment par sa composante chômage (99,3). Au-delà de ce cycle dégradé, le marché du travail allemand doit également composer avec les effets du changement démographique, qui deviennent de plus en plus perceptibles et qui, par le faible dynamisme de la population active, limitent la hausse du taux de chômage.