La révision à la hausse de la croissance de la zone euro au deuxième trimestre fait ressortir une progression de l’activité proche du rythme potentiel. Le rebond de la consommation privée défie pour l’instant la remontée de l’inflation, mais interroge sur sa pérennité, dans un contexte d’érosion prévue du pouvoir d’achat. Reste à comprendre si le rebond des flux du commerce extérieur répond à une dynamique durable, qui serait portée par le cycle d’investissement dans le Pacifique..
CitationLa résilience dont a fait preuve l’économie de la zone euro au cours des six premiers mois de l’année risque d’être mise à l’épreuve au cours du deuxième semestre. Si des points de force existent, notamment la dépense publique allemande et l’effet d’entraînement du cycle de l’IA sur l’investissement, le scénario moins favorable qui se dessine dans le golfe arabo-persique avec, en corollaire, des risques haussiers sur l’inflation, pose la question de la résistance de la consommation face à l’érosion du pouvoir d’achat.
La dernière estimation détaillée du PIB de la zone euro indique une révision à la hausse de la croissance du T2, de 0,4% à 0,6% (T2/T1). Déjà, lors de l’estimation de juillet, la croissance du T1 avait été révisée à la hausse, de -0,2% à 0% (T1/T4). La croissance du PIB au premier semestre est donc ressortie plus forte que ce que le consensus prévoyait.
La révision à la baisse de la croissance française au T2 (de +0,2% à 0%) a été plus que compensée par l’ajustement à la hausse de la croissance allemande (de +0,2% à +0,3%) et irlandaise (de +3,9% à +10,2%). Le fort rebond du PIB irlandais vient en compensation du repli important enregistré au T1 (-7,8%). En neutralisant cet effet, la croissance de la zone euro paraît plus stable à +0,3% au T1 comme au T2. Sur un an, la croissance s’inscrit sur un rythme de 1,2%, légèrement supérieur au potentiel.
Cette nouvelle estimation s’écarte de notre prévision de juin, qui tablait sur une croissance de 0,1% au T2, après une croissance au T1 de -0,2%, selon l’estimation publiée alors (+0,2% hors Irlande).
L’acquis de croissance pour la moyenne annuelle de 2026 se monte à 0,8% à la fin du T2. Cela introduit donc un biais haussier sur notre prévision de croissance (0,2% pour l’année 2026). En excluant les éléments volatils du PIB irlandais, l’acquis de croissance est de 0,9%, plus aligné avec notre prévision du PIB de la zone hors Irlande de +0,8% pour 2026.
La croissance a été positive dans la plupart des pays de la zone euro, à l’exception de la France et de la Belgique, où elle est nulle, et de l’Autriche, où elle s’est inscrite en léger repli. La croissance reste très soutenue dans la péninsule ibérique (+0,7% en Espagne et +0,8% au Portugal) et dans les plus petites économies de la zone. Le PIB ralentit légèrement en Allemagne (+0,3% après +0,4%), où il s’inscrit néanmoins depuis trois trimestres en nette accélération par rapport aux performances enregistrées depuis la guerre en Ukraine. En Italie, la progression de l’activité demeure résiliente (+0,2% après +0,3%) et aux Pays-Bas, l’acquis de croissance est déjà à 1,2% pour 2026.
La progression du PIB au T2 a été tirée par la forte contribution des exportations nettes (+0,9 point), en raison d’un rebond des exportations (+3,4%) plus marqué que celui des importations (+1,5%). La contribution de la demande intérieure se renforce, mais reste plus marginale (+0,2 point). Les variations des stocks ont en revanche amputé la croissance de 0,5 point.
Le rebond de la demande intérieure repose principalement sur la consommation des ménages. Avec une croissance de +0,4%, elle a marqué une accélération en Allemagne, en France, aux Pays-Bas, en Espagne et au Portugal. Elle a en revanche ralenti, mais sur un rythme toujours plutôt soutenu, en Italie et en Belgique. Malgré le ralentissement en cours du revenu disponible réel, sous l’effet de la remontée de l’inflation, la baisse du taux d’épargne semble, pour l’heure, soutenir les dépenses des ménages.
La consommation publique perd en revanche de la vigueur, résultat du ralentissement en Italie et en Espagne, mais surtout en Allemagne, après avoir connu des rythmes de croissance très soutenus fin 2025 et début 2026.
L’investissement s’inscrit en léger repli depuis deux trimestres, avec un recul de toutes ses composantes, à l’exception du BTP qui se redresse fortement. L’investissement en machines et équipements (incluant les produits des TIC) se retourne après plus d’un an de progression vigoureuse. Si l’accumulation de capital reste positive en Italie, en Espagne et aux Pays-Bas, elle est en repli en Allemagne et en France.
La reprise des flux du commerce extérieur intervient après un an de quasi-stagnation et la plupart des pays de la zone enregistrent des taux de croissance soutenus des exportations et, dans une moindre mesure, des importations. Dans plusieurs pays, les stocks diminuent ; lorsqu’ils continuent d’augmenter, leur accumulation s’effectue désormais à un rythme plus modéré.
Les créations d’emplois n’ont pas suivi le rythme de croissance de l’activité. La progression de l’emploi a été de 0,1% sur le trimestre, sans franche accélération. À +0,5% sur un an, ce rythme permet de retrouver un cycle de productivité positif (+0,8% sur un an), qui, couplé au ralentissement des rémunérations (3,3% sur un an pour le salaire par tête), comprime les coûts salariaux unitaires et permet d’interrompre la dégradation des marges en cours depuis l’été 2023. Le ralentissement des salaires est généralisé à toutes les activités de services, marchands et non marchands, tandis que dans l’industrie et dans la construction, on enregistre des accélérations modestes.
L’inflation au T2 s’est révélée en ligne avec nos prévisions, à 3%, mais la remontée au mois d’août (3,3%) augmente le risque haussier sur notre prévision au T3 (3%). Si le ralentissement de l’inflation dans les services compense l’accélération dans les biens industriels non énergétiques – maintenant l’inflation sous-jacente à 2,4% en août – la forte hausse de la composante énergétique pousse l’indice total à la hausse, tandis que l’inflation alimentaire ressort plus faible que prévu sans compenser l’effet de l’énergie. Le prix du pétrole au T2 (96,9 $ pour le baril de Brent en moyenne sur le trimestre) a été en ligne avec notre prévision (97,5 $) mais, avec l’acquis à ce jour, il risque de la dépasser au T3. De plus, c’est le prix du gaz qui s’écarte le plus de notre prévision, supérieur à 70 €/MWh début septembre, alors que le niveau des stocks est historiquement faible en Europe.