En parallèle, la confiance dans l’article V de l’OTAN, socle historique de la sécurité de la région, s’est érodée. Après avoir subi le choc économique de la guerre, violent pour ces petites économies, l’avenir de ces pays dépend de la nature des nouveaux équilibres de sécurité qui pourront être construits en Europe. Les efforts financiers et humains en cours pour développer des capacités de dissuasion propres, à l’échelle balte et européenne, sont donc nécessaires.
Au-delà du militaire, la dissuasion nécessite une forme de dialogue avec l’ennemi, qui permet d’être pris au sérieux, tout en évitant le dilemme de sécurité (perception par l’autre que le réarmement a des visées agressives).
Ce dialogue, aujourd’hui impossible avec la Russie, est la grande inconnue des prochaines années. Cette fenêtre d’incertitude pèsera sur les économies baltes, surtout par le biais du financement, frein structurel dans ces économies pourtant dynamiques et innovantes.
Depuis le début de la guerre en Ukraine, l’espace Baltique est là où la position stratégique russe s’est, sans doute, le plus détériorée, et continuera de se détériorer à mesure que pays baltes et nordiques se réarment. C’est donc aussi là que Moscou mène la guerre hybride la plus intense. Cette intensification et généralisation de la guerre hybride s’apparente à un « new normal » de la vie économique et politique de ces régions.
Dans l’équation du retour à l’équilibre sécuritaire des pays baltes, entrent donc des éléments de subjectivité quant à la stratégie russe, plus difficiles à anticiper qu’un plan de réarmement, mais tout aussi déterminants.
Les économies baltes n’ont pas une importance systémique en Europe, mais un choc géopolitique sur ces dernières ne serait pas pour autant bénin. Ces pays appartiennent à l'OTAN, à l'UE et à la zone euro. Une attaque contre eux provoquerait donc un choc de confiance sur ces institutions. Les pays baltes sont présents dans des niches technologiques. L’Estonie dispose de la seule chaîne européenne intégrée de séparation de terres rares et de production de magnets permanents en terres rares pour l’automobile et l’éolien (usine NPM à Sillamäe proche de Narva, inaugurée en 2025). La Lituanie est dominante dans certains segments de l’industrie des lasers utilisés pour la recherche (quasi-monopole sur certaines technologies spécifiques).