Dette publique : après le choc Covid, la différenciation
Trois profils types
Dette externe : le schéma de 2022 se répète-t-il avec la guerre en Iran ?
L’extension de la dette locale n’a pas supprimé le risque externe
Un panorama de la dette dans les économies émergentes
Les chocs exogènes se multiplient depuis la Covid-19 et font peser un risque sur les dynamiques d’endettement partout dans le monde. Depuis 2019, cette succession de chocs, communs mais non symétriques (pandémie, guerre en Ukraine, hausse des prix des matières premières, resserrement monétaire mondial et appréciation du dollar) a eu des effets hétérogènes selon la structure des économies et des financements.
Dans l’ensemble, la période se caractérise par une nette hausse initiale de la dette publique en 2020, suivie d’une stabilisation partielle des ratios dette/PIB à partir de 2021-2022. Cette amélioration apparente masque toutefois des vulnérabilités persistantes : coût de la dette plus élevé, maturités plus courtes dans certains pays, et, pour les emprunteurs les plus fragiles, accès plus limité aux financements extérieurs.
La dette externe a, de son côté, continué de progresser en valeur dans de nombreux pays, mais le changement majeur depuis 2022 tient moins au niveau des encours qu’à la dégradation des conditions de financement. La remontée des taux américains et européens, le renforcement du dollar et l’aversion au risque des investisseurs ont fait augmenter les spreads souverains et les coûts de refinancement.
Pour les économies dépendantes de ressources en devises (exportations de matières premières, tourisme, envois de fonds ou entrées de capitaux), la soutenabilité de la dette dépend donc davantage de la capacité à générer des recettes externes, à maintenir des réserves de change adéquates, et à préserver la confiance des investisseurs.
Le principal risque à court terme dans les pays émergents n’est pas une crise généralisée, mais plutôt celui d’un accident de refinancement parmi certains souverains considérés comme pays « frontières » par les marchés. Cette segmentation entre grands pays perçus comme plus solides, et souverains frontières plus fragiles, traduit surtout des vulnérabilités nationales – dette publique, inflation, position extérieure, dette en devises, gouvernance, qualité du crédit, etc. Il n’y a donc pas, pour l’instant, une méfiance indiscriminée de la classe d’actifs émergente.
Néanmoins, le nexus souverain-banques et les passifs quasi-publics sont à surveiller, car, dans de nombreux pays, ils prennent le relais du risque externe classique. Pour d’autres, le canal de stress reste plus classiquement le taux de change, l’inflation et les sorties de portefeuille. Et surtout, la configuration actuelle de la double guerre en Iran et en Ukraine est particulièrement défavorable aux importateurs nets d’énergie et/ou de céréales, à régime de change peu flexible. Enfin, les réductions d’aide bilatérale augmentent le besoin de financement des PMA, au moment où les créanciers privés deviennent de plus en plus sélectifs. Le FMI estime qu’environ 15% des pays à faible revenu sont déjà surendettés et 40% à risque élevé.
CitationLa période post-Covid, marquée par un choc sur le prix des matières premières (alimentaires et énergétiques, dans le sillage du début de la guerre en Ukraine) a conduit à une forte hétérogénéité des trajectoires parmi les pays émergents. Les écarts de rythme de reprise de l’activité, d’inflation, de dépréciation du taux de change, l’évolution des recettes fiscales, l’ampleur des subventions et, surtout, le différentiel entre croissance nominale et taux d’intérêt effectif sur la dette ont accentué les divergences entre pays.