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Monde – L'actualité de la semaine
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Monde – L'actualité de la semaine

03 Juillet 2026
 - 
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Publication ECO
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Sofia TOZY
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Sofia
 
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TOZY
Economiste
Sommaire

1. Le pétrole redevient l’arbitre du régime d’inflation

1.1 Sintra a confirmé l'entrée dans une phase de politique monétaire sans trajectoire pré-établie
1.2 La BCE défend sa hausse de juin, la désinflation pointe son nez
1.3 Les marchés restent dans un régime de prix sans ancrage clair des taux

2. Consultez nos articles sur l’actualité économique et géopolitique publiés cette semaine

3. Évolution des marchés

4. Tendances à suivre
 

Le pétrole redevient l’arbitre du régime d’inflation

Body

Le détroit d'Ormuz continue de structurer l'arrière-plan des marchés en ce début juillet, sans qu'un scénario clair de désescalade ne s'impose.

Corps

Les discussions de Doha n'ont pas permis d'avancée tangible sur la sécurisation du détroit, alors que l'Iran aurait accepté l'ouverture d'un canal de communication. Les signaux politiques en provenance de Téhéran sont restés contradictoires, entre un discours officiel excluant toute négociation à ce stade et des propos du président iranien évoquant le respect d'engagements réciproques. Le cours du pétrole a reflété cette absence de direction claire, avec un Brent oscillant autour de 72 dollars en début de semaine, se rapprochant de 70 dollars en milieu de semaine, avant une réouverture ce matin autour de 71,5 dollars, signe d’un marché plus préoccupé par un risque de rupture d’approvisionnement que par une dynamique de prix.

Sintra a confirmé l'entrée dans une phase de politique monétaire sans trajectoire pré-établie

Le principal événement de la semaine reste toutefois la réunion annuelle de Sintra, qui a cristallisé l'état d’esprit actuel des banques centrales face à un environnement dominé par des signaux macroéconomiques contradictoires. Ouvert le 29 juin par Christine Lagarde, la présidente de la Banque centrale européenne (BCE), le forum a réuni le 1er juillet un policy panel impliquant notamment la Fed, la Banque d'Angleterre et la Banque du Canada. Le tout nouveau président de la Fed, Kevin Warsh, y a livré un exercice d'équilibriste assez classique du genre : les risques sur l'inflation seraient en repli depuis quatre semaines, mais la Fed continuerait de refuser tout guidage prospectif, réaffirmant dans le même temps son attachement à la stabilité des prix et son indépendance vis-à-vis de l'exécutif.

Sans adopter une tonalité clairement accommodante ni franchement restrictive, il ménage les deux interprétations : celle d’un camp qui anticipe de nouvelles hausses de taux comme celle de son opposé, favorable à davantage d’assouplissement. Cette position illustre ce que l'on peut retenir de l’édition Sintra 2026 : les banques centrales évoluent désormais sans trajectoire de taux définie à l’avance, s'appuyant sur les données au jour le jour, dans un contexte où inflation et activité continuent d’envoyer des signaux divergents.

Les données sur l’emploi américain ont par ailleurs donné raison à la prudence de Kevin Warsh. Le rapport sur l'emploi de juin a déçu, avec 57000 créations nettes, loin des 110 000 attendus par le consensus. Il a été assorti de révisions cumulées de 74 000 emplois en moins sur les mois d'avril et mai. Si le taux de chômage, à 4,2%, affiche certes son plus bas niveau depuis juin 2025, cette embellie doit presque tout au repli du taux de participation. Ce dernier est retombé à 61,5%, contre 61,8% en mai, son plus faible niveau depuis 5 ans. Quant au salaire horaire moyen, il augmente de 3,5% sur un an, ce qui reste inférieur à l'inflation, d'où un recul du salaire réel des ménages.

À cette incertitude sur le plan de l'activité, s'ajoute une dimension institutionnelle qui complexifie la lecture de la politique monétaire. Les doutes quant à l'indépendance de la Fed ne semblent pas être levés après les deux décisions de la Cour suprême ; au contraire, l’une vient nuancer la portée de l’autre. Le feuilleton de l'affaire Lisa Cook connaît, cette semaine, un nouvel épisode plutôt qu'un dénouement : la Cour a certes bloqué sa révocation, à une majorité étroite, mais la décision rendue dans Trump v. Cook repose davantage sur des enjeux procéduraux liés aux protections institutionnelles que sur l'indépendance réelle de l'institution. Elle laisse entrevoir la possibilité d'une nouvelle tentative en bonne et due forme. Parallèlement, dans Trump v. Slaughter, la Cour élargit les prérogatives du président qui a, désormais, un droit de révocation sur certaines agences indépendantes exerçant des fonctions exécutives.

La BCE défend sa hausse de juin, la désinflation pointe son nez

Parallèlement, l'estimation flash de l'inflation en zone euro pour juin s'est révélée nettement plus favorable qu'attendu. L'inflation totale passe ainsi à 2,8%, contre 3,2% en mai, soit 20 points de base sous le consensus de 3,0%, tandis que la hausse de l’indice sous-jacent recule à 2,4%, contre 2,6%. L'Allemagne et la France contribuent à cette modération, avec des chiffres inférieurs aux attentes, en raison principalement du ralentissement des prix énergétiques. Le ralentissement de l'indice reste plus contenu en Italie, encore pénalisée par son mix énergétique, avec une inflation à 3,1%, sa composante énergie continuant d'accélérer. L'inflation en en Espagne est stable à 3,6%, avec un effet technique lié à la disparition d'un soutien fiscal sur l'énergie. Ce profil suggère moins une convergence désinflationniste qu'une recomposition des pressions inflationnistes par pays et par composante.

La Fed n'est pas la seule à naviguer à vue. À Sintra, Christine Lagarde confirme le pilotage réunion par réunion, qui s'appuie sur les remontées des données, ce qu'elle décrit comme une logique de « framework guidance » qui tend à se substituer à la « forward guidance » traditionnelle. Elle a, par ailleurs, défendu sans ambiguïté la hausse de taux décidée en juin, en rejetant explicitement l'idée d'une simple mesure assurantielle Selon les scénarios internes, un statu quo aurait maintenu l'inflation au-dessus de 2% à l’horizon 2027 et 2028, ce qui justifiait dans la grille de lecture de l'institution, une réponse monétaire plus active. Cette logique s'inscrit dans une évolution plus large : la politique monétaire européenne n'est plus guidée par un cycle, mais par une gestion de scénarios conditionnels, intégrant notamment des hypothèses sur les prix de l'énergie et les tensions géopolitiques, dont celles liées à Ormuz.

En zone euro, dans ce contexte d’incertitude, les taux souverains ont terminé la semaine en hausse, le Bund à 10 ans progressant de 7 points de base et les swaps à 10 ans de 6 points de base, sans que l'on puisse trancher si ce mouvement reflète la teneur du message de Sintra ou une simple contagion du mouvement américain. Les spreads périphériques s'écartent légèrement, avec une dynamique plus marquée sur l'Italie, tandis que la France et l'Espagne restent plus contenues.

Les marchés restent dans un régime de prix sans ancrage clair des taux

Aux États-Unis, la hausse des rendements semble paradoxale. Malgré un chiffre de l'emploi décevant, les taux à 10 ans progressent de 12 points de base à 4,49%, tandis que le taux 2 ans monte de 9 points de base à 4,18%. Ce mouvement haussier s’explique surtout par la dynamique observée en début de semaine, alimentée par les craintes d’un resserrement monétaire, que la déception suscitée par le rapport sur l’emploi n’a pas suffi à enrayer. En dépit des craintes de resserrement monétaire américain, le dollar s’est, en revanche, légèrement replié en fin de semaine : euro et yen s’apprécient tous deux d'environ 0,6% contre dollar.

En Asie, la dynamique est plus contrastée. Les indices actions sud-coréens et japonais ont fortement reculé, sur fond de rapports concernant Meta et OpenAI qui ont ravivé les doutes sur le rythme de la demande de puces. Parallèlement, les indicateurs chinois montrent une amélioration cyclique modérée. Le PMI manufacturier remonte à 50,3, soutenu par les nouvelles commandes et les exportations, mais dévoile un marché du travail encore sous pression. L'indice confirme une amélioration globale de l'activité, mais avec des divergences persistantes entre secteurs et entre tailles d'entreprises.

Le S&P 500 progresse de 1,8% sur la semaine, soutenu en début de période par des ajustements de portefeuille et une dispersion sectorielle entre les secteurs portée la relative détente des anticipations d’inflation et un secteur technologique toujours porteur. En Europe, l'Euro Stoxx 50 gagne 2,5%, mais ce chiffre global masque des écarts marqués d'un secteur à l'autre.

Consultez nos articles sur l’actualité économique et géopolitique publiés cette semaine

Corps

Allemagne – Inflation : léger repli en mai porté par l’énergie, à rebours de l’évolution en zone euro

Les prix à la consommation ont ralenti en mai à 2,6% en glissement annuel, principalement sous l’effet de la décélération des prix de l’énergie, après un pic à 2,9% en avril. La légère baisse de l’inflation est portée par la baisse des prix des carburants (-7,1% sur le mois), sous l’effet des mesures fiscales temporaires. L’inflation allemande s’est ainsi établie parmi les plus faibles de la zone euro en mai (2,7%), inférieure à celle des autres grandes économies. 

Indonésie – Reclassée ou déclassée ?

L’Indonésie demeure sous surveillance après la décision de MSCI de repousser à novembre son éventuel reclassement du pays du statut de marché émergent vers celui de marché frontière. Si ce report offre un répit aux autorités, il ne dissipe pas les inquiétudes des investisseurs concernant la transparence du marché boursier, la concentration du capital entre grands conglomérats et acteurs publics, ainsi que la faiblesse du flottant de plusieurs grandes entreprises cotées. Au-delà de l’enjeu technique lié aux indices boursiers, cet épisode met en lumière une dégradation plus large de la gouvernance macro-financière indonésienne.

Monde – Scénario 2026-2027 : un scénario de nouveau hautement conditionnel

Il faut tout d’abord émettre des hypothèses sur le conflit dans le golfe persique qui, elles-mêmes, façonnent le scénario de prix de l’énergie qui, à son tour, irrigue les prévisions d’inflation ; puis il faut se prononcer sur d’éventuels effets de second tour et, enfin, tracer des profils de croissance. 

France – Scénario 2026-2027 : la croissance en reflux, dans l’attente d’un réchauffement de la demande intérieure

L’activité s’est légèrement contractée au premier trimestre, alors même que les effets de la guerre au Moyen-Orient ne se manifesteront qu’à partir du deuxième trimestre. L’activité ne devrait progresser que faiblement dans les prochains trimestres, et la croissance diminuerait ainsi à 0,6% en 2026 (après 0,9% en 2025), pénalisée par l’atonie de la demande intérieure privée dans un contexte de regain d’inflation et de forte incertitude. L’activité accélèrerait progressivement en 2027, grâce au rebond de la consommation des ménages et de l’investissement privé, mais celui-ci resterait timide, et la croissance n’attendrait que 0,8%. L’inflation culminerait à 1,8% en moyenne annuelle en 2026, puis diminuerait à 1,5% en 2027 au sens de l’indice des prix à la consommation. Le taux de chômage devrait légèrement progresser en 2026, avant de se stabiliser en 2027.

Espagne – Scénario 2026-2027 : une demande interne solide dans un environnement mondial dégradé

L’économie espagnole continue d’afficher une croissance relativement robuste au premier semestre 2026, soutenue par la consommation privée, l’investissement et le dynamisme des services. Toutefois, le conflit entre les États-Unis et l’Iran altère progressivement l’environnement macroéconomique, sous l’effet de la hausse des prix de l’énergie, du ralentissement du commerce mondial et du durcissement des conditions financières. Dans ce contexte, la demande interne demeure le principal moteur de l’activité, s’appuyant sur un marché du travail encore solide, un niveau d’épargne élevé et des mesures budgétaires destinées à amortir le choc inflationniste. Les exportations de services continuent également de jouer un rôle stabilisateur, notamment grâce au tourisme et aux activités numériques. Malgré ces facteurs de soutien, l’activité devrait progressivement ralentir dans les prochains trimestres, tandis que l’inflation resterait durablement plus élevée qu’anticipé en début d’année.

Royaume-Uni – Scénario 2026-2027 : l’économie en passe de ralentir sous le poids des prix de l’énergie et de l’incertitude

L’année avait plutôt bien démarré pour l’économie britannique, avec un rebond du PIB de 0,6% sur le premier trimestre, plus fort que prévu, qui nous conduit à réviser à la hausse notre prévision de croissance moyenne annuelle pour 2026 de +0,3 point de pourcentage (pp) à 1,1%. En revanche, nous anticipons un ralentissement sur le reste de l’année, sur fond d’accélération anticipée de l’inflation et de taux d’intérêt toujours élevés, en partie liés à l’incertitude politique domestique après la démission de Keir Starmer du poste de Premier ministre. 

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