Les marchés financiers attendaient impatiemment la publication des chiffres de l’emploi américain de janvier, qui avait été décalée de quelques jours en raison d’un shutdown partiel.
Podcast title
Lundi, c'est l'hebdo de L'ÉCO
Chaque semaine les experts de la direction des Études Économiques du Crédit Agricole vous proposent un résumé en 5 minutes des derniers faits marquants de l'économie.
Transcript
Ce sont surtout ses conséquences sur la politique monétaire qui intéressent les investisseurs, à un moment où les arbitrages entre emploi et inflation sont d’autant plus délicats que le politique n’y est pas indifférent. Les créations d’emplois dans le secteur non agricole ont atteint 130 000 au mois de janvier, dépassant nettement les anticipations du consensus qui misait sur 65 000. Le taux de chômage s’est replié à 4,3% contre 4,4% en décembre. Des résultats relativement positifs qui justifient que la Réserve fédérale maintienne inchangés ses taux d’intérêt pendant encore un certain temps.
Par ailleurs, la publication du Bureau of Labour Statistics a également révélé une révision à la baisse très significative des emplois créés durant toute l’année 2025, à l’occasion du réétalonnage annuel de la série : le nombre de créations d’emplois en 2025 a ainsi été abaissé à 181 000 contre 584 000 initialement, traduisant un marché du travail quasi anémique durant l’année. Du côté des pressions inflationnistes, l’indice du coût du travail n’a augmenté que de 0,7% au quatrième trimestre, soit son rythme le plus faible depuis le T3 2020, suggérant un refroidissement progressif du marché du travail. La hausse des prix à la consommation s’est repliée à 2,4% sur un an en janvier contre 2,7% en décembre, un résultat proche des attentes.
Les dernières projections budgétaires de long terme du Congressional Budget Office ont révélé que le déficit américain pourrait se creuser de près de 1 400 milliards de dollars supplémentaires à horizon dix ans, comparativement aux dernières projections datant de janvier 2025. Il pourrait ainsi atteindre 6,7% du PIB en 2036, bien au-dessus de sa moyenne de long terme estimée à 3,8%.
Du côté de la politique monétaire, les propos de plusieurs dirigeants des réserves fédérales régionales convergent pour signaler l’absence d’urgence à réduire le taux directeur, étayant l’hypothèse d’une pause prolongée dans l’assouplissement monétaire entamé l’an dernier. Toutefois, si la nomination de Kevin Warsh comme successeur de Jerome Powell est confirmée en mai prochain, la question d’une reprise de la baisse des taux pourrait se poser de manière plus aigüe.
En Chine, l’indice des prix à la consommation a augmenté de 0,2% sur un an au mois de janvier, en net ralentissement par rapport à décembre (+0,8%). Ce repli s’explique essentiellement par un effet de base et une baisse plus marquée du prix de l’énergie. En parallèle, l’indice des prix à la production a reculé de 1,4% sur un an, après une baisse de 1,9%, confirmant une tendance déflationniste qui continue de peser sur les bénéfices des entreprises industrielles, conséquence de l’insuffisance chronique de demande intérieure.
En Europe, l’Allemagne semble montrer quelques signes, toujours très modestes, des effets de la relance budgétaire. Les déboursements de fonds publics liés au fonds d’infrastructures et à la neutralité climatique ont atteint 37,8 milliards d’euros en janvier, suscitant un regain de commandes industrielles, principalement militaires, tandis que la production industrielle dans son ensemble demeure lestée par le secteur automobile. Lors d’une réunion informelle en Belgique sur la revitalisation de la compétitivité européenne face à la concurrence américaine et chinoise, les dirigeants européens se sont accordés sur l'urgence, mais divergent sur la stratégie. La simplification administrative ou l’utilisation de fonds publics pour investir dans des secteurs prioritaires semblent susciter une assez large adhésion, mais de nombreux désaccords subsistent, notamment sur le recours éventuel à des emprunts communs ou sur l’instauration d’une préférence européenne dans les secteurs stratégiques.
Les marchés actions mondiaux ont évolué en ordre dispersé la semaine dernière, l’Euro Stoxx 50 enregistrant une hausse de 0,2%, tandis que le S&P 500 a perdu 1,4%. Sur les marchés obligataires, les rendements des taux souverains allemand et américain à dix ans ont reculé d’environ 8 points de base. En parallèle, les spreads français, italien et espagnol face au Bund allemand sont restés inchangés. La devise européenne s’est de nouveau appréciée face au dollar (+0,4%). Enfin, le prix du baril de pétrole en mer du Nord a baissé de 0,6%. L’inquiétude liée à un éventuel conflit entre les États-Unis et l’Iran semble moins prégnante sur les marchés. Le département du Trésor américain a, en outre, délivré une licence facilitant l’exploration et la production de pétrole et de gaz au Venezuela, une mesure qui pourrait contribuer à augmenter de près de 20% la production de pétrole brut vénézuélienne selon l’IEA.