Alors qu’aux États-Unis, la semaine dernière avait commencé sous de bons auspices, le sentiment de marché s’est détérioré, en raison notamment d’une nervosité accrue sur le secteur technologique.
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Lundi, c'est l'hebdo de L'ÉCO
Chaque semaine les experts de la direction des Études Économiques du Crédit Agricole vous proposent un résumé en 6 minutes des derniers faits marquants de l'économie.
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Le 30 janvier, les investisseurs semblaient avoir retrouvé une certaine confiance après la nomination de Kevin Warsh par le président Donald Trump, comme prochain président de la Fed, choix considéré comme plus conventionnel que les autres candidats. Par ailleurs, le Congrès est parvenu, le 2 février, à un accord pour mettre fin rapidement au shutdown et financer la grande majorité du gouvernement fédéral jusqu’au 30 septembre, fin de l’année fiscale, à l’exception du Département de la Sécurité intérieure qui ne dispose que d'un budget provisoire de quinze jours. La fermeture du gouvernement n’aura ainsi duré que quatre jours au total. Les enquêtes sur le climat des affaires américain publiées en début de semaine dernière étaient rassurantes. L’ISM manufacturier augmente fortement, à 52,6 contre 47,9 en décembre, de retour donc en territoire d’expansion de l’activité, tandis que l’indice est stable à 53,8 dans les services. Au-delà de l'effet d'anticipation de nouveaux droits de douane éventuels, qui a dopé les commandes, les enquêtes font état d’une activité industrielle progressant sur des rythmes soutenus.
L’annonce surprise de Donald Trump d’un accord avec l’Inde, à moins d’une semaine de l’accord entre l’UE et l’Inde, était une autre bonne nouvelle. Les États-Unis s’engageraient à diminuer les droits de douane « réciproques » sur les produits importés depuis l’Inde à 18%, contre 25% actuellement. En contrepartie, l’Inde aurait promis de supprimer entièrement ses barrières tarifaires et non tarifaires à l’égard des États-Unis, d’arrêter d’acheter du pétrole russe et d’acheter des produits américains pour 500 milliards de dollars, y compris de l’énergie et des produits agricoles. L’accord améliore la situation relative de l’Inde par rapport à ses concurrents asiatiques en termes de droits de douane américains et encouragerait le retour des investisseurs étrangers sur les marchés de capitaux indiens.
Mais les marchés boursiers ont été entraînés à la baisse par d’importantes chutes de valeurs technologiques ; les investisseurs sont inquiets quant aux rendements escomptés des hausses massives d’investissement dans des infrastructures d’intelligence artificielle annoncées par Amazon, Alphabet et Meta. L’aversion au risque s’est muée en panique après que la start-up Anthropic a dévoilé, le mardi 3 février, un outil d’IA capable de remplacer de nombreux logiciels traditionnels, notamment pour le travail juridique et d’analyse de données. Cette annonce semble provoquer un changement radical de perception des impacts de l’IA, qui n’est plus considérée comme un levier de croissance pour l’ensemble des industries technologiques mais comme une menace directe pour des secteurs entiers. La contagion s’est étendue aux développeurs de logiciels en Asie et en Europe et à d’autres industries, telles que le secteur publicitaire européen. Au cours de la semaine écoulée, l’indice S&P 500 se replie de 2% et le Nasdaq Composite de 3,9%. Les indices européens terminent toutefois la semaine dans le vert : le CAC 40 a progressé de 1,4% et l’Euro Stoxx de 0,3%, mais n’échappent pas à la tendance baissière sur les trois derniers jours.
Les indicateurs du marché du travail américain publiés jeudi dernier ont par ailleurs contribué à refroidir le moral des investisseurs. Les demandes hebdomadaires d’allocations chômage ont augmenté plus que prévu, tandis que les offres d’emplois ont atteint leur plus bas niveau depuis plus de cinq ans en décembre. Les anticipations de marché pour les Fed funds se sont légèrement assouplies dans le sillage de ces données. Les rendements des titres souverains américains (Treasuries) se sont très légèrement détendus : -4 points de base pour le taux des UST à 2 ans, à 3,48%, et -3 points de base, à 4,20%, pour les UST à 10 ans. Le dollar a rebondi, les investisseurs dénouant des positions sur des actifs risqués, métaux précieux et cryptomonnaies. La nomination de K. Warsh à la tête de la Fed, a priori moins « dovish » que d’autres candidats, constitue probablement pour les investisseurs une garantie de stabilisation du dollar.
Côté européen, le taux d’inflation annuel de la zone euro a baissé à 1,7% en janvier, contre 2,0% en décembre. Cette baisse est due principalement aux prix de l’énergie qui reculent de 4,1% sur un an, contre une baisse de 1,9% sur un an en décembre. L’inflation sous-jacente reste supérieure à l’objectif de 2% de la BCE à 2,2%, après 2,3% en décembre. L’inflation dans les services demeure élevée à 3,2% mais néanmoins en baisse, tandis que l’inflation des produits alimentaires a progressé à 2,7%. L’inflation des biens industriels hors énergie s’établit à 0,4%.
La Banque centrale européenne a, comme prévu, maintenu jeudi dernier ses taux inchangés pour la cinquième fois consécutive, réaffirmant que l’inflation devrait se stabiliser autour de son objectif et minimisant l’impact de la vigueur de l’euro sur la politique monétaire. La BCE a indiqué surveiller de près le taux de change de l’euro, mais l'appréciation de l’euro depuis décembre est considérée comme marginale et ne devrait pas affecter les prévisions d'inflation sous-jacente. Les projections macroéconomiques de décembre intégraient déjà un euro relativement élevé.
En revanche, la Banque d'Angleterre a créé la surprise sur les marchés, adoptant une communication à la tonalité plus accommodante qu’anticipé à l’issue de sa réunion de politique monétaire de février. Si la BoE a laissé son principal taux directeur inchangé, à 3,75%, la décision a été beaucoup plus serrée que prévu. Les nouvelles prévisions de croissance et d’inflation ont par ailleurs été revues à la baisse et le taux de chômage à la hausse. Sans surprise, la BoE a laissé la porte ouverte à une future réduction des taux, mais le gouverneur, Andrew Bailey, a réaffirmé qu’il souhaitait voir l’inflation dans les services et la croissance des salaires baisser davantage avant de passer à l’acte.