1. La saga des droits de douane est loin d’être achevée
2. Consultez nos articles sur l’actualité économique et géopolitique publiés cette semaine
3. Évolution des marchés
4. Tendances à suivre
En dépit d’un environnement économique instable, la croissance de l’économie américaine, publiée à la fin de la semaine passée, a globalement bien résisté. Si les chiffres du dernier trimestre, affectés par le shutdown, ont déçu et si la croissance moyenne enregistrée en 2025 (2,2%) s’affiche en repli par rapport aux rythmes soutenus de 2024 (2,8%) et 2023 (2,9%), elle n’en reste pas moins décente.
La saga des droits de douane est loin d’être achevée
Tout comme la croissance, l’inflation mesurée selon l’indicateur préféré de la Fed (le prix des dépenses de consommation personnelles, Personal Consumption Expenditures – PCE) a également témoigné d’une belle résistance en s’établissant, sur un an en décembre, à 2,9% (2,8 % en novembre), alors que l’inflation sous-jacente passait de 2,8% également en novembre à 3%. Par ailleurs, les prix à la production ont enregistré en janvier une hausse excédant de nouveau les attentes : la progression au cours du mois (0,5%) porte l’augmentation sur douze mois à 2,9%, alors que la composante core (hors alimentation et énergie) progresse de 0,8%, soit de 3,6% sur un an, en raison de la vigueur du prix des services.
Notre scénario continue de tabler sur une légère accélération de la croissance américaine en 2026 (à 2,5%) en raison, notamment, du soutien budgétaire apporté par le ʺOne Big Beautiful Billʺ et de la vigueur continue de l’investissement, grâce aux dépenses liées à l’IA (sur les bénéfices de laquelle en termes de productivité, on préfère ne pas ouvrir le débat…). Couplée à la résistance anticipée de l’inflation, mais aussi à celle du marché du travail, qui s’effrite plus qu’il ne s’effondre, une telle prévision plaide en faveur de taux directeurs durablement inchangés : la Fed maintiendrait le taux des Fed funds (borne supérieure) à 3,75 % jusqu’à la fin 2026. Ce scénario n’est, évidemment, pas exempt de risques au premier titre desquels continuent de figurer le marché actions, mais aussi les revirements imprévisibles de politique économique, à commencer par ceux des droits de douane : la saga n’est pas achevée.
En effet, vendredi dernier, la Cour suprême a statué sur le recours par l'administration Trump à la loi dite International Emergency Economic Powers Act (IEEPA) utilisée pour imposer des droits de douane sur les importations américaines et l’a jugé illégal. L’annulation porte sur les droits prélevés dans le cadre de l'IEEPA (dont tarifs dits réciproques et droits sur le fentanyl) mais n'impacte pas les tarifs sectoriels (notamment ceux sur l'automobile, l'acier et l'aluminium) qui relèvent d’une autre législation. Le président Trump a réagi en annonçant un tarif uniforme de 10% (susceptible d’être porté à 15%) en vertu de l'article 122 du Trade Act de 1974. Ce dernier permet au président d'imposer des droits de douane allant jusqu'à 15% afin de résorber des déficits externes importants pendant une période allant jusqu'à 150 jours, à l’issue de laquelle leur maintien requiert l’approbation du Congrès. La Cour suprême n’a en revanche pas statué sur le possible remboursement des taxes douanières déjà collectées au titre du IEEPA : le montant pourrait avoisiner près de 180 milliards de dollars (soit 0,6% du PIB de 2025 pour un total de recettes douanières collectées en 2025 de 0,9% du PIB) qui, sous réserve de leur remboursement effectif, s’ajouteraient au déficit budgétaire prévu vers 6% du PIB en 2026.
Dans la zone euro, après 2% en décembre et 2,5% il y a un an, l’inflation sur un an s’est établie à 1,7% en janvier : un résultat qui dissimule de fortes disparités puisqu’au sein des grands pays, à l’inflation modeste enregistrée en France (la plus faible à 0,4%) et en Italie (1%) s’opposent les rythmes plus soutenus de l’Allemagne (2,1%) ou de l’Espagne (2,4%). Alors que la contribution des prix des services à l’inflation se replie, tout en restant la plus élevée (1,45 point de pourcentage, pp), celle des biens industriels non énergétiques (déjà faible) poursuit sa baisse (0,09 pp) ; les prix de l’énergie "soustraient" de l’inflation (avec une contribution négative de près 0,4 pp) alors que le poste alimentation/alcool/tabac contribue à la hausse des prix à hauteur d’un demi-point. L’inflation sous-jacente atteint 2,2%. Selon les données préliminaires juste publiées, l’inflation en France se redresse en février (à 1,1% sur un an), se stabilise en Espagne (vers 2,3%), ralentit légèrement en Allemagne (1,9%) : une première impression d’inflation sage et de rythmes nationaux plus convergents.
Du côté des marchés, l’incertitude globale, que la décision de la Cour suprême américaine puis la riposte présidentielle sont encore venues renforcer, s’est traduite par une hausse du cours de l’or, alors que les tensions entre les États-Unis et l'Iran ont alimenté celle du cours du pétrole : tous deux ont progressé de près de 20% depuis le début de l’année. Sur les marchés actions, le très faible appétit pour le risque a légèrement profité au CAC40, mais aussi aux marchés émergents (mieux vaut ne pas être ʺsurdominéʺ par les valeurs technologiques). Enfin, les obligations des ʺgrands souverainsʺ (États-Unis, Allemagne) profitent du rapatriement des investisseurs vers des actifs sûrs, alors que les spreads des émetteurs dits périphériques de la zone euro ne se tendent que très marginalement. L’euro se maintient à un niveau élevé contre dollar (1,18).
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États-Unis – La croissance a ralenti au quatrième trimestre sur fond de paralysie budgétaire
Le PIB américain a ralenti plus fortement que prévu au quatrième trimestre 2025 à 1,4% en variation trimestrielle annualisée (0,4% non-annualisé) après 4,4% au troisième trimestre. Une chute significative des dépenses de l’État fédéral en lien avec le shutdown du gouvernement en octobre-novembre a pesé sur la croissance du PIB.
France – 2025, année record pour les défaillances, mais aussi pour les créations d’entreprises
Les défaillances d’entreprises ont atteint un nouveau record en 2025, à un peu plus de 68 500 d’après la Banque de France (+3,5% par rapport à 2024). En cumul sur douze mois, elles se sont toutefois stabilisées sur les quatre derniers mois de l’année, ce qui est relativement de bon augure pour 2026.
Au terme d’une campagne de deux mois, les élections législatives anticipées ont donné vainqueur le parti conservateur Bhumjaithai. Elles venaient clôturer une période politique agitée : destitution de la Première ministre en août, puis effondrement de la coalition (PP People’s Party - Bhumjaithai) au pouvoir.