La semaine a débuté par les menaces formulées par le président Trump à l’encontre de quelques pays européens réfractaires à l’achat du Groenland par les États-Unis.
Lundi, c'est l'hebdo de L'ÉCO" : chaque semaine les experts de la direction des Études Économiques du Crédit Agricole vous proposent un résumé en 5 minutes des derniers faits marquants de l'économie.
Stigmatisant l’envoi de troupes par huit pays européens (Danemark, Norvège, Suède, France, Allemagne, Royaume-Uni, Pays-Bas, Finlande) accusés de jouer à « un jeu très dangereux », D. Trump a de nouveau dégainé son arme préférée : les droits de douane. Un tarif de 10% sur tout bien exporté aux États-Unis aurait ainsi pu s’appliquer dès le 1er février ; il était susceptible d’être porté le 1er juin à 25%, niveau auquel il serait resté « jusqu'à ce qu'un accord soit conclu pour l'achat complet et total du Groenland ».
Puis, D. Trump a rétropédalé et suspendu ses menaces. Sa « bienveillance » est justifiée par la négociation d’un « cadre pour un futur accord sur le Groenland » avec l’OTAN, dont les contours sont imprécis. Cependant, comme en avril dernier, après les annonces fracassantes du « Liberation Day », son ton s’est adouci après que ses propos ont provoqué des contre-performances coûteuses des marchés financiers américains et une dépréciation marquée du dollar. En milieu de semaine, les marchés américains se sont en effet retrouvés dans une situation dont les pays émergents sont coutumiers : aversion au risque « tous azimuts » se traduisant simultanément par une baisse des actions, une hausse des taux d’intérêt souverains et une dépréciation de la devise nationale.
Toujours aux États-Unis, il y a eu peu de chiffres, mais de ceux que le président Trump risque de ne pas apprécier. L’inflation en glissement annuel, mesurée par l’indice PCE, a en effet progressé de 2,8% en novembre : au même niveau que l’inflation sous-jacente, en légère hausse par rapport à octobre (2,7%), en ligne avec les anticipations, en progression continue depuis le point bas d’avril (2,3%). Ces derniers chiffres confirment que l’inflation résiste tout comme la croissance. Une résistance dont témoignent notamment les demandes initiales d'allocations chômage ou la progression du PIB au 3e trimestre déjà soutenue et encore révisée à la hausse (variation trimestrielle annualisée à 4,3%).
Croissance robuste et inflation stable à un niveau excédant la cible de la Fed suggèrent qu’il n'y a aucune urgence à entreprendre de nouveaux assouplissements monétaires. La prochaine réunion du FOMC (Federal Open Market Committee) se tiendra la semaine prochaine. Le consensus anticipe des taux directeurs inchangés. Ce statu quo de la Fed pourrait être assorti d’une communication prudente, ne laissant pas espérer d’éventuelles baisses de taux prochaines. Cette attitude viserait à tempérer les attentes trop accommodantes, trop optimistes, des marchés. Notre scénario a opté pour la « ligne dure » et table sur une longue pause monétaire, jusqu'à la fin de l'année 2026 avant un assouplissement début 2027.
Dans la zone euro, l’inflation a atteint un peu moins de 2% sur un an en décembre alors que l’inflation sous-jacente s’est établie à 2,3%. Parmi les quatre grandes économies de la zone, les résultats sont très hétérogènes : ils s’étagent de 0,7% en France à 3% en Espagne en passant par 1,2% en Italie et 2% en Allemagne. Alors que l’inflation liée au secteur des services reste soutenue à 3,4%, celle des biens non énergétiques déjà très faible continue de se replier (0,4% sur un an). La réorientation des exportations chinoises vers d’autres destinations en substitut au marché américain n’est certainement pas étrangère à cette faiblesse dangereuse.
Or, ce sont précisément les succès à l’exportation qui ont sauvé la croissance chinoise en 2025. La croissance du PIB chinois au 4e trimestre s’est révélée conforme aux attentes du marché (à 4,5% en glissement annuel). Ce résultat a permis à la Chine de réaliser son objectif de croissance de 5% en 2025. La cible est atteinte mais les sources de croissance ne signalent aucun rééquilibrage : affaiblissement continu de la croissance de la demande intérieure, mais remarquable résistance des exportations nettes malgré la hausse des tarifs douaniers américains en 2025. Tant que les autorités chinoises ne trouvent pas de stratégie pour éviter que la Chine ne s’enfonce dans la déflation, il est peu probable que la stratégie agressive d’exportations, vers l’Europe, l’Amérique latine ou vers tout marché propre à combler le vide laissé par les États-Unis, s’atténue.