1. Géopolitique et inflation : les marchés en quête de visibilité
2. La devise européenne s’affirme peu à peu sur l’échiquier international
3. Consultez nos articles sur l’actualité économique et géopolitique publiés cette semaine
4. Évolution des marchés
5. Tendances à suivre
Géopolitique et inflation : les marchés en quête de visibilité
De nouvelles tensions sont apparues au Moyen-Orient après la reprise de frappes sporadiques entre les États-Unis et l’Iran, rompant une trêve de deux mois, sans que l’on puisse réellement déterminer si elles sont le prélude à une intensification du conflit, à un processus de négociations ou à un enlisement prolongé.
Ces dernières heures ont vu resurgir l’espoir d’un accord de paix imminent, selon les déclarations du président américain Donald Trump, une éventualité qui reste toutefois à confirmer (les annonces présidentielles n’étant pas toujours suivies des faits…). Ces événements géopolitiques ont été particulièrement scrutés par les marchés financiers, en quête de lisibilité sur l’évolution du prix du pétrole, l’inflation et, in fine, la croissance mondiale. Par ailleurs, le président nord-coréen, Kim Jong-Un, a accueilli le président Xi Jinping à Pyongyang pour un sommet de deux jours visant à renforcer les relations entre les deux pays en matière de liens commerciaux et militaires.
Les conséquences du conflit au Moyen-Orient se font progressivement sentir sur l’économie américaine. L’indice des prix à la consommation a ainsi progressé de 4,2% sur un an au mois de mai, soit la plus forte progression annuelle depuis avril 2023, après 3,8% en avril. Cette hausse de l’inflation est évidemment tirée par celle des prix de l’énergie (contribution à hauteur de +1,5 point de pourcentage) ; l’indice sous-jacent (hors énergie et alimentation) a enregistré une hausse plus modérée, de 2,9% en mai après 2,8%. Cette relative stabilité de l’inflation sous-jacente plaide pour un maintien des taux d’intérêt par la Fed lors de sa réunion de politique monétaire la semaine prochaine. Néanmoins, le développement rapide des investissements dans l’IA et la flambée des prix de l’énergie depuis le conflit avec l’Iran menacent d’alimenter l’inflation plus durablement. La faible progression des salaires et traitements (+3,5% sur un an en avril selon le Bureau of Economic Analysis), nettement inférieure à celle de l’inflation, laisse craindre une érosion du pouvoir d’achat des ménages, qui pourrait constituer un revers politique pour l’administration Trump. À ce stade, le risque d’emballement inflationniste semble encore limité et le nouveau président de la Fed, Kevin Warsh, pourrait, dans un premier temps, se contenter de supprimer le biais d’assouplissement dans son discours de politique monétaire, ouvrant ainsi la voie à une future hausse des taux d’intérêt. Les marchés financiers ne semblent anticiper qu’une seule hausse des taux d’intérêt cette année, en décembre ; l’heure est donc à la circonspection.
De son côté, la Banque centrale européenne a choisi de relever ses taux directeurs de 25 points de base pour la première fois depuis 2023, portant ainsi le taux de dépôt à 2,25%. Une décision largement anticipée par les marchés financiers et justifiée par le regain d’inflation alimenté par la hausse des prix de l’énergie. En effet, dans la zone euro, l’inflation a atteint 3,2% en mai, contre 3% en avril, bien au-delà de l’objectif de 2% fixé par la BCE. Ce resserrement monétaire vise à enrayer la propagation de la flambée des coûts de l’énergie vers les autres secteurs de l’économie et à prévenir les effets de second tour. Par ailleurs, la BCE a présenté ses nouveaux scénarios économiques. Dans son scénario central, elle révise à la hausse ses projections d’inflation par rapport à celles de mars dernier, avec une inflation totale s’établissant à 3% en moyenne en 2026 (contre 2,6% précédemment), à 2,3% en 2027 (contre 2%) et à 2% en 2028 (contre 2,1%). En revanche, les prévisions de croissance de la zone sont revues à la baisse, à 0,8% (contre 0,9%) cette année, à 1,2% en 2027 (contre 1,3%) et à 1,5% en 2028 (contre 1,4%).
Pour prendre en compte des hypothèses alternatives quant à l’ampleur et la persistance de la guerre au Moyen-Orient, l’institution a également actualisé ses scénarios alternatifs. Le scénario défavorable suppose une hausse plus marquée et plus persistante de l’inflation à 3,3% en 2026 et à 3% en 2027 impliquant une croissance inférieure au scénario de référence à 0,7% en 2026 et à 0,9% en 2027. Le scénario sévère suppose un choc des prix de l'énergie plus fort, une incertitude plus grande et une réaction plus forte des salaires et des prix non énergétiques que dans le scénario défavorable. Il conduirait à une inflation de 4% en 2026 et 5,3% en 2027 avec une croissance qui ralentirait respectivement à 0,5% en 2026 et 0,4% en 2027. Enfin, le scénario plus favorable impliquerait une modération plus rapide de l’inflation en 2027 à 1,8% et conduirait à une croissance plus soutenue de 1,4% à cette date.
En Asie, la croissance des exportations chinoises s’est nettement accélérée au mois de mai, soutenue par une forte demande en puces électroniques, en automobiles et en biens de haute technologie. Les exportations ont ainsi augmenté de +19,4% sur un an, après +14,1% en avril. Les importations ont, quant à elles, bondi de 27,4%, après 25,3%. L’essor de l’IA a entraîné une forte demande de semi-conducteurs destinés à alimenter les data centers. Au Japon, la perspective d’une hausse des taux par la Banque du Japon la semaine prochaine n’a pas permis d’enrayer la dépréciation tendancielle du yen, qui renchérit le prix des importations et pèse sur le coût de la vie des ménages.
Les marchés actions mondiaux ont enregistré un point bas mercredi avant de se redresser en fin de semaine, après une énième annonce d’un possible accord entre l’Iran et les États-Unis. L’indice S&P 500 est resté stable sur la semaine, tandis que l’Euro Stoxx 50 a progressé de 1,9%. Les rendements des obligations souveraines allemande et américaine de maturité dix ans ont reculé d’environ dix points de base, après que la BCE a entériné une hausse de 25 points de base de ses taux directeurs. La devise européenne s’est appréciée de 0,5% face au dollar. Enfin, le prix du baril de Brent en mer du Nord a connu une certaine volatilité cette semaine, au gré des tensions et des désescalades au Moyen-Orient. Le prix du pétrole enregistre ainsi une baisse de 7% pour atteindre 86 dollars, son plus bas niveau depuis début mars.
La devise européenne s’affirme peu à peu sur l’échiquier international
Dans son rapport annuel de juin[1], la BCE indique que le rôle international de l’euro s’est légèrement renforcé en 2025, confirmant une progression graduelle observée ces dernières années. La monnaie européenne demeure la deuxième devise mondiale, avec une part proche de 20% dans les principaux indicateurs internationaux. Cette évolution reste toutefois modérée et ne remet évidemment pas en cause la domination du dollar.
Les avancées les plus significatives concernent sa place comme devise majeure de financement international, avec des émissions de dette internationale libellées en euro atteignant de nouveaux records, soutenues par des conditions de financement attractives. La devise européenne s’est également imposée comme la première devise sur le marché des obligations vertes, confirmant le positionnement avant-gardiste de l’Europe en matière de finance durable. Dans le même temps, la zone euro a continué d’attirer des flux d’investissements importants, proches de leurs niveaux historiques. Cette dynamique témoigne de l’attractivité des marchés européens, bien qu’une part significative de ces flux soit réinvestie hors de la zone euro via des fonds domiciliés en Irlande et au Luxembourg.
De surcroît, l’euro a affiché un comportement de valeur refuge à l’occasion de plusieurs épisodes de tensions financières récents, notamment lors de l’introduction des tarifs douaniers américains en avril 2025, ou bien de l’annonce d’assignations à comparaître de la Réserve fédérale par le département américain de la Justice, ou encore lors des tensions géopolitiques autour du Groenland, autant d’épisodes qui ont conduit à une appréciation significative de l’euro face au dollar. Encore récente, cette caractéristique constitue néanmoins une évolution positive de sa reconnaissance comme monnaie internationale de « qualité ».
Cependant, ses fonctions monétaires traditionnelles ont peu évolué. Sa part dans les réserves de change mondiales est stable (20,2% au T4-2025), tout comme son usage dans les paiements internationaux (32,2%) et dans la facturation du commerce. Cette stabilité traduit une certaine inertie du système monétaire international, dans lequel les ajustements demeurent très progressifs. Dans certains segments, des signes plus mitigés apparaissent. La part de l’euro sur les marchés des changes a reculé (à 29%, soit -2 points de pourcentage), dans un contexte de montée en puissance d’autres devises, notamment le renminbi (à 9% en avril 2025, soit +1,6 point par rapport à la dernière enquête d’avril 2022). L’environnement international joue également un rôle majeur dans ces évolutions. Les tensions géopolitiques soutiennent la demande d’actifs alternatifs, comme l’or (en particulier en Chine, en Pologne ou en Inde), et favorisent le développement d’infrastructures de paiement parallèles, de monnaies digitales (comme la proposition indienne de relier les monnaies numériques des banques centrales des BRICS pour régler les transactions transfrontalières, ou encore l’initiative e-CNY, relative au yuan numérique chinois), ainsi que les nouvelles formes d’actifs financiers (comme le stablecoin rouble A7A5 ou, plus récemment, l’apparition de paiements en crypto-actifs pour transiter par le détroit d’Ormuz).
Dans ce contexte fortement concurrentiel et évolutif, le renforcement de l’attractivité de l’euro reste possible, mais dépend avant tout de l’amélioration de la résilience économique, du renforcement du cadre institutionnel et de l’approfondissement des marchés de capitaux. La BCE continue de contribuer à cette dynamique par la stabilité monétaire, le développement des infrastructures de paiement et la fourniture de liquidité en euro à l’international.
[1]The international role of the euro, European Central Bank, June 2026
Consultez nos articles sur l’actualité économique et géopolitique publiés cette semaine
France – Que retenir des nouvelles projections de population de l’Insee ?
Le 8 juin, l’Insee a mis à jour ses projections démographiques pour la France à l’horizon 2070. La publication intervient près de cinq ans après le dernier exercice et sert notamment de nouvelle base aux projections du Conseil d’orientation des retraites dans son rapport annuel. Dans le nouveau scénario central, les hypothèses de taux de fécondité et d’espérance de vie à la naissance ont été revues à la baisse, tandis que celle sur le solde migratoire l’a été à la hausse. La population française pourrait compter 65,9 millions d’habitants en 2070, après avoir atteint un maximum de 69,8 millions d’habitants en 2037.
Zone euro – La baisse du PIB au T1 2026 affaiblit sensiblement l’acquis de croissance pour 2026
Malgré des facteurs exceptionnels en Irlande, l'économie eurozone affiche une contraction généralisée, avec un PIB en baisse de 0,2% au T1. Au-delà de cet effet ponctuel, tous les moteurs domestiques faiblissent : consommation, investissement et exportations reculent. Pendant ce temps, les entreprises voient leurs marges s'éroder sous la pression des salaires accélérés et d'une productivité en berne. L'inflation qui remonte et une nouvelle contraction attendue au T2 posent la question : l'eurozone peut-elle encore redresser la barre en 2026 ?
Zone euro – Les importations manufacturières chinoises, une menace protéiforme et croissante
La montée en puissance des importations chinoises ne se limite plus aux produits à faible valeur ajoutée. Électronique, véhicules, pharmacie, équipements industriels : la Chine gagne du terrain sur des secteurs stratégiques et monte progressivement en gamme. Pour la zone euro, l’enjeu dépasse le simple déséquilibre commercial : il touche désormais à la compétitivité, à la souveraineté industrielle et à la capacité de préserver ses positions sur ses propres marchés.