1. La guerre israélo-américaine contre l’Iran rebat les cartes pour les banques centrales
2. Consultez nos articles sur l’actualité économique et géopolitique publiés cette semaine
3. Évolution des marchés
4. Tendances à suivre
La deuxième semaine de la guerre contre l’Iran se termine, sans signes réels de désescalade. Les marchés financiers sont restés nerveux, réagissant principalement aux incertitudes entourant le blocage effectif du détroit d’Ormuz et ses conséquences pour les prix de l’énergie.
La guerre israélo-américaine contre l’Iran rebat les cartes pour les banques centrales
Le cours du pétrole brut (Brent) a atteint presque 120 $ le baril lundi, entraînant une flambée des prix des carburants à la pompe dans le monde entier. Une évolution que le président américain Donald Trump a cherché à contrer, en vain, en déclarant mardi qu’il était en avance sur les objectifs de guerre et promettant une fin prochaine du conflit. Ses propos n’ont apporté qu’une accalmie temporaire sur les cours. Du côté de l’Iran, le nouveau Guide Suprême Mojtaba Khamenei, fils du défunt ayatollah Ali Khamenei, a averti que le détroit d’Ormuz resterait fermé et a menacé l’ouverture de nouveaux fronts si le conflit se prolongeait. L’Iran a frappé plus d’une dizaine de navires depuis le début du conflit et aurait débuté le minage du détroit, selon John Healey, le secrétaire d'État à la Défense du Royaume-Uni. L’Iran continue de mener des frappes ciblant des infrastructures énergétiques dans la région.
Pour enrayer la flambée des prix, les pays de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) ont annoncé mercredi un déblocage record de réserves stratégiques : 400 millions de barils, dont 172 millions proviennent de la réserve stratégique pétrolière américaine. La décision a été prise « à l'unanimité » par l'institution, dont 32 pays sont membres, parmi lesquels ceux du G7 (États-Unis, France, Allemagne, Royaume-Uni, Italie, Japon et Canada), mais aussi l'Australie et le Mexique. L’objectif est de compenser la perte d’approvisionnement due à la fermeture du détroit d’Ormuz, estimée entre 11 et 16 millions de barils de pétrole par jour. La décision de l’AIE n’a pas empêché les cours du pétrole de repartir à la hausse. En effet, la mobilisation des réserves stratégiques ne couvrirait que 25 à 35 jours de perte de production, si les estimations de 11 à 16 millions de barils de pétrole perdus chaque jour sont correctes, et ne représente donc qu'une solution temporaire. Ce vendredi, le baril dépasse 100 dollars et s’inscrit en hausse de 40% depuis le début du conflit.
Dans ce contexte de forte incertitude géopolitique, l’aversion au risque reste de mise. Les indices actions mondiaux s’inscrivent globalement en baisse sur la semaine, bien que plus modeste que les corrections enregistrées la semaine dernière. L’indice Euro Stoxx 50 parvient même à se stabiliser sur la semaine, tandis que l’indice S&P 500 baisse de 1,0%. En zone euro, les primes de risques se sont écartées davantage : +6 pdb pour l’Italie, +4 pdb pour la France.
Du côté des données économiques, les indices des prix à la consommation américains publiés, le 11 mars par le Bureau of Labor Statistics, sont ressortis en ligne avec les anticipations et ont même fourni quelques surprises positives, sans impact notable pour les marchés. L’indice CPI a progressé de 0,3% en février (après +0,2% en janvier) et sa variation sur un an ressort à 2,4% (stable par rapport à janvier). Sa composante sous-jacente (hors énergie et alimentation) a augmenté de 0,2% (après +0,3% en janvier) et de 2,5% sur un an (le même rythme qu’en janvier), se maintenant à un plus bas depuis mars 2021. Les prix des biens core (hors alimentation et énergie) ne progressent que de +1% sur un an, après +1,1 % en janvier. Ce ralentissement est dû à une baisse des prix des voitures d’occasion (-3,2% sur un an, après -2% en janvier), partiellement compensée par une accélération des prix des vêtements (+2,5%, après +1,8%), ces deux composantes sont cependant volatiles. Du côté des services, l’inflation hors énergie diminue légèrement à +2,9% sur un an (après +3,0%), un plus bas depuis septembre 2021. Cette décélération s’explique par une inflation plus faible que prévu de l'OER (loyer équivalent des propriétaires, 43 % du panier des services) et des loyers (13% du panier), tandis que des composantes volatiles telles que les tarifs aériens et hôteliers et les services hospitaliers ont été plus fortes que prévu. Enfin, les prix de l’alimentation (+3,1% sur un an, après 2,9% en février) et de l’énergie (+0,4% après -0,3% en février) accélèrent.
Le déficit commercial américain en biens et services a reculé plus fortement que prévu en janvier, selon le département du Commerce. Il s’est réduit à -54,5 milliards de dollars (après -72,9 milliards en décembre) en raison d’une hausse importante des exportations (+5,5% sur le mois) et d’un tassement des importations (-0,7%). La réduction du déficit global est essentiellement attribuable à une diminution du déficit des biens, de 17,5 milliards de dollars à 81,8 milliards de dollars, tandis que l'excédent des services s'est accru timidement de 1,0 milliard de dollars pour s'établir à 27,3 milliards de dollars. Par rapport à janvier 2025, le déficit des biens et services diminue de 57,6% à 73,9 milliards de dollars avec une hausse de 10,4% des exportations et une baisse de 11,3% des importations.
La semaine prochaine, l’attention des investisseurs se tournera vers les réunions des banques centrales où la crainte d’une poussée inflationniste va encourager à la prudence et devrait conduire au statu quo sur les taux directeurs à court terme. Du côté de la Réserve fédérale, les anticipations d’assouplissement ont été encore réduites cette semaine. Pour la prochaine réunion de politique monétaire des 17 et 18 mars, les marchés considèrent comme pratiquement acquis le maintien des taux des Fed funds dans la fourchette-cible actuelle de 3,5%-3,75%. Ils n’anticipent désormais qu'environ 25 points de base (pb) de baisse d’ici la fin de l’année, contre plus de 60 pb avant la guerre et un peu plus de 40 pb la semaine dernière. Les marchés seront attentifs au graphique à points actualisé de la Fed (dot plot) et aux projections économiques qui pourraient signaler que la récente hausse des prix du pétrole pourrait retarder le retour de l'inflation à l'objectif. Le dollar américain, qui s’apprécie depuis le conflit, pourrait continuer de bénéficier de toute réduction supplémentaire des anticipations du marché en termes de baisse des taux à venir de la Fed.
La BCE devrait également maintenir ses taux inchangés la semaine prochaine (18 mars) et prendra acte du fait que la forte hausse des prix de l'énergie a ajouté un degré d'incertitude à ses perspectives de croissance et d'inflation. Nous doutons cependant que la BCE valide les anticipations actuelles du marché d’un resserrement de la politique monétaire à venir.
La Banque d'Angleterre ne devrait pas modifier son taux directeur la semaine prochaine (19 mars) dans un revirement radical des anticipations (une baisse des taux était encore considérée comme la plus probable avant les attaques contre l’Iran). Toutefois, elle devrait continuer à signaler qu'elle pourrait toujours réduire les taux une fois passé le choc sur les prix de l'énergie et à condition que les anticipations d’inflation soient bien ancrées.
Dans ce contexte d’anticipations des taux directeurs revues à la hausse et de craintes d’inflation, les rendements des taux souverains augmentent. Les courbes des taux s’aplatissent, les effets sur la partie courte étant plus forts que sur la partie longue (rechute de l’inflation à moyen terme, impact négatif du choc énergétique sur la demande). Par exemple, le rendement des bons de Trésor américain à 2 ans a bondi de près de 18 pb pour passer à 3,74%, contre 3,56% à la clôture vendredi dernier, tandis que le rendement à 10 ans a augmenté de 14 pb pour atteindre 4,27% contre 4,14%. Enfin, le Royaume-Uni, où l’inflation reste encore élevée, enregistre parmi les plus fortes hausses de rendements souverains des économies développées : +59 pb pour le taux à 2 ans à 4,1%, +55 pb à 4,8% pour le taux à 10 ans. Malgré le développement significatif des énergies renouvelables ces dernières années, le gaz naturel représente une part importante de la consommation énergétique britannique, notamment pour le chauffage résidentiel et la production d'électricité.
Consultez nos articles sur l’actualité économique et géopolitique publiés cette semaine
La dynamique démographique française conduira à une transmission de patrimoines à horizon 2050 dont les montants n’ont jamais été égalés. Ce phénomène, appelé « grande transmission », constitue un enjeu pour l’ensemble de la société française. Les ménages qui hériteront sont susceptibles d’effectuer des arbitrages patrimoniaux importants sur les sommes reçues. Le marché de l’immobilier résidentiel sera également concerné : les transmissions de logements devraient accroître les mises en vente tandis que les ménages qui hériteront verront leur apport personnel potentiel augmenter. Cependant, du fait de la concentration du patrimoine des ménages français, un accroissement des inégalités d’accès à la propriété pourrait s’opérer. Quant à l’État, il devrait voir ses recettes augmenter, avec la perception des droits de succession et des frais de notaires liés à la hausse des transactions dans l’ancien.
Italie – Derrière le rebond, une économie qui se recompose
La croissance 2025 s’est révélée meilleure qu'attendu (+0,7%), portée par une demande intérieure légèrement plus soutenue et un effet limité lié aux perturbations du commerce extérieur. La fin du programme Superbonus s’est traduite par une baisse significative de l’investissements en logement de près de 40% en un an. On assiste davantage à une recomposition de la croissance qu’a une reprise ; avec un l'investissement productif encore résilient et une FBCF dans construction qui retrouve une dynamique trimestrielle positive en 2025.
Pays baltes – Vivre avec le risque géopolitique
L’invasion de l’Ukraine en 2022 par la Russie a profondément modifié l’équilibre de sécurité de l’espace baltique. La perception de la Russie comme une menace pour ses voisins s’est accrue. L’entrée dans l’OTAN de la Finlande et de la Suède et le réarmement européen ont largement renforcé la position stratégique des Européens dans la zone. La guerre en Ukraine draine la quasi-totalité des ressources économiques et militaires russes normalement affectées au théâtre baltique.
Stablecoins, quels impacts sur les grands équilibres macro-économiques ?
L’essor des stablecoins, ces crypto-actifs conçus pour maintenir une parité stable avec une devise ou un panier d’actifs, suscite une attention croissante des économistes, régulateurs et acteurs financiers. Si leur capitalisation (environ 300 milliards de dollars2) reste encore marginale par rapport à celle du système bancaire (autour de 191 000 milliards de dollars), leur croissance exponentielle depuis 2021, en particulier aux États-Unis, soulève des interrogations majeures qui dépassent le simple cadre technologique pour toucher aux fondements mêmes de notre système économique. 4 questions pour comprendre pourquoi la montée en puissance des stablecoins pose désormais de véritables questions macro-économiques, au-delà de la seule innovation technologique.