1. Qui détient la dette fédérale américaine ?
2. Dynamique récente des achats nets de titres américains par les non-résidents
3. Exposition aux titres publics américains d’une sélection de pays
La dette souveraine américaine traverse une réelle crise : les taux à long terme ont atteint leurs plus hauts niveaux depuis près de deux décennies.
CitationLa valeur du stock de Treasuries détenus par les non-résidents a enregistré une hausse de plus de 50% sur la dernière décennie. En revanche, leur part s’inscrit sur une tendance baissière, passant de plus de 50% fin 2008 à environ 30% en 2023, et est restée proche de ce niveau depuis.
Synthèse
Les récentes opérations du Trésor américain – notamment le triplement des rachats de titres longs à 6 milliards de dollars – suggèrent une inquiétude croissante face à cette envolée des taux longs. Plus significatif encore, les États-Unis ont mené une intervention conjointe exceptionnelle avec le Japon pour soutenir le yen et éviter que Tokyo ne liquide massivement ses Treasuries pour financer sa propre intervention. Il s'agissait de la première intervention bilatérale de cette nature depuis 1998.
Ces tensions sur les taux souverains américains témoignent d’une érosion de la confiance dans les Treasuries en tant qu’actifs sûrs et liquides, ainsi que dans la stabilité à long terme du dollar. Les facteurs sont multiples : santé budgétaire dégradée, politique incertaine vis-à-vis des créanciers étrangers (cf. les propositions d’aménagements de la dette dans la « doctrine de Miran »), inflation durablement élevée et attaques sur l’indépendance de la Réserve fédérale, politique protectionniste agressive, instrumentalisation du dollar dans le cadre des sanctions américaines.
Dans cette note, nous examinons la structure de détention de la dette fédérale américaine et son évolution à partir des dernières données disponibles du département du Trésor américain (Treasury International Capital) à fin juin 2026. L'analyse se déploie en trois volets : (i) la composition de la détention par résidents/non-résidents, investisseurs privés/officiels, pays et secteurs économiques ; (ii) la dynamique récente des flux nets de Treasuries auprès des investisseurs non-résidents ; (iii) l'évolution des mouvements nets des non-résidents dans les titres d'entreprises américaines (actions et obligations).
Les investisseurs étrangers continuent d’accumuler de la dette fédérale américaine, mais à des rythmes moins soutenus que les investisseurs résidents. Cette relative perte d’appétit est toutefois le fait des institutions officielles, vendeuses nettes de Treasuries sur l’année passée. Leur part dans le stock de Treasuries négociables est désormais proche de 10%. Les investisseurs privés non-résidents continuent d’accumuler des Treasuries, certes à un rythme en baisse. Lorsqu'on analyse la répartition par pays, on constate sans surprise que la Chine mène la dynamique de désengagement avec des cessions nettes significatives. Elle est suivie par le Japon, le Brésil, l'Inde et, plus récemment, la zone euro.
À l’inverse, les investissements en titres privés américains connaissent une trajectoire radicalement différente. Les acquisitions nettes d'actions américaines par les non-résidents ont fortement progressé en 2025 et se sont accélérées en 2026. Fait remarquable : selon les données du Département du Trésor américain, la Chine figure désormais parmi les acheteurs nets d'actions et d'obligations privées américaines.