1. La notion de paradigme, selon Thomas Kuhn
2. Le changement de paradigme dans la perception du risque géopolitique par la finance
3. Le tournant ukrainien : de l’événement géopolitique au régime géo-économique
4. Le rapt de Maduro : événement majeur, information marginale
5. Le détour historique : quand les marchés voient et quand ils ne voient pas
6. Conclusion : le calme n’est pas la naïveté
Il peut sembler surprenant que l’enlèvement spectaculaire de N. Maduro par les États-Unis, transgression assumée des règles de la Charte des Nations-unies, n’ait guère déclenché d’onde de choc financière. Les marchés ont non seulement facilement absorbé l’événement, mais se sont immédiatement demandé quelle allait être la suite. Il n’y a donc pas eu de fuite massive vers les valeurs refuges, pas de dislocation financière, pas de tension durable sur le pétrole.
Ce décalage entre la gravité géopolitique réelle de l’événement, les émotions mondiales et la modération de la réaction financière ne relève pourtant ni de l’aveuglement pur, ni de l’irrationalité totale. Il devient même un fait stylisé du capitalisme contemporain : la géopolitique n’est plus perçue comme une anomalie, mais comme une condition permanente. Cependant, lorsque le risque devient structurel et endogène, les marchés changent non seulement ce qu’ils pricent, mais aussi la façon dont ils hiérarchisent les événements.
CitationLa finance internationale a longtemps fonctionné dans un paradigme où la géopolitique était un choc exogène. Le paradigme en train de s’effacer était celui de la ʺnormalisationʺ, et il imprime les outils de prévision économique, construits sur l’idée de cycle.