1. Avec le FMI, essayons de prendre un peu de hauteur…
2. Consultez nos articles sur l’actualité économique et géopolitique publiés cette semaine
3. Évolution des marchés
4. Tendances à suivre
Avec le FMI, essayons de prendre un peu de hauteur…
Attendue avec impatience par les marchés, l’inflation américaine de septembre a surpris désagréablement : l’inflation tant totale que sous-jacente s’inscrit en hausse et excède les attentes.
L’inflation progresse de 0,6% sur un mois, ce qui porte sa progression annuelle de 3,4% à 3,7%, alors que l’inflation sous-jacente voit son glissement annuel passer de 2,4% à 2,6%. S’il y a du « bruit » lié à des composantes fortement volatiles (billets d’avion, hôtels, etc.), ce chiffre signale néanmoins une inflation plus forte et plus tenace. Ce diagnostic est également alimenté par l’évolution des prix à la production : les indices global et sous-jacent progressent respectivement de 6,3% et de 5% sur un an, après 5,7% et 4,8%.
Au regard des États-Unis, le risque inflationniste chinois paraît tout relatif : supérieure aux attentes (4,4%), la hausse vigoureuse des prix à la production de septembre (5% sur un an) a surpris. Durant une longue période (oct. 2022-fév.2026), les prix se sont en effet repliés en glissement annuel. En affichant leur rythme annuel le plus élevé depuis juin 2022, les prix à la production prolongent leur retour très récent en territoire positif. Cette accélération reflète quasi exclusivement les tensions enregistrées en amont sur l’énergie (tel que, par exemple, le coût de l’extraction du charbon en hausse sur un an de 35,3%) ou les métaux (comme la fabrication de métaux non ferreux dont le prix progresse de 21,4% sur un an).
Du côté des prix à la consommation chinois, les rythmes de hausse annuelle, tant pour l’inflation totale (0,9% en septembre) que sous-jacente (1%), restent faibles. Même si la composante liée à l’énergie (prix du carburant pour le transport en hausse de près de 15% sur un an) se redresse, les autres composantes progressent toujours très faiblement. Si de nombreux commentateurs se réjouissent à l’idée d’un scénario appelé avec enthousiasme « reflation par les coûts », tant que la confiance des ménages reste faible, qu’il n’y a pas de signe clair d'amélioration de la demande des consommateurs, l’espoir d’éloignement définitif de la menace déflationniste risque d’être déçu. Or, faute de demande interne, ce sont vers les marchés d’exportation que se tourneront les biens chinois.
À cet égard, dans le cadre des consultations commerciales et d'investissement entre l'Union européenne et la Chine, les deux parties sont parvenues à une déclaration conjointe de seize points. Alors que les pressions des opinions publiques en France et en Allemagne appellent à une plus grande fermeté, les positions (longtemps « orthogonales ») des grands pays de l’UE semblent s’aligner en faveur d’une position conjointe plus alignée et plus ferme. Loin d’être agressif, loin de contrevenir aux règles internationales, l’accord Chine-UE couvre de vastes sujets qui s’étendent des véhicules électriques et hybrides, à la propriété intellectuelle, aux contrôles à l'exportation et à la réforme de l'OMC en passant par la sécurité des chaînes d'approvisionnement et les terres rares. L’accord a été jugé globalement constructif : s’il réduit la probabilité d’une escalade immédiate, de nombreux risques de conflit ouvert demeurent. Le commissaire européen au Commerce, Maroš Šefčovič , a décrit cet accord comme une « première étape cruciale ».
Face à un déficit commercial abyssal (360 milliards d’euros en 2025, environ 100 milliards d’euros par trimestre en 2026), l’Europe se veut plus ferme et, si la coopération ne produit pas de résultats tangibles, se dit prête à utiliser d’autres outils pour assurer un rééquilibrage. La France et l’Allemagne envisageraient même de recourir à un mécanisme permettant de bloquer quasi immédiatement l’accès au marché unique. Si la Chine n’est pas nommément citée, elle se sent suffisamment concernée pour réfuter certaines accusations, dont elle se dit injustement accusée (instrumentalisation d’intrants clés des chaînes d'approvisionnement dont les terres rares ou sous-évaluation de la monnaie chinoise).
Hormis l’inflation américaine, les marchés n’ont pas été abreuvés de nouvelles économiques décisives ou fracassantes. L’inflation américaine ne les a pas émus au point de faire se redresser les taux d’intérêt. Seule la partie très courte s’est tendue alors que les échéances plus longues (deux et dix ans) se sont repliées. La détente s’est transmise à la zone euro. Les taux souverains s’y replient mais dans une bien moindre mesure. La prime de la France est celle qui profite le moins du mouvement de resserrement. Les investisseurs restent suspendus à la saga budgétaire française. Sur un sujet connexe, Moody’s examinera la note de la France (Aa3, perspective négative) le 23 octobre : une éventuelle dégradation ne devrait pas avoir d’impact significatif sur le spread. Les marchés devancent les downgrades et les autres agences ont déjà incorporé la dégradation de la qualité de crédit dans des notations plus faibles (S&P et Fitch lui attribuent la note A+ avec perspective stable).
Enfin, dans son dernier rapport (dense et riche) sur l’état du monde, le FMI1 prodigue quelques conseils simples à l’attention des décideurs. Une sorte de prescription à inscrire sur une to-do List qui aurait un peu d’ambition (voire un peu d’humour)…
« Les décideurs doivent faire deux choses à la fois : contenir les risques immédiats liés à l’inflation, à la dette et à la fragilité financière tout en mettant en place l’infrastructure, les compétences et l’environnement compétitif nécessaires pour que la transformation technologique se traduise par une croissance plus large et plus équilibrée, avec des gains répartis de manière plus équitable entre et au sein des pays ».
- IMF, World Economic Outlook, "Resilience Under Strain, Urgent Choices" - Chap. 1, “Global Prospects and Policies”.
Consultez nos articles sur l’actualité économique et géopolitique publiés cette semaine
France – Le taux d’effort logement : en baisse depuis 2014, en hausse à plus long terme
Début 2024, les ménages consacraient en moyenne 16,8% de leurs revenus à leur résidence principale, après déduction des aides au logement, contre 18,3% dix ans plus tôt d’après l’Insee. La suppression de la taxe d’habitation explique l’essentiel de ce recul.
Ce taux d’effort net a diminué sur la période pour les locataires du parc privé et les propriétaires, et est resté presque stable dans le parc social. Pour le quart des ménages les plus modestes, il a en revanche augmenté de 1,1 point en dix ans, à 32,1%, du fait de la baisse des aides au logement.
Sur plus longue période, le taux d’effort net en logement est toutefois en hausse par rapport au début des années 2000 et aux années 1990.