1. La marque bien visible du choc énergétique
2. Consultez nos articles sur l’actualité économique et géopolitique publiés cette semaine
3. Évolution des marchés
4. Tendances à suivre
La marque bien visible du choc énergétique
Les données publiées aux États-Unis et en Europe, notamment en France, témoignent clairement des effets, via les prix de l’énergie, du conflit dans le golfe persique sur l’inflation, sans surprise puisque cela prolonge l’impact déjà visible dès le mois de mars, mais aussi sur les estimations d’activité du premier trimestre, qui se révèlent moins favorables ou plus déprimées qu’initialement anticipé.
Aux États-Unis, les prix (indice PCE, Personal Consumption Expenditures) se sont de nouveau inscrits en forte hausse ; selon les estimations du Bureau of Economic Analysis (BEA), leur progression sur un an en avril s’est établie à 3,8% après 3,5% en mars (2,6% en moyenne en 2025). L’accélération de l’inflation totale est largement imputable aux prix de l’énergie : la composante énergétique (essence, autres biens énergétiques, services d'électricité et de gaz) a vu son prix grimper de 18,3% sur un an en avril après avoir déjà progressé de 14,4% en mars. Cependant, si l’énergie contribue à l’accélération très récente, les prix d’autres composantes, dont on ne peut pas supposer qu’elles portent déjà les traces de l’inflation énergétique, continuent de se révéler dynamiques ; c’est notamment le cas du prix des services dont le glissement annuel se redresse, à 3,5% en avril (3,4% en mars), pour retrouver sa moyenne annuelle de 2025. L’inflation sous-jacente atteint ainsi 3,3% en avril (après 3,2% en mars et 2,8% en moyenne en 2025).
Par ailleurs, toujours aux États-Unis et selon le BEA, la croissance du PIB du premier trimestre a été revue à la baisse pour s’établir à 1,6% en rythme trimestriel annualisé (contre une première estimation à 2%). Cette révision est justifiée par une moindre contribution des stocks des entreprises et une croissance moins soutenue de la consommation des ménages. La croissance reste néanmoins « confortable » et s’inscrit en accélération par rapport au trimestre précédent, au cours duquel la progression du PIB, elle-même significativement revue à la baisse (0,5% après une estimation initiale de 1,4%), avait souffert des effets du shutdown observé fin 2025. Selon le BEA, l’accélération du premier trimestre reflète la hausse des dépenses publiques et des exportations ainsi qu’une accélération des investissements en partie compensée par un ralentissement de la consommation. À cet égard, l’enquête de l’Université du Michigan signale qu’en mai, le moral des ménages américains s’est replié pour le troisième mois consécutif, pour se situer juste en-dessous du creux historique précédent, observé en juin 2022. Sans surprise, le coût de la vie reste une préoccupation prioritaire et les anticipations d’inflation dans un an s’établissent à 4,8% (contre 4,7% en avril et 3,4% en février 2026, avant le début du conflit dans le golfe persique).
Toujours sur le front des prix, mais en France cette fois et selon l’estimation provisoire réalisée de l’Insee, les prix à la consommation ont augmenté de 2,4% en mai 2026 ; une hausse modeste au regard du mois précédent (2,2%), mais un saut substantiel au regard du rythme très faible qui prévalait préalablement (0,3% au plus bas en janvier et un peu moins de 1% en moyenne en 2025). Tout comme en avril, la hausse de l’inflation provient des prix de l’énergie (16,8% sur un an). Si les prix des services accélèrent légèrement (2% sur un an), les prix des autres composantes (alimentation, tabac, produits manufacturés) progressent au même rythme qu’en avril. Les prix des produits manufacturés continuent notamment de se replier (-0,6% sur un an). L’Insee a, par ailleurs, publié la deuxième estimation de la croissance du PIB du premier trimestre. La révision à la baisse de la croissance de la demande interne hors stocks (consommation des ménages et investissement total en repli de, respectivement, 0,2% et 0,6%) justifie l’abaissement de la croissance qui passe de nulle à très légèrement négative (-0,1% en variation trimestrielle après +0,2% au quatrième trimestre 2025). Alors que les stocks contribuent à hauteur d’un point de pourcentage à la croissance mais que la demande externe soustrait 0,9 point, la demande interne finale (hors stocks) affiche une contribution négative de 0,2 point. L’acquis de croissance pour 2026 s’établit à 0,4%.
Au cours de la semaine, le marché a dû composer entre, d’une part, les espoirs d’un accord même provisoire entre les États-Unis et l’Iran visant à prolonger le cessez-le-feu et, d’autre part, les nouvelles peu réjouissantes émanant essentiellement de l’inflation. La perspective d’un accord aussi imparfait et inabouti soit-il (quid, par exemple, de la question des stocks iraniens d'uranium enrichi ?) mais permettant d’envisager un déblocage du détroit d’Ormuz a pesé sur les prix du pétrole qui baissent de 11% sur la semaine. Porteur d’un assagissement de l’inflation, ce repli a certainement contribué à nourrir la baisse des taux d’intérêt. Alors que les chiffres d’inflation n’étaient pas réjouissants, les taux d’intérêt (notamment les maturités longues) se sont en effet inscrits en repli sensible tout comme les spreads des souverains de la zone euro et ceux des indices du marché du crédit alors que les marchés actions continuaient de bien « performer ».
Cette semaine, les marchés semblent donc avoir été bercés par l’espoir d’un accord couplé à des effets inflationnistes de second tour « digestes » aux dépens d’un scénario plus sombre de resserrement monétaire et de croissance médiocre (scénario européen) et de tensions persistantes sur les primes de terme (scénario américain).
Consultez nos articles sur l’actualité économique et géopolitique publiés cette semaine
France - Le PIB déçoit et le pouvoir d’achat fait du surplace au premier trimestre
L'Insee a publié des indicateurs économiques globalement décevants. Le PIB a contracté de 0,1% au premier trimestre, révisé à la baisse, en raison d'une faiblesse de la demande intérieure. Le pouvoir d'achat des ménages a stagné et devrait même se contracter de 0,4% sur l'année 2025. Les marges des entreprises se sont repliées sous l'effet de la hausse des prix de l'énergie. L'inflation a continué d'augmenter en mai (2,4% en glissement annuel) et la consommation des ménages a fléchi. La prévision de croissance pour 2026 devrait être révisée à la baisse, passant sous les 0,9% initialement prévus.
ASIE – Navigation à vue dans le brouillard d’Ormuz | Etudes économiques
La prolongation de la guerre avec l'Iran plonge les économies asiatiques dans l'incertitude. Si les économies les pays avancées subissent un choc de prix, les plus fragiles font face à des pénuries et restrictions. La crise frappe les modèles de croissance asiatiques fondés sur la fluidité des échanges, avec accélération de l'inflation et ralentissement industriel. L'absence de retour rapide à la normale force les pays à arbitrer entre soutien budgétaire, politique monétaire et préservation des réserves. L'Asie est exposée de manière multiple : agriculture, industries énergivores, tourisme et pouvoir d'achat. Cette publication examine et décrypte les mesures prises et stratégies d'adaptation des principales économies régionales.