1. Nouvelle escalade
2. Consultez nos articles sur l’actualité économique et géopolitique publiés cette semaine
3. Évolution des marchés
4. Tendances à suivre
Nouvelle escalade
À la suite de la signature du protocole d’accord (Memorandum of understanding, MoU), entre l'Iran et les États-Unis mi-juin, il était clair que la route vers un apaisement pérenne serait longue et semée d’embûches. Se voulant « lucide donc prudent », notre scénario excluait une normalisation rapide au profit d’une reprise seulement progressive des flux maritimes ; il supposait une détente des prix du pétrole, les laissant cependant à un niveau élevé au cours du second semestre 2026 avant de se replier en 2027, tout en restant supérieurs à ce qu’ils étaient avant la guerre. Or, après une accalmie de courte durée, le golfe Persique s’est de nouveau enflammé.
En effet, à la suite du MoU, de nombreuses questions restaient en suspens dont celle, cruciale, du détroit d'Ormuz : l'Iran souhaite le maîtriser et y imposer des droits de passage. Le contrôle du trafic serait partagé avec Oman, conduisant potentiellement à la mise en place de deux corridors, un de chaque côté. Les tensions étaient dès lors difficilement évitables entre l’Iran et les États-Unis, appuyés par leurs alliés occidentaux, partisans de la libre circulation maritime, mais aussi d’un retour rapide à un trafic fluide. Menaces puis attaques de drones : les Gardiens de la Révolution ont réaffirmé leur volonté de contrôle du détroit et la réponse de Donald Trump ne s’est pas fait attendre. Il a suspendu l’autorisation donnée aux Iraniens d’exporter leur pétrole malgré les sanctions et déclaré la fin du cessez-le-feu. Il semble néanmoins que les négociations se poursuivent.
Aux États-Unis, les chiffres de l’emploi publiés vendredi dernier ont déçu. La progression des emplois non agricoles en juin s’est établie, à la fois, largement en deçà des attentes et en recul par rapport au rythme du mois précédent. Le taux de chômage a baissé de 4,3% à 4,2%, mais pour de « mauvaises raisons » puisque son recul tient à celui du taux de participation (de 61,8% à 61,5%). Les données d’emploi, très volatiles, doivent cependant être prises avec prudence et, compte tenu de la baisse du « point mort » (baisse, en raison des restrictions à l’immigration, des créations nettes d’emplois nécessaires à la stabilisation du taux de chômage), la situation n’est pas alarmante.
Toujours aux États-Unis, les conclusions du compte-rendu de la réunion du comité de politique monétaire (FOMC) de mi-juin, quoiqu’elle se soit tenue avant ce dernier rapport plus mitigé sur l’emploi, restent encore largement valides : économie solide, taux de chômage relativement stable, marché du travail équilibré et qui n’est pas à la source de pressions inflationnistes (celles-ci sont alimentées par les droits de douane, les prix de l’énergie, la demande liée à l’IA). Si ces tensions inflationnistes se révélaient persistantes, une hausse des taux pourrait être nécessaire.
Les derniers indicateurs en provenance de France et d’Allemagne sont encourageants.
En Allemagne, tout d’abord, des signes timides de reprise (ou, tout au moins, de fin de la détérioration) de la production industrielle se manifestent. En mai, la production industrielle a enregistré un deuxième mois consécutif de hausse qui permet à sa progression sur un an de s’établir à 0,1% : c’est faible, certes, mais positif et cela met un terme à un semestre de baisse, au rythme annuel moyen de -1,2%. Si l’industrie manufacturière voit toujours son activité se contracter (-0,6% sur un an), la baisse est bien moindre que celle enregistrée au cours des quatre derniers mois, particulièrement difficiles (recul moyen sur un an de 2,3%). Par ailleurs, la construction se redresse (+3,5% sur un an) et l’énergie continue d’afficher une croissance en baisse, mais « décente » (+2,1% sur an après un rythme annuel moyen de 7,7% depuis le début de l’année).
En France, l’enquête mensuelle de conjoncture de la Banque de France (BdF), menée fin juin-début juillet, signale que l’activité s’est nettement raffermie dans l’industrie en juin, portée par la plupart des branches et, notamment, par les secteurs technologiques et de la défense, mais aussi l’automobile. L’activité a également rebondi dans les services marchands et le bâtiment. Elle devrait de nouveau progresser en juillet, plus modérément dans l’industrie et dans les services, assez faiblement dans le bâtiment. Enfin, les entreprises se sont adaptées à la canicule et sont parvenues, dans l’ensemble, à maintenir leur volume d’activité. La BdF estime ainsi que le PIB progresserait de 0,2% au deuxième trimestre : une estimation réconfortante qui excèderait celle, prudente, incluse par notre scénario (0,1%).
Du côté des marchés, sans surprise, le prix du pétrole (Brent) s’est redressé de près de 6% au cours de la semaine : un petit sursaut au regard des bonds observés depuis le début de la guerre dans le golfe Persique. S’il est clairement inférieur à ses sommets post-guerre (dont un point haut récent à 96 $/baril début juin), le prix s’écarte de sa tendance baissière et excède de 25% son niveau de début d’année.
Dans le sillage du FOMC de mi-juin, optant pour la stabilité du taux des fed funds mais suggérant qu’un resserrement monétaire ne pouvait être exclu, les taux d’intérêt se sont, globalement, tendus avant une courte accalmie permise par les espoirs liés à la signature du MoU. La semaine passée, les taux souverains américains (US Treasuries à 2 et 10 ans) se sont sensiblement redressés, semblant finalement peu déprimés par un rapport sur l’emploi pourtant jugé un peu décevant (tout est relatif…). Cette semaine, ils n’ont que faiblement augmenté. En revanche, en réaction à la hausse du prix du pétrole, leurs homologues européens ont malheureusement comblé leur retard. Dans le sillage de l’Euribor 3 Mois et des taux de swap (aussi bien à 2 que 10 ans) en hausse de, respectivement, 9 et 11 points de base (pdb), le taux allemand à 10 ans (Bund) a progressé de 14 pdb : le Bund excède de nouveau 3%. En revanche, les spreads des grands souverains européens (vs Bund) n’ont pas exagérément souffert. Les motifs d’inquiétude ne manquent pourtant pas, notamment en ce qui concerne la France.
Consultez nos articles sur l’actualité économique et géopolitique publiés cette semaine
Allemagne – Le chômage se stabilise dans un marché du travail dégradé
Le taux de chômage allemand s’est stabilisé en juin, à 6,3%, un nouveau pic depuis celui enregistré lors de la pandémie. Néanmoins, l’Allemagne continue d’afficher une performance relativement solide dans la zone euro, avec un taux de chômage inférieur à celui de la France, de l’Italie et de l’Espagne. La baisse du taux de chômage allemand contribue au déclin du taux de chômage de la zone euro, contrairement à la dynamique haussière à l’œuvre en France. L’emploi recule légèrement sur un an (-0,4 % en mai), reflétant un affaiblissement graduel du marché du travail. Le secteur manufacturier, dont le nombre d’emplois continue de diminuer, reste le principal facteur de faiblesse.
Italie – Scénario 2026-2027 : éviter le pire, en attendant mieux
À la lumière des chiffres du premier trimestre, l'année 2026 débute sous de meilleurs auspices. La croissance se montre plus dynamique qu'anticipé, faisant fi d'un mois de mars agité sur le plan international. L'acquis de croissance pour 2026 a été revu à la hausse, et la demande domestique au premier trimestre reste robuste aussi bien du côté de la consommation des ménages que de l'investissement. Face à un environnement géopolitique aussi volatil, se réjouir que le pire n'arrive pas devient la norme.