Les investisseurs anticipaient une année 2026 plus calme que 2025, tablant sur l’idée que les risques liés aux politiques de la Maison Blanche seraient en grande partie derrière nous. À la mi-janvier, force est de constater que les risques géopolitiques sont revenus en force au premier plan de l’actualité et sont susceptibles d’entraver la reprise mondiale et le recul de l’inflation.
Lundi, c'est l'hebdo de L'ÉCO" : chaque semaine les experts de la direction des Études Économiques du Crédit Agricole vous proposent un résumé en 6 minutes des derniers faits marquants de l'économie.
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Après son opération spectaculaire au Venezuela, l’administration américaine déclare considérer « toutes les options » pour mettre la main sur le Groenland, n’excluant pas là aussi une intervention militaire. Au Moyen-Orient, les États-Unis n’ont finalement pas mené d’opération militaire contre l’Iran, mais D. Trump laisse toujours planer la menace d’une intervention.
Sur le front des développements économiques, les dernières nouvelles n’ont pas permis de dissiper l’incertitude concernant l’orientation future de la politique monétaire de la Fed : le marché du travail a clairement ralenti, mais demeure néanmoins proche du plein emploi, tandis que l’inflation des prix à la consommation demeure supérieure à la cible tout en recélant des forces désinflationnistes.
La Fed est confrontée à un dilemme face à son double mandat de plein emploi et de stabilité des prix. Le rapport sur l’emploi américain du mois de décembre dresse le bilan d’une année 2025 la moins dynamique depuis la pandémie, avec des pertes d’emplois quasi généralisées dans le privé, à l’exception des secteurs de la restauration, de la santé et du social, qui concentrent les créations d’emplois, mais qui montrent déjà des signes d’essoufflement. Sur le mois de décembre, les créations d'emplois non agricoles sont ressorties inférieures aux anticipations (50 000 contre 70 000 pour le consensus) et ont été révisées à la baisse sur les deux mois précédents. En même temps, le taux de chômage baisse à 4,4% en décembre, contre 4,5% en novembre, et les salaires horaires accélèrent (à 3,8% contre 3,6% le mois précédent). La baisse de la population active, en grande partie due à la politique d’immigration restrictive de la Maison Blanche, permet en effet de maintenir le marché du travail à l’équilibre entre l’offre et la demande de main-d’œuvre, malgré un taux d’embauche très bas. Cet équilibre est toutefois fragile : le taux d’embauche et le nombre de postes à pourvoir dans le secteur privé sont faibles, les incertitudes géopolitiques, la hausse des coûts de production et le développement de l’usage de l’IA pèsent en effet sur les projets de recrutement des entreprises. Le taux de participation sera une variable clé dans les prochains mois : s’il poursuit sa baisse, il pourrait donner, à tort, l’illusion d’un marché du travail au plein emploi, ce qui impliquerait le risque d’une politique monétaire trop restrictive ; a contrario, un rebond du taux de participation pourrait pousser le taux de chômage vers le haut et pourrait dans ce cas conduire à des baisses de taux précipitées par la Fed.
Les chiffres d’inflation des prix à la consommation ont également révélé des éléments de faiblesse. L’indice CPI a progressé de 2,7% sur un an en décembre, en ligne avec les prévisions, tandis que l’indice sous-jacent (hors énergie et alimentation) est ressorti moins élevé que prévu, progressant de 2,6% sur un an. Dans les services, le manque de dynamisme est apparent : une hausse de 0,3% sur le mois, à première vue solide, est tirée exclusivement par les tarifs aériens et les prix dans les hôtels, deux composantes très erratiques. Concernant les secteurs des biens core, les prix sont restés stables sur le mois, surprenant largement à la baisse.
Les craintes autour de l’indépendance de la Fed ont repris de plus belle après que le président de la Fed, Jerome Powell, et l’institution ont reçu vendredi 9 janvier des assignations à comparaître devant un grand jury dans le cadre d’une enquête du Department of Justice sur les coûts de rénovation de la Fed, plus élevés qu’anticipé. Dans une allocution exceptionnelle le dimanche 11 janvier, J. Powell a dévoilé ces assignations tout en dénonçant l’enquête, qu’il accuse d’être un prétexte pour influer sur la politique monétaire de la Fed.
En Europe, les indices PMI de décembre demeurent en ligne avec une croissance autour de 0,2-0,3% pour le quatrième trimestre. En Allemagne, la production industrielle a surpris positivement en novembre (+0,8% sur le mois), grâce au secteur automobile. Les commandes industrielles s’inscrivent en forte hausse (+5,6% sur le mois), tirées par les commandes en gros. Celles-ci comprennent les métaux ouvrés et autres équipements de transport (donc probablement militaires). Le gouvernement mettant actuellement l’accent sur l’augmentation des dépenses militaires, cette dynamique devrait s'inscrire dans la durée.
Au cours de la semaine écoulée, l’indice S&P 500 s’est légèrement replié (-0,3%). Si l’évolution conjoncturelle américaine soulève des doutes autour des scénarios les plus optimistes, l’appétit pour le risque semble avoir été surtout impacté par les résultats en demi-teinte des grandes banques américaines pour le quatrième trimestre et pour l’exercice 2025. Toutefois, la publication de résultats record par TSMC, principal fabricant de semi-conducteurs, a permis aux marchés actions de se redresser en fin de semaine. Les taux des obligations souveraines américaines sont relativement stables sur la semaine, tout comme les taux européens. Les primes de risque européennes sont également globalement stables. Le dollar semble retrouver son rôle de valeur refuge, s’appréciant légèrement contre l’euro et le yen, en dépit des menaces persistantes de D. Trump à l’égard de la Fed et des chiffres d’inflation légèrement plus faibles que prévu. Cette semaine, c’est une fois de plus l’or, ultime valeur refuge, qui a battu des records, profitant de l’incertitude géopolitique.