1. Des résultats décevants au premier trimestre 2026
1.1 Le PIB s’est replié de 0,1% au premier trimestre
1.2 Le pouvoir d’achat des ménages stagne et le taux de marge se replie fortement
2. Des révisions limitées sur le passé récent
2.1 Une révision à la hausse de la croissance en 2023-2024
3. Des indicateurs peu favorables pour le deuxième trimestre
3.1 L’inflation a continué d’augmenter en mai
3.2 La consommation des ménages en biens s’est contractée en avril
De nombreux indicateurs économiques ont été publiés aujourd’hui par l’Insee. La plupart sont relativement décevants.
- Au premier trimestre, le PIB s’est en effet contracté de 0,1% d’après les résultats détaillés, une évolution révisée à la baisse de 0,1 point par rapport à la première estimation d’il y a un mois. Ce recul s’explique par une contraction de la demande intérieure, alors même que seul le mois de mars a pu être affecté par les conséquences du déclenchement du conflit en Iran.
- Le pouvoir d’achat des ménages a par ailleurs stagné au premier trimestre en raison de la hausse de l’inflation, tandis que leur taux d’épargne a de nouveau légèrement augmenté. L’Insee indique par ailleurs que le pouvoir d’achat des ménages se serait finalement légèrement contracté en 2025 (‑0,4%).
- Le taux de marge des sociétés non financières (SNF) s’est nettement replié au premier trimestre 2026, pénalisé par la hausse des prix de l’énergie. Il reste toutefois sensiblement supérieur à son niveau d’avant la crise sanitaire.
- Sur une note plus « positive », la croissance des années 2023 et 2024 est revue en hausse. Le déficit des administrations publiques (APU) est en outre confirmé à 5,1% du PIB en 2025.
- Les indicateurs relatifs au deuxième trimestre 2026 ne sont pas beaucoup plus réjouissants. L’inflation a continué d’augmenter en mai, dans le sillage des prix de l’énergie, atteignant 2,4% en glissement annuel, et la consommation des ménages en biens a diminué en avril (il s’agit toutefois largement d’un effet énergie).
- Nous tiendrons évidemment compte de tous ces développements dans notre prochain scénario qui sera publié dans un mois. Notre prévision de croissance pour 2026 devrait ainsi être révisée à la baisse par rapport à celle établie en mars (0,9%), compte tenu d’un acquis de croissance[1] de seulement 0,4% pour l’année à l’issue du premier trimestre.
CitationLa première estimation de la croissance du premier trimestre 2026 nous avait déjà surpris à la baisse, et il semble désormais inévitable que nous révisions prochainement à la baisse notre prévision de croissance annuelle (qui était de 0,9% dans notre scénario publié en avril), compte tenu de l’acquis de croissance décevant à l’issue du premier trimestre. Nous vous donnons donc rendez-vous fin juin à l’occasion de la publication de notre nouveau scénario. L’inflation, en revanche, se révèle relativement en phase avec notre prévision réalisée en mars (qui était de 2,5% en avril pour l’IPC en glissement annuel).
Des résultats décevants au premier trimestre 2026
Le PIB s’est replié de 0,1% au premier trimestre
L’Insee a publié ce matin les résultats détaillés des comptes nationaux du premier trimestre 2026. Par rapport à la première estimation du 30 avril, la croissance est révisée à la baisse (-0,1 point), à ‑0,1%. Cette révision s’explique par celle de la contribution de la demande intérieure hors stocks (‑0,1 point), les révisions de la contribution du commerce extérieur et de celle des variations de stocks se compensant parfaitement.
Les évolutions de la consommation des ménages (‑0,1 point, à -0,2%) et de l’investissement total (‑0,2 point, à -0,6%) sont en effet révisées à la baisse. L’acquis de croissance pour l’année 2026 à l’issue du premier trimestre est ainsi revu de -0,1 point, à 0,4%.
L’emploi, au sens des comptes nationaux, est par ailleurs resté stable au premier trimestre, le léger repli de l’emploi salarié (-0,1%) étant compensé par une hausse de l’emploi non salarié (+0,5%).
Le pouvoir d’achat des ménages stagne et le taux de marge se replie fortement
La publication est complétée d’éléments sur les comptes des secteurs institutionnels au premier trimestre. Le pouvoir d’achat des ménages a ainsi stagné, du fait de la remontée de l’inflation. L’évolution du pouvoir d’achat en 2025 est par ailleurs revue en baisse, avec finalement une diminution de -0,4% (en données corrigées des jours ouvrés, cjo), contre une légère progression de 0,5% précédemment estimée. Compte tenu du repli de la consommation des ménages au premier trimestre 2026, leur taux d’épargne a légèrement augmenté, atteignant 17,9%.
Le taux de marge des SNF s’est par ailleurs contracté au premier trimestre (-0,8 point, à 31,7%), fortement affecté par la dégradation des termes de l’échange (hausse des prix de l’énergie). Il reste toutefois nettement supérieur à son niveau d’avant la crise sanitaire (+0,8 point par rapport à l’année 2019).
Des révisions limitées sur le passé récent
Une révision à la hausse de la croissance en 2023-2024
La publication du compte provisoire pour 2025 confirme une croissance de 0,8% en données non corrigées des jours ouvrés (0,9% en données cjo), mais la croissance est revue à la hausse en 2023 (+0,2 point, compte définitif) et en 2024 (+0,3 point, compte semi-définitif).
La publication du compte APU pour 2025 confirme un déficit à 5,1% du PIB (après 5,8% en 2024). Leur dette a atteint 115,7% du PIB à la fin de l’année (+0,1 point par rapport à l’estimation précédente du 27 mars), après 112,6% en 2024.
Des indicateurs peu favorables pour le deuxième trimestre
L’inflation a continué d’augmenter en mai
Les résultats provisoires de l’indice de prix à la consommation (IPC) de mai ont également été publiés ce matin. L’inflation a continué d’augmenter, atteignant 2,4% en glissement annuel (après 2,2% en avril). Cette hausse s’explique par l’accélération des prix de l’énergie, et dans une moindre mesure de ceux des services sur un an.
La consommation des ménages en biens s’est contractée en avril
Autre indicateur paru ce jour, les dépenses de consommation des ménages en biens, qui se sont repliées en avril (-0,5%), après une hausse en mars (+0,9%). Cette baisse reflète celle de la consommation d’énergie (-2,9%, après +0,5%), liée à la hausse des prix des carburants mais aussi à un mois d’avril particulièrement chaud (troisième mois d’avril le plus chaud depuis 1900).
Plus tôt dans la semaine, les résultats de l’enquête mensuelle de conjoncture auprès des ménages avaient été révélés, avec une confiance de nouveau en baisse en mai par rapport au mois précédent
(-2 points). Celle-ci s’est élevée à 82, s’éloignant un peu plus de sa moyenne de longue période (100) et se rapprochant du point bas de l’été 2022 (80). Les soldes d’opinion relatifs à l’opportunité d’épargner et à la capacité d’épargne des ménages sont restés très élevés en perspective historique.
Notre opinion
La première estimation de la croissance du premier trimestre 2026 nous avait déjà surpris à la baisse, et il semble désormais inévitable que nous révisions prochainement à la baisse notre prévision de croissance annuelle (qui était de 0,9% dans notre scénario publié en avril), compte tenu de l’acquis de croissance décevant à l’issue du premier trimestre. Nous vous donnons donc rendez-vous fin juin à l’occasion de la publication de notre nouveau scénario. L’inflation, en revanche, se révèle relativement en phase avec notre prévision réalisée en mars (qui était de 2,5% en avril pour l’IPC en glissement annuel).
La stabilité de l’emploi au premier trimestre ne nous a pas beaucoup surpris. En revanche, le taux de chômage (publié plus tôt ce mois-ci) s’est avéré supérieur à notre prévision (de 0,2 point), à 8,1% au premier trimestre, soit le niveau que nous avions plutôt prévu pour la fin de l’année 2026. Les raisons de cette hausse ne sont toutefois pas si sombres, puisqu’elle s’accompagne d’une hausse du taux d’activité à un niveau record, et qu’elle s’explique par une hausse du taux de chômage pour les deux publics cibles de la loi pour le plein-emploi (bénéficiaires du RSA et jeunes de 15 à 29 ans inscrits à France Travail). Ces derniers sont donc désormais plus nombreux à chercher activement du travail, ce qui est plutôt encourageant. Le taux de chômage reste nettement inférieur au niveau atteint durant la décennie 2010 (9,6%), et une étude récente de la Banque de France[2] suggère que sa hausse devrait rester limitée (sauf crise ou revirement politique majeurs). Ses auteurs estiment en effet que le taux de chômage structurel a nettement diminué en France entre 2015 et 2025 (-1,3 point), ce qui reflète en grande partie les réformes structurelles entreprises sur la période (assurance chômage, ordonnances travail, apprentissage), et plus généralement un meilleur fonctionnement du marché du travail.
[1] L’acquis de croissance correspond à la croissance annuelle qui serait obtenue si la croissance se révélait nulle sur les trimestres restants de l’année.
[2] « Les réformes du marché du travail et la baisse du chômage structurel en France : rétrospective 2015-2025 », Bulletin de la Banque de France 264/1, mai 2026.