1. SIgnets
1.1 La trêve commerciale ne règle pas les antagonismes profonds
1.2 Sur le plan commercial, une impression de stabilisation...
1.3 … qui ne règle pas les antagonismes profonds
1.4 La bataille de l’IA ne fait que commencer
1.5 La Chine, challenger technologique des États-Unis
1.6 Terres rares et minerais : le verrou chinois
1.7 Financement du modèle : la Chine se met en ordre de marche
1.8 Un problème commun : la dette
1.9 Le système financier, courroie de déploiement du plan quinquennal
1.10 Nouvel ordre mondial : quel modèle suscitera l’adhésion ?
1.11 Dollar contre yuan
1.12 Commerce mondial : qui respecte encore les règles ?
Le début du XXIe siècle est marqué par la rivalité croissante entre une puissance dominante, les États-Unis, et un nouveau rival, la Chine. Depuis 2016, elle s’incarne dans un nombre croissant de domaines : commercial, technologique, monétaire, militaire et énergétique. Chaque camp construit ou protège ses avantages comparatifs et ses positions dominantes afin de conserver ses attributs de puissance et de freiner son rival.
Alors que la Chine avait sous-estimé la durée, l’intensité et l’imprévisibilité de la politique commerciale américaine lors du premier mandat de Donald Trump, elle a montré qu’elle s’était mieux préparée à son retour. L’année 2025 a ainsi été marquée par une position chinoise plus offensive, notamment après le Liberation Day d’avril, lorsque Pékin a menacé d’imposer des contrôles drastiques sur les exportations de terres rares et leur utilisation dans les chaînes de valeur mondiales.
Après la trêve d’un an annoncée à Busan en octobre 2025, la visite de Xi Jinping à Washington, du 23 au 25 septembre derniers, a permis de faire le point sur les dissensions persistantes et les avancées possibles. Pour les deux présidents, l’heure est à la « stabilité stratégique », dont ils ont besoin en interne, comme en externe. Donald Trump fait face aux élections de mi-mandat de novembre et à une économie marquée par l’inflation, tandis que Xi Jinping prépare le Congrès du Parti communiste de 2027, au cours duquel il sollicitera un nouveau mandat, dans un contexte de croissance plus difficile. À l’extérieur, les États-Unis sont déjà engagés dans le Golfe et en Ukraine et ne peuvent se permettre une nouvelle escalade en Asie.
La stabilité stratégique ne repose donc pas sur un désaccord résolu, mais sur la reconnaissance mutuelle que ni Washington ni Pékin ne peuvent, à court terme, imposer leur modèle à l’autre. La Chine y voit un répit pour consolider son autonomie industrielle, financière et technologique ; les États-Unis, un moyen de contenir l’escalade tout en préservant leurs leviers de pression.
CitationEn huit ans, la Chine s’est organisée pour anticiper les bouleversements du commerce mondial et se protéger de nouvelles escalades ou sanctions américaines. Elle a internationalisé ses processus de production en délocalisant les étapes finales, notamment l’assemblage, vers des pays tiers bénéficiant de tarifs plus favorables ou d’accords de libre-échange avec les États-Unis. Le pari chinois est, pour l’instant, pertinent.
Les autorités savent que les États-Unis peinent à mettre en place des règles d’origine capables de mesurer la valeur ajoutée chinoise incorporée dans les produits transitant par des pays tiers, et qu’il n’existe pas d’alternative capable de fournir, à des conditions tarifaires comparables à celles de la Chine, les biens de consommation dont dépendent les ménages américains.