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Un vent de panique sur les valeurs technologiques
Alors qu’aux États-Unis, la semaine avait commencé sous de bons auspices, le sentiment de marché s’est détérioré, en raison notamment d’une nervosité accrue sur le secteur technologique.
Vendredi dernier, les investisseurs semblaient avoir retrouvé une certaine confiance après la nomination de Kevin Warsh par le président Donald Trump, comme prochain président de la Fed. K. Warsh est considéré comme un choix plus conventionnel que les autres candidats pour cette fonction. Puis, le Congrès est parvenu mardi à un accord pour mettre fin rapidement au shutdown (paralysie budgétaire) et financer la grande majorité du gouvernement fédéral jusqu’au 30 septembre, fin de l’année fiscale, à l’exception du Département de la Sécurité intérieure (DHS) qui ne dispose que d'un budget provisoire de quinze jours. La fermeture du gouvernement n’aura ainsi duré que quatre jours au total mais seulement deux jours ouvrables, ce qui suggère un impact économique très limité. Le risque d’un autre shutdown dedeux semaines n’est pas exclu, mais il n’affecterait que le DHS et aucune autre partie du gouvernement. Les enquêtes sur le climat des affaires américain publiées en début de semaine étaient rassurantes. Les indices ISM de janvier sont ressortis meilleurs que prévu : l’ISM manufacturier augmente fortement, à 52,6 contre 47,9 en décembre, de retour donc en territoire d’expansion de l’activité, tandis que l’indice est stable à 53,8 dans les services. Au-delà de l'effet d'anticipation de nouveaux droits de douane éventuels, qui a dopé les commandes, les enquêtes font état d’une activité industrielle progressant sur des rythmes soutenus.
L’annonce surprise de Donald Trump d’un accord avec l’Inde, à moins d’une semaine de l’accord entre l’UE et l’Inde, était une autre bonne nouvelle. Selon D. Trump, les États-Unis s’engagent à diminuer les droits de douane « réciproques » sur les produits importés depuis l’Inde à 18%, contre 25% actuellement. En contrepartie, l’Inde aurait promis de supprimer entièrement ses barrières tarifaires et non tarifaires à l’égard des États-Unis, d’arrêter d’acheter du pétrole russe et d’acheter des produits américains à hauteur de 500 milliards de dollars, y compris de l’énergie et des produits agricoles. L’accord améliore la situation relative de l’Inde par rapport à ses concurrents asiatiques en termes de droits de douane américains, ce qui est positif pour les exportations, mais aussi pour l’investissement privé. Il encouragerait le retour des investisseurs étrangers sur les marchés de capitaux indiens après l’exode du second semestre 2025.
Mais les marchés boursiers ont été entraînés à la baisse par d’importantes chutes de valeurs technologiques ; les investisseurs sont inquiets quant aux rendements escomptés des hausses massives d’investissement dans des infrastructures d’intelligence artificielle annoncées par Amazon, Alphabet (la maison-mère de Google) et Meta. L’aversion au risque s’est muée en panique après que la start-up (non cotée) Anthropic, qui a créé le chatbot Claude Cowork, a dévoilé, le mardi 3 février, un outil d’IA capable de remplacer de nombreux logiciels traditionnels, notamment pour le travail juridique et d’analyse de données. L’annonce d’Anthropic semble provoquer un changement radical de perception des impacts de l’IA, qui n’est plus perçue comme un levier de croissance pour l’ensemble des industries technologiques mais une menace directe pour des secteurs entiers. La contagion s’est étendue aux développeurs de logiciels en Asie et en Europe et à d’autres industries, telles que le secteur publicitaire européen. Au cours de la semaine écoulée, l’indice S&P 500 se replie de 2,0% à 6 798 points, et le Nasdaq Composite de 3,9% à 22 540 points. Les indices européens terminent toutefois la semaine dans le vert, avec un CAC 40 en hausse de 1,4% et un Euro Stoxx en hausse de 0,3%, mais n’échappent pas à la tendance baissière sur les trois derniers jours.
Les indicateurs du marché du travail américain publiés ce jeudi ont par ailleurs contribué à refroidir le moral des investisseurs. Les demandes hebdomadaires d’allocations chômage ont augmenté plus que prévu sur la semaine (se terminant le 31 janvier), tandis que les offres d’emplois ont atteint leur plus bas niveau depuis plus de cinq ans en décembre. Les anticipations de marché pour les Fed funds se sont légèrement assouplies dans le sillage de ces données, sans toutefois remettre en cause les prévisions sur la politique monétaire de la Fed : la probabilité d’une baisse des taux en mars reste faible, à près de 20% (contre 10% en début de semaine), tandis que l’assouplissement monétaire total anticipé d’ici la fin de l’année dépasse légèrement les 50 points de base. Les rendements des titres souverains américains (Treasuries) se sont très légèrement sont détendus : -4 points de base pour le taux des US Treasuries à 2 ans, à 3,48%, et -3 points de base, à 4,20%, pour les UST à 10 ans. Le dollar a rebondi, les investisseurs dénouant des positions dans des actifs risqués, les métaux précieux et les cryptomonnaies. La nomination de K. Warsh à la tête de la Fed, étant perçue comme un choix moins « dovish » que d’autres candidats, les investisseurs y voient probablement une garantie de stabilisation du dollar.
Côté européen, le taux d’inflation annuel de la zone euro a baissé à 1,7% en janvier, contre 2,0% en décembre (chiffre révisé à la hausse depuis 1,9% précédemment), selon l’estimation préliminaire d’Eurostat et en ligne avec les anticipations du consensus. Cette baisse est due principalement aux prix de l’énergie qui reculent de 4,1% sur un an, contre une baisse de 1,9% sur un an en décembre. Ce repli s’explique par des effets de base redevenant favorables après la sortie du calcul du glissement annuel des fortes hausses des prix du pétrole en janvier 2025. L’inflation sous-jacente reste supérieure à l’objectif de 2% de la BCE à 2,2%, baissant légèrement par rapport à décembre (2,3%). L’inflation dans les services demeure élevée à 3,2% mais néanmoins en baisse (3,4% en décembre), tandis que l’inflation des produits alimentaires a progressé à 2,7%, après à 2,5% en décembre. L’inflation des biens industriels hors énergie s’établit à 0,4% contre 0,3% en décembre.
La Banque centrale européenne (BCE) a, comme prévu, maintenu jeudi ses taux inchangés pour la cinquième fois consécutive, réaffirmant que l’inflation devrait se stabiliser autour de son objectif et minimisant l’impact de la vigueur de l’euro sur la politique monétaire. La BCE a indiqué surveiller de près le taux de change de l’euro, mais l'appréciation de l’euro depuis décembre est considérée comme marginale et ne devrait pas influencer les prévisions d'inflation sous-jacente. Les projections macroéconomiques de décembre intégraient déjà un euro relativement élevé.
En revanche, la Banque d'Angleterre (BoE) a créé la surprise sur les marchés, adoptant une communication à la tonalité plus accommodante qu’anticipé à l’issue de sa réunion de politique monétaire de février. Si la BoE a laissé son principal taux directeur inchangé à 3,75% (comme anticipé par le consensus, contre une baisse de taux de 25 points de base selon nos prévisions), la décision a été beaucoup plus serrée : quatre membres ont voté pour une baisse de taux (contre deux prévu par le consensus) et seulement cinq membres du comité de politique monétaire ont voté pour le statu quo. Les nouvelles prévisions de croissance et d’inflation ont par ailleurs été revues à la baisse et le taux de chômage à la hausse. L’inflation se situe désormais sous la cible à moyen terme, à 1,8% plus précisément à l’horizon des deux prochaines années, en lien avec une détérioration plus forte du marché du travail qu’anticipé précédemment et un output gap plus négatif. Il convient de rappeler que les prévisions de la BoE sont basées sur les anticipations de marché pour le taux directeur, qui le situent à 3,5% en moyenne à moyen terme, ce qui pourrait impliquer un taux d’équilibre légèrement plus bas qu’anticipé par les marchés. Sans surprise, la BoE a laissé la porte ouverte à une future réduction des taux, mais le gouverneur, Andrew Bailey, a réaffirmé qu’il souhaitait voir l’inflation dans les services et la croissance des salaires baisser davantage avant de passer à l’acte.
Consultez nos articles sur l’actualité économique et géopolitique publiés cette semaine
Italie – PIB : la surprise de fin d’année
L’Italie enregistre une hausse de 0,3% de son PIB au quatrième trimestre, entraînant une révision à la hausse du PIB en 2025 à +0,7% en moyenne annuelle. Malgré l’environnement encore contraignant, la confiance des ménages et des entreprises se redresse.
Union européenne – Taxe sur les petits colis, une protection nécessaire contre les exportations chinoises
En 2025, 5,8 milliards de petits colis issus du e-commerce sont entrés sur le territoire de l’Union européenne (93% des flux de commerce électronique vers l’UE), soit une augmentation de 26% par rapport à 2024, qui s’inscrit dans une tendance exponentielle depuis 2022 (+314%). Une tendance similaire est observée aux États-Unis, où le nombre de petits colis est passé de 139 millions en 2015 à 1,36 milliard en 2024, soit une augmentation de 878% sur la décennie, mais avec une moindre accélération récente (+37,5% depuis 2022).
France – Secteur bancaire : que retenir du dernier rapport sur la stabilité financière de la Banque de France ?
La Banque de France (BdF) publie, deux fois par an, une évaluation détaillée des risques et des vulnérabilités pesant sur le système financier français. Cet article propose une synthèse du dernier rapport sur la stabilité financière publié le 20 janvier 2026. La BdF souligne la résilience des banques et des compagnies d’assurance, qui affichent de solides ratios de solvabilité et de liquidité. La rentabilité des banques s’est également améliorée, soutenue par les activités de marché et le redressement de la marge nette d’intérêt (MNI). L’institution alerte néanmoins sur l’accumulation de chocs internes et externes susceptibles de fragiliser cet équilibre. En France, la persistance de déficits publics élevés pourrait dégrader les conditions de financement de l’ensemble des acteurs économiques. Sur les marchés financiers, les doutes se multiplient quant aux niveaux de valorisations de certains actifs liés à l’intelligence artificielle (IA). Enfin, le risque cyber demeure particulièrement élevé dans un contexte de guerre hybride en Europe.