1. Une révision des hypothèses pour intégrer les dernières tendances démographiques
2. Scénario central : une population en hausse d’ici 2037, puis en baisse jusqu’en 2070
3. Des scénarios alternatifs qui permettent de tenir compte de l’incertitude
Le 8 juin, l’Insee a mis à jour ses projections démographiques pour la France à l’horizon 2070. La publication intervient près de cinq ans après le dernier exercice et sert notamment de nouvelle base aux projections du Conseil d’orientation des retraites dans son rapport annuel.
Dans le nouveau scénario central, les hypothèses de taux de fécondité et d’espérance de vie à la naissance ont été revues à la baisse, tandis que celle sur le solde migratoire l’a été à la hausse.
La population française pourrait compter 65,9 millions d’habitants en 2070, après avoir atteint un maximum de 69,8 millions d’habitants en 2037.
En encadré, nous évaluons les conséquences de ces nouvelles projections pour l’économie française et mettons également à jour nos estimations des montants de patrimoine transmis d’ici à 2040, au cours de la Grande Transmission.
Une révision des hypothèses pour intégrer les dernières tendances démographiques
La méthode dite « des composantes »
Les projections de population reposent sur la méthode des composantes. Celle-ci consiste à estimer, année après année, par sexe, à partir de projections sur les naissances, les décès par âge et le solde migratoire (différence entre les personnes entrées et les personnes sorties du territoire). La population de départ (1er janvier 2023) correspond aux estimations officielles aux statistiques de l'état civil. Le nombre d'habitants est ensuite projeté chaque 1er janvier jusqu'à 2070, en fonction du solde naturel (différence entre les naissances et les décès) et du solde migratoire, qui définissent l’évolution de la population.
Les projections sont sensibles à trois paramètres : le taux conjoncturel de fécondité (probabilité pour une femme en âge de procréer d’avoir un enfant dans l’année) pour les naissances, l’espérance de vie pour les décès et le solde migratoire lui-même, qui est constant sur l’ensemble de l’horizon de projection. Les hypothèses retenues sur ces trois variables ont un impact crucial sur les projections démographiques et peuvent faire l’objet de débats.
Les nouvelles hypothèses des scénarios démographiques
Compte tenu de l’incertitude, plusieurs scénarios sont développés autour du scénario central afin de prendre en compte différentes options dans l’évolution de long terme de ces paramètres. Pour chacune de ces variables, une hypothèse haute, centrale et basse est envisagée. En combinant ces différentes hypothèses, vingt-sept scénarios sont ainsi produits.
Tous les cinq ans environ, l’Insee actualise ses projections de population en ajustant ses hypothèses en fonction des nouvelles tendances démographiques observées et des dernières estimations de populations disponibles.
La mise à jour des hypothèses sur les paramètres démographiques constitue un enjeu particulièrement important. Ces scénarios sont utilisés notamment par le Conseil d’orientation des retraites, dans le cadre de ses travaux sur les perspectives à moyen et long terme du système de retraite français.
Une révision des hypothèses du scénario central
Dans le cadre du nouvel exercice, en plus des points observés entre temps, les hypothèses du scénario central ont été mises à jour par l’Insee :
- l’indicateur conjoncturel de fécondité (ICF)[1] a été révisé à la baisse : il diminuerait progressivement pour atteindre 1,45 enfant par femme à partir de 2028, contre 1,8 auparavant, pour intégrer la récente baisse de la natalité (l’ICF a en effet nettement diminué depuis 2021, passant de 1,82 à 1,56 en 2025) ;
- l’espérance de vie à la naissance a été légèrement revue à la baisse, à la fois pour les femmes (89,5 ans en 2070 soit +3,6 ans par rapport à 2025, contre 90 ans auparavant) et pour les hommes (86,7 ans en 2070 soit +6,4 ans par rapport à 2025, contre 87,5 ans auparavant).
- le solde migratoire a été fixé à 150 000 par an à partir de 2026, alors qu’il était attendu à 70 000 par an dans l’exercice précédent. Cette hypothèse est plus cohérente avec les derniers niveaux observés (celui pour 2025 étant estimé à 176 000).
La révision de ces trois hypothèses (indice conjoncturel de fécondité, espérance de vie à la naissance et solde migratoire) a des conséquences sur le taux de décès des adultes. Entre 2026 et 2050, le taux de décès des adultes est assez proche dans le scénario central de 2026 et dans celui de 2021. Après 2050 néanmoins, les taux de décès des adultes divergent, avec un taux de décès plus élevé dans les nouvelles projections. Cela s’explique par le poids moindre des 18-60 ans dans le nouveau scénario central, le taux de fécondité étant moins élevé.
Scénario central : une population en hausse d’ici 2037, puis en baisse jusqu’en 2070
65,9 millions d’habitants en France à l’horizon 2070
Dans le scénario démographique central de l’Insee, la France compterait 65,9 millions d’habitants en 2070 : 33,3 millions de femmes et 32,6 millions d’hommes. Alors que les femmes représentent 51,4% de la population française en 2026, cette part devrait baisser en 2070, pour atteindre 50,5%. Cela s’explique par la hausse de l’espérance de vie plus importante pour les hommes.
La population française atteindrait un maximum en 2037, avec 69,8 millions d’habitants. Compte tenu de la faible dynamique des naissances, la population devrait continuellement décroître après cette année-là, le solde migratoire ne permettant plus de compenser le solde naturel (ce dernier étant en effet négatif dès 2025, puis il diminuerait sur l’ensemble de l’horizon de projection).
Une dégradation continue du ratio de dépendance démographique à l’horizon 2070
La combinaison de la baisse de la fécondité et de la progression de l’espérance de vie en projection conduirait inévitablement au vieillissement de la population française. Dans le scénario central de l’Insee, la part des 20-64 ans – qui correspond en grande partie aux actifs[2] – devrait légèrement décroître, passant de 55,3% en 2026 à 54,8% en 2040, puis 54% en 2050 et enfin 51,7% en 2070. Au contraire, la part des 65 ans et plus progresserait fortement, atteignant 32% en 2070, contre 22,2% en 2026. Ce déséquilibre s’accentuerait d’autant plus que la part des moins de 19 ans poursuivrait sa décrue : de 22,5% en 2026, elle atteindrait 16,3% en 2070.
En conséquence, le ratio de dépendance démographique, qui mesure le nombre de personnes de 65 ans ou plus (majoritairement retraitées) pour 100 personnes de 20 à 64 ans (majoritairement des actifs), se dégraderait. Alors qu’il est de 40,1% en 2026, il s’établirait à 48,6% en 2040, 51,9% en 2050 et 61,9% en 2070. Compte tenu de la révision à la baisse du taux de fécondité, et malgré la révision à la baisse de l’espérance de vie, le ratio de dépendance nouvellement projeté par l’Insee augmenterait plus nettement que dans l’ancien scénario dès 2050.
Des scénarios alternatifs qui permettent de tenir compte de l’incertitude
Un vieillissement de la population certain
Les scénarios alternatifs proposés par l’Insee, sur la base des différentes hypothèses (haute, centrale et basse) déjà discutées pour chacun des paramètres exogènes, ne démentent pas un vieillissement marqué de la population française à l’horizon 2070. Toutefois, les scénarios « hauts » conduisent à une population plus élevée en 2070 que dans le scénario central, et la baisse de la population, amorcée dès 2037 dans le scénario central, arriverait plus tard (scénario d’espérance de vie haute, scénario de fécondité haute, scénario de solde migratoire haut). Dans le scénario de population haute (combinant des hypothèses hautes sur les trois paramètres à la fois), la population augmenterait même continuellement d’ici 2070, pour atteindre plus de 78 millions d’habitants. En revanche, dans les scénarios « bas », la population diminuerait plus rapidement et serait plus faible que dans le scénario central en 2070. Dans le scénario de population basse (combinant des hypothèses basses à la fois sur la fécondité, le solde migratoire et l’espérance de vie), la population pourrait même décroître dès 2028, et chuter à moins de 55 millions d’habitants en 2070.
Globalement, la projection démographique est plus sensible aux hypothèses sur la fécondité et le solde migratoire qu’à celles sur l’espérance de vie.
[1] L’ICF est différent du taux de fécondité : il est la somme des taux de fécondité par âge observés une année donnée, et représente donc le nombre moyen d'enfants que mettrait au monde une femme si elle connaissait, durant toute sa vie féconde, les conditions de fécondité observées cette année-là (analogie avec l’espérance de vie).
[2] Dans les projections de population réalisées en 2026, la population active correspond aux 20-64 ans. D’autres approches existent : le Bureau international du travail prend en compte les 15-64 ans pour la population active.
Quel impact pour les prévisions macroéconomiques ?
Les projections de population ont des implications socio-économiques importantes (financement du système de retraite, de la dépendance, des dépenses de santé, etc.). Pour les prévisions macroéconomiques, elles sont cruciales à long terme pour déterminer le niveau du PIB potentiel, et donc la croissance potentielle. En effet, les projections démographiques donnent le niveau de la population en âge de travailler (15-64 ans), qui détermine à taux d’activité donné la population active (population en emploi ou au chômage), et donc la main d’œuvre disponible pour travailler. Le PIB potentiel est défini par le stock de capital, le niveau de l’emploi et la productivité totale des facteurs de production.
Les précédentes projections de population induisaient déjà une révision à la baisse des prévisions de population active en 2022 dans le scénario central, par rapport à la version de 2017, en raison d’une révision à la baisse de la population en âge de travailler (15-64 ans) dans les projections de population de 2021, alors que les comportements d’activité avaient été peu révisés. En effet, elles tablaient sur une croissance de la population active jusqu’en 2039 (à 30,5 millions), puis une diminution ensuite à l’horizon 2070 (à 29,2 millions), alors que dans les projections de 2017, la population active croissait chaque année, jusqu’à atteindre 32,4 millions en 2070. Toutefois, l’Insee avait apporté des révisions à ses projections de population active de 2022 en 2023, pour tenir compte de l’impact de la réforme des retraites de 2023 (actuellement suspendue depuis fin 2025 et jusqu’en 2028), qui induisait une révision des comportements d’activité pour les personnes de plus de 55 ans. Les projections de population active à horizon 2070 avaient ainsi été réhaussées de 600 000 personnes (dont 40 000 provenant de la hausse des jeunes actifs, du fait de la hausse du nombre d’alternants), à 29,8 millions. Le pic de population active aurait ainsi été observé en 2036 (à 31,2 millions), et l’essentiel de la révision était visible dès 2030, ce qui serait un peu retardé aujourd’hui si on tenait compte de la suspension de la réforme.
L’Insee ne fournit pas à ce stade de nouvelles projections de population active, ce qui devrait suivre dans les mois à venir, mais nous pouvons déjà commenter la révision des projections de population en âge de travailler (15-64 ans), qui devrait influer fortement sur la population active (toutes choses égales par ailleurs, c’est-à-dire sauf si les comportements de participation au marché du travail sont fortement révisés). Tout d’abord, depuis les précédentes projections de 2021, la population âgée de 15 à 64 ans s’est révélée plus élevée qu’anticipé sur les années observées (+745 000 personnes en 2023), du fait d’un solde migratoire plus important. Sur l’horizon de projection, la population âgée de 15 à 64 ans est révisée à la hausse jusqu’en 2061, puis l’écart s’inverse car l’effet de la révision à la baisse sur la fécondité l’emporte alors sur la révision à la hausse du solde migratoire. La population en âge de travailler est ainsi révisée à la baisse entre 2062 et 2070, pour atteindre 37,2 millions à horizon 2070, soit 1,1 million de moins que dans la projection de 2021 (-3%). L’écart à la hausse est le plus important en 2040 (+1,9 million, soit +4,8%, à 42,0 millions). Ainsi, nous pouvons nous attendre à une population active finalement un peu plus nombreuse d’ici 2061, avec un impact légèrement haussier sur le niveau du PIB potentiel (encore une fois, toutes choses égales par ailleurs), effet qui s’inverserait à partir de 2062.
Un impact limité sur les estimations de patrimoine transmis à horizon 2040
Un impact limité sur les estimations de patrimoine transmis à horizon 2040
Les montants transmis () à horizon 2040 ont été estimés une première fois en mars 2026[1] à partir du patrimoine économique des ménages (), du taux de mortalité des adultes (), d’un ratio de richesse relative des décédés par rapport aux vivants () et d’un ratio des donations déclarées sur les successions déclarées . Le montant transmis est donné par :
w_t=d_t*W_(t-1)*μ*(1+υ)
Avec la publication des nouvelles projections démographiques de l’Insee, nous actualisons nos calculs suivant le nouveau scénario central. La révision à la hausse des hypothèses sur le solde migratoire (150 000 par an désormais, contre 70 000 par an dans le scénario central de 2021) conduit à une très légère baisse du taux de mortalité des adultes à horizon 2040, par rapport au scénario précédent.
Les montants effectivement transmis entre 2025 et 2040 sont légèrement réestimés à la baisse : ils s’établiraient à 8 020 Mds€, contre 8 120 Mds€ auparavant. Les droits de succession collectés par l’État diminueraient très légèrement, en passant de 473 Mds€ à 467 Mds€ sur la période, ce qui n’a pas d’impact sur leur poids dans les recettes de l’État.
[1] Pour plus de détails sur la méthodologie utilisées, voir la partie « Méthodologie d’estimation des flux transmis » dans « La Grande Transmission – Une méthodologie pour estimer les montants transférés à l’horizon 2050 », mars 2026