1. Le risque inflationniste inquiète de plus en plus, la Fed hausse le ton
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4. Tendances à suivre
Le risque inflationniste inquiète de plus en plus, la Fed hausse le ton
Les marchés financiers continuent d’évoluer dans un climat d’incertitude élevée en raison du conflit au Moyen-Orient et de ses effets sur les prix de l’énergie.
La probabilité d’un accord entre les États-Unis et l'Iran semble augmenter, mais cela reste très incertain. Bien que Donald Trump déclare que les États-Unis en sont « aux derniers stades des négociations » avec l'Iran pour mettre fin à la guerre, il continue dans le même temps de menacer l’Iran de frappes encore plus importantes que celles de la première vague pour le forcer à conclure un accord. Les investisseurs veulent croire à une résolution rapide du conflit, comme le suggère l’envolée des indices actions cette semaine, mais s’inquiètent de plus en plus d’une inflation désormais inévitablement plus élevée.
Pour rappel, les chiffres d’inflation américaine pour le mois d’avril publiés le 12 mai sont ressortis très légèrement au-dessus des prévisions du consensus. L’indice CPI a progressé de 3,8% sur un an (consensus : 3,7%) après 3,3% en mars, atteignant un plus haut depuis mai 2023. Cette « surprise » s’explique essentiellement par des prix de l’énergie et de l’alimentation plus élevés que prévu. L’indice sous-jacent (CPI hors alimentation et énergie) augmente de 2,8% sur un an (consensus : 2,7%) contre 2,6% le mois précédent, en grande partie à cause d’un rebond anormalement élevé des composantes OER (loyer équivalent du propriétaire occupant) et loyers du fait d’un changement méthodologique du Bureau of Labor Statistics. Au-delà de ce rebond artificiel, ces chiffres contiennent beaucoup de « bruit » liés à des composantes telles que l’équipement et les opérations du foyer, les tarifs aériens, les hôtels, tout en manquant de signaux nouveaux. Nos prévisions tablent sur une inflation américaine supérieure à 4,0% en glissement annuel pour le CPI en mai et juin, et un CPI sous-jacent autour de 2,6-2,9% d'ici la fin de l'année.
Le prix du pétrole se maintient fermement au-dessus de 100 dollars le baril tout en restant en deçà de ses plus hauts enregistrés fin avril, de plus de 120 dollars. À ce jour, les prix du pétrole ont été contenus par plusieurs facteurs : le surplus de brut déjà chargé sur les pétroliers et en dehors du détroit d'Ormuz, l'autorisation accordée par les États-Unis d'acheter du pétrole russe, une certaine destruction de la demande alors que les importateurs limitent leur consommation et l'augmentation de la production énergétique américaine. Mais cet équilibre est précaire puisqu’aucun de ces facteurs n’est soutenable dans le temps : le surplus de brut sera bientôt épuisé, la levée des sanctions contre le pétrole russe n’est que temporaire, et la limitation de la demande des pays (principalement asiatiques) importateurs de gaz et pétrole via le détroit d’Ormuz ne peut être maintenue indéfiniment. Enfin, le président Donald Trump pourrait restreindre les exportations de produits raffinés américains à l'approche de l’été aux États-Unis.
Dans ce contexte, les investisseurs ont commencé à accorder une probabilité plus forte à la possibilité d'un impact inflationniste plus durable de la guerre, comme le montre la forte hausse des rendements obligataires ces dernières semaines. Le rendement à 10 ans des titres d’État américains a augmenté de plus de 60 points de base (pdb) depuis le début de la guerre en Iran (à 4,55%), avec une poussée assez forte la semaine du 11 mai (+24 pdb) puis un modeste retrait cette semaine (-5 pdb). Le rendement 2 ans n’a augmenté que de 1 point de base sur la semaine, à 4,08%, mais de 70 pdb depuis le début de la guerre. En effet, les anticipations de taux de la Fed ont fortement augmenté au cours du mois dernier. Alors qu’il y a un mois, les investisseurs prévoyaient encore un assouplissement supplémentaire modeste d'ici la fin de l'année, ils tablent désormais sur une hausse de taux de 25 points de base cette année avec une probabilité d’environ 75%. Une hausse de taux est par ailleurs pleinement anticipée à d’ici mars 2027.
La persistance des risques inflationnistes a été un sujet de discussion clé lors de la réunion du Federal open market committee (FOMC) des 28 et 29 avril 2026. Le procès-verbal (minutes) de la réunion, publié cette semaine, confirme le durcissement de ton des membres du comité face à une inflation jugée plus persistante qu’anticipé. La quasi-totalité des participants ont soutenu le maintien de la fourchette des taux des fed funds à 3,50%-3,75% mais on observe une évolution notable du débat interne : une « vaste majorité » estime que le risque que l'inflation mette plus de temps à revenir à l'objectif de 2% qu'ils ne l'avaient précédemment prévu s’est accru, et qu’un resserrement supplémentaire pourrait devenir nécessaire si l’inflation restait durablement au-dessus de la cible. Certains ont souligné qu’après plusieurs années d’inflation supérieure à la cible, le risque de boucle prix-salaire pourrait augmenter. Dans cette logique, « beaucoup de membres » ont indiqué qu’ils auraient préféré retirer du communiqué la formulation suggérant un biais accommodant dans l’orientation future des taux. À l’inverse, seulement « plusieurs participants » continuent de considérer que des réductions de taux pourraient redevenir appropriées plus tard dans l’année si les effets des droits de douanes et du choc énergétique s’atténuaient. Globalement, le maintien du statu quo par la Fed semble pour le moment consensuel, mais les « minutes » du dernier FOMC suggèrent que les perspectives du prochain mouvement pourraient avoir basculé vers une hausse de taux plutôt qu'une baisse. Notre scénario central reste celui d’une stabilité prolongée des taux jusqu'au début de 2027, mais nous ne pouvons plus exclure un relèvement des taux par la Fed, en fonction de l’évolution de la guerre en Iran.
Malgré la hausse des taux d’intérêt, les marchés actions progressent. L'indice S&P 500 a encore gagné 0,5% par rapport à vendredi dernier, portant la performance depuis le début de l’année à +8,8%. L’optimisme autour de l'IA continue de soutenir les valorisations. En Europe, l'impact de la hausse des prix du pétrole et de gaz sur les économies, de plus en plus apparent dans les indicateurs conjoncturels, ne semble pas déstabiliser les Bourses outre-mesure : l’indice EuroStoxx50 et le CAC40 gagnent respectivement 3,1% et 2,2% cette semaine.
Pourtant, les indices PMI flash pour le mois de mai, publiés cette semaine, révèlent un impact négatif du contexte international sur la croissance européenne (y compris britannique), contrastant avec la solidité des indices aux États-Unis. En effet, l’indice PMI composite américain se maintient en territoire d’expansion, à 51,7, avec un indice manufacturier en hausse de 1,5 point à 55,3 et un indice PMI services globalement stable à 50,9. En zone euro en revanche, l’indice PMI composite s’est enfoncé davantage en territoire de contraction à 47,5, un plus bas depuis octobre 2023, avec des chutes enregistrées à la fois dans le secteur manufacturier (à 51,4 contre 52,2 en avril) et dans le secteur des services (à 46,4 contre 47,6 en avril), reflétant probablement l’impact négatif des prix du pétrole sur les services de transport et voyages. Concernant les composantes prix, l’indice des prix des intrants composites a augmenté (+2,1 points à 70,5), avec des progressions dans le secteur manufacturier et dans les services. Cependant, l'augmentation a été un peu moins prononcée que sur les deux mois précédents. De plus, les prix à la production composites ont peu changé (+0,1 point), ce qui suggère une répercussion limitée de la hausse des coûts pour le moment. Au Royaume-Uni, dans la continuité d’indicateurs globalement plus faibles que prévu, les indices PMI ont également surpris négativement, le PMI compose chutant à 48,5 contre 52,6 en avril, également tiré à la basse par le secteur des services (47,9 contre 52,7 en avril) tandis que l’indice du secteur manufacturier est resté inchangé à 53,7. S&P Global note un rebond temporaire de la demande dans l’industrie, les clients avançant leurs achats pour éviter les hausses de prix potentielles et d’éventuelles perturbations sur les approvisionnements.
Malgré ces signes négatifs sur l'activité économique, notre scénario table toujours sur a minima deux hausses de taux de la BCE en 2026 – en juin et juillet –, voire trois (octobre ou décembre). En effet, même si les signes d'effets de second tour restent limités pour l'instant, le besoin d’ancrer les anticipations d’inflation et de prendre en compte les délais de transmission de la politique monétaire nécessite une action rapide de la part de la BCE.
Consultez nos articles sur l’actualité économique et géopolitique publiés ces dernières semaines
Portugal – L’activité freinée en début d’année
L’économie portugaise affiche une croissance encore positive, mais moins dynamique en début d’année. L’environnement international et les pressions sur les prix affectent la dynamique de l’activité, notamment via la hausse des coûts énergétiques et les anticipations de conditions financières plus restrictives. Le marché du travail reste solide, tout en montrant des signes de décélération progressive de la création d’emplois. Les ménages adoptent un comportement plus prudent, avec une progression de la consommation plus contenue et une épargne qui demeure élevée. Les entreprises affichent une normalisation de leur rentabilité. Les finances publiques s’ajustent à un contexte moins porteur, tout en restant compatibles avec une trajectoire de la dette soutenable.
Égypte – La guerre au Moyen-Orient impacte une économie fragile, mais qui construit sa résilience
Le conflit entre l'Iran, les États-Unis et Israël vient percuter une économie égyptienne engagée dans un délicat processus de stabilisation et de réformes. Après deux décennies de crises successives, l'Égypte avait amorcé, sous la supervision du FMI et avec le soutien des pays du Golfe, un redressement progressif : normalisation monétaire, consolidation budgétaire et réformes structurelles. Cette succession de crises a eu un effet paradoxal qui va jouer un rôle important aujourd’hui, face à ce nouveau choc : fragilisation de certains pans de l’économie, mais aussi renforcement de la résilience égyptienne. Cette trajectoire, encore fragile, est confrontée à plusieurs canaux de transmission simultanés du choc de la guerre : hausse des prix de l'énergie et des denrées alimentaires, regain d'inflation, volatilité des flux de capitaux, et impact potentiel sur les rentes traditionnelles que sont le canal de Suez, le tourisme et les envois de fonds des travailleurs présents dans le Golfe.
États-Unis – Rebond de la croissance au T1-2026, tirée par l’investissement IT
Le PIB réel américain a crû de 2,0% au premier trimestre 2026 en variation trimestrielle annualisée (0,5% non-annualisée), selon l’estimation préliminaire du Bureau of Economic Analysis. Ce taux de croissance est moins élevé que prévu : le consensus Reuters tablait sur une hausse du PIB de 2,3% (2,7% pour notre prévision). L’activité accélère après une croissance révisée à la baisse à 0,5% au quatrième trimestre (contre une estimation initiale de 1,4%). Cette accélération s’explique par une forte hausse de l’investissement, notamment en équipements de traitement de l’information et en logiciels. La consommation des ménages ralentit malgré un soutien important au pouvoir d’achat des remboursements d’impôts au titre du One Big Beautiful Bill. Les perspectives à court terme se sont détériorées depuis le début de la guerre au Moyen-Orient. L’impact de la hausse des prix sur les revenus réels des ménages risque d’annuler tout bénéfice provenant de l’assouplissement fiscal.
Le document économique et financier du 22 avril dernier confirme l’estimation des comptes publics pour 2025 annoncée par l'Istat en janvier. Le déficit pour l'année 2025 devrait rester au-dessus de la barre des 3% à 3,1% du PIB. Ce solde définitif est également celui qui a été transmis à la Commission européenne dans le cadre de la procédure de déficit excessif, repoussant définitivement d'un an la sortie de la procédure.
Zone euro – L’augmentation des importations pèse sur la balance commerciale
La zone euro enregistre en 2025 un excédent de sa balance commerciale de 150 Mds €, soit un léger recul par rapport à 2024, qui s’explique par la croissance plus importante des importations (+2,8% en valeur) que celle des exportations (+2,3%). La crise sanitaire de la Covid-19 et le conflit en Ukraine avaient eu pour conséquence une forte augmentation de la valeur des importations (notamment tirée par le prix du gaz), faisant passer la balance commerciale de la zone euro en déficit en 2022 (-344 Mds €), une situation inédite sur la période 2015-2025.